NOTES ET IMPRESSIONS
Il y a trois sortes d'orgueil: celui de la richesse, celui de la naissance et de l'esprit.
Swift.
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La politique, même dans le gouvernement parlementaire, c'est ce qui ne se dit pas.
Fievée.
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Dans cette vie, il faut savoir se risquer, mais qui se risque doit se résigner à perdre quelque chose.
Herbart.
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Les biens que l'on vante le plus ne sont pas ceux que l'on a, mais ceux que l'on désire.
Edm. About.
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La reconnaissance est pareille à cette liqueur d'Orient qui ne se garde que dans des vases d'or; elle parfume les grandes âmes, elle s'aigrit dans les petites.
Jules Sandeau.
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L'égoïsme est comme l'embonpoint; plus on en a, plus on est gêné par celui des autres.
H. Rigault.
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L'âme d'un petit enfant bien doué est plus près de celle d'Homère que l'âme de tel bourgeois ou de tel académicien médiocre.
Jules Lemaitre.
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Le printemps qui commence aux enfants est pareil Le rire avec les pleurs alterne à son réveil.
A. Theuriet.
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La jeunesse ne désespère pas plus de l'humanité, malgré ses désastres, que le brin d'herbe qui pousse dans un champ dévasté par l'hiver ne doute de la nature.
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Être et paraître sont deux; mais, avec le monde, le second est souvent le moyen d'arriver au premier.
G.-M. Valtour.
Cérémonie populaire de la Pâque, en Russie; Le pope bénissant les pains de laitage caillé apporté par les fidèles.
[(Agrandissement)]
CHOIX DE TABLEAUX DE LA VENTE EDMOND YON.
(Voir l'article page 299.)
38. Brume matinale. 35. Le vent sur le marais. 58 Les Ruches: Effet d'orage à Sainte-Aulde. 28. Le Ruisseau aux poules d'eau. 12. Laveuses à Cernay. 5. La barque de pêche. 49. Les vaines pâtures à Sainte-Aulde. 2. La grande chaussée de Longpré. 52. Soleil couchant à l'embouchure de l'Orne. 37. Le Pont de Vernon, près Vouvray. 4. Chardons en fleurs. 48. Bords de l'Essonne. 9. Fin de journée. 40. Sainte-Aulde. 7. Avril à Ballancourt. 11. Étang à Ballancourt. 42. A Longpré les Corps Saints.
La Russie et le président de la République.--Il convient, croyons-nous, de garder la plus grande circonspection, quand il s'agit des relations internationales, et on a eu le tort, trop souvent, dans notre pays, en ce qui concerne la Russie, de donner à une sympathie, qui heureusement est très réelle, une interprétation qui pourrait paraître excessive au point de devenir gênante pour ceux-là mêmes à qui elle s'adresse. Mais, ces réserves faites, il est permis de se féliciter de la nouvelle marque de courtoisie que le gouvernement du czar vient de donner au chef de l'État, en lui conférant le grand cordon de l'ordre de Saint-André.
Cet ordre est le plus ancien et le plus important des ordres russes. Il a été créé par Pierre-le-Grand en 1698. C'est celui que l'empereur donne, de préférence, aux membres régnants des maisons souveraines.
La remise des insignes qu'il comporte à M. Carnot a été faite dans le plus grand apparat. M. le baron de Mohrenheim, ambassadeur de Russie à Paris, s'est rendu à cet effet à l'Elysée avec tout le personnel de l'ambassade, en uniforme. Pendant que la garde du palais rendait les honneurs militaires, les représentants du czar étaient reçus au bas du perron par le colonel Lichtenstein et introduits par M. d'Ormesson, directeur du protocole, dans un des salons où se tenait le président de la République, entouré des officiers de sa maison militaire au complet.
Les traités de commerce et la propriété littéraire.--La révolution qui est en train de s'opérer dans notre régime économique n'est pas sans causer quelque inquiétude. Le pays est partagé en deux camps qui luttent avec acharnement, l'un en faveur du libre-échange, l'autre en faveur de la protection. Ce sont les partisans de ce dernier système qui triomphent, si l'on en juge par la force dont ils disposent dans le parlement. Où est la vérité? c'est là une question à laquelle il est difficile de répondre, car des deux côtés on fait valoir des arguments décisifs et ceux qui n'ont pas d'opinion préconçue restent en suspens entre les deux partis, ne sachant auquel donner leur confiance.
Mais d'instinct, ceux qui n'ont pas fait une étude approfondie de ces questions complexes qu'embrasse l'économie politique sont portés à s'effrayer du retour à l'ancien système qui mettait des barrières entre les peuples, alors que les facilités apportées par le progrès dans les relations internationales semblaient devoir les faire supprimer à jamais.
Naturellement ceux qui, dans notre pays, peuvent compter sur les bénéfices qu'ils tirent de l'exportation de leurs produits, sont très opposés aux lois de protection que l'on prépare, éprouvant la crainte légitime que les pays auxquels nous fermons notre porte ne nous rendent la pareille.
Nos écrivains, qu'on ne s'attendait pas à trouver en cette affaire, mais dont l'intervention est cependant toute naturelle, sont dans ce cas. Les produits dont ils vivent, fort goûtés chez nous, ne le sont pas moins à l'étranger, et ils craignent, non sans raison, que la dénonciation des traités de commerce leur ferme les «débouchés» qu'ils trouvaient pour leurs œuvres, dans tous les pays du monde et surtout en Belgique.
Aussi une délégation qui comptait les plus illustres représentants de notre littérature s'est-elle rendue auprès de M. de Freycinet, président du Conseil, pour lui remettre, au nom de toutes les grandes sociétés littéraires et artistiques, une protestation contre la mise en pratique des théories ultra-protectionnistes qui semblent triompher pour le moment: «Le mécontentement des nations voisines, dit cette protestation, se traduira sans doute par des mesures de représailles qui frapperont surtout notre production littéraire et artistique pour laquelle toutes les nations sont plus ou moins tributaires de la nôtre. La Chambre sera-t-elle indifférente à des intérêts moraux et matériels aussi considérables, et sacrifiera-t-elle les droits de ceux qui contribuent à l'étranger, pour une si large part, à notre gloire nationale?...»
Malheureusement, la Chambre est déjà si engagée qu'on peut avoir des doutes sur l'effet de cette protestation.
La situation légale du prince Victor et du prince Louis.--Par suite de la mort du prince Napoléon, le prince Victor, devenu chef de la famille Bonaparte, se trouve ipso facto expulsé du territoire français par l'application de l'article 1er de la loi du 22 juin 1886.
Cette loi, en effet, interdit le territoire français aux chefs de familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs dans l'ordre de primogéniture. Le prince Victor, quel que soit d'ailleurs le testament politique du prince Napoléon, passe à l'état de «chef d'une famille ayant régné sur la France», et à ce titre tombe sous le coup de la loi d'exil.
Mais est-il juste de dire que le prince Louis, à qui reviendraient les droits de la famille Bonaparte si son frère venait à mourir sans héritier direct, passe à l'état d'héritier présomptif, dans le sens prévu par la loi? Le prince Louis n'est héritier qu'en ligne collatérale et la loi désigne «l'héritier direct». La question était tout au moins douteuse. Quant à présent, le garde des sceaux l'a tranchée dans le sens le plus libéral, c'est-à-dire en faveur du prince Louis. Il a fait remarquer d'ailleurs que le gouvernement restait suffisamment armé par l'article 2 de cette même loi qui lui permet d'interdire le territoire français à tous les membres des anciennes familles régnantes autres que les chefs et leurs héritiers directs.
Les Italiens en Afrique.--Il faut supposer et espérer que l'Afrique donnera à nos arrière-petits-neveux d'immenses satisfactions matérielles et morales de nature à compenser, par leur reconnaissance, les tribulations qu'elle cause pour le moment à toutes les puissances européennes.
La France, qui possède sur ce vaste continent la plus belle des colonies, en est réduite à nommer une commission d'études chargée d'examiner ce qu'il faut faire pour en tirer réellement parti. En même temps, elle est obligée de lutter au Soudan et au Dahomey, pour obtenir des succès très douteux, car on ne voit jamais qu'ils produisent rien de décisif.
Les Belges semblent plus embarrassés que fiers du territoire immense qu'ils occupent sur les confins du nôtre.
Les Anglais sont en lutte, tout au moins diplomatique, avec la France et le Portugal à raison de leurs possessions africaines, en sorte que tous ceux qui se sont partagé l'Afrique sont en hostilité plus ou moins sourde les uns avec les autres, en attendant qu'ils rencontrent tous l'ennemi commun, l'Africain lui-même, que nous ne connaissons encore que par quelques escarmouches, mais qui se révélera peut-être plus terrible qu'on ne croit, au centre de ce continent mystérieux dont on fait trop vite une possession européenne.
Mais les Italiens surtout ont à souffrir en ce moment de la précipitation avec laquelle toutes les puissances civilisées se sont jetées sur l'Afrique comme sur une proie facile. Voici remis en question, sinon déchiré tout à fait, ce fameux traité conclu avec Menelik, et qui devait donner à nos voisins le protectorat sinon la possession complète de l'une des plus belles parties du continent africain. Le comte Antonelli, qui s'était rendu en mission auprès du «roi des rois» pour traiter avec lui de l'exécution de celles des clauses du traité qui étaient favorables à l'Italie, a dû quitter brusquement le pays avec tous ceux qui l'accompagnaient, les Italiens ne se considérant plus comme en sûreté sur un territoire où ils ont cependant la prétention d'exercer leur protectorat.
M. di Rudini prépare sur la question un livre vert dans lequel il fera probablement connaître la vérité tout entière, car il n'a aucun intérêt à la cacher, Mais, si elle est telle qu'on la suppose, elle sera la justification, après la lettre, de la chute de M. Crispi, qui porte, non sans raison, en grande partie, la responsabilité de la politique suivie par l'Italie en Afrique.
Bulgarie: assassinat du ministre des finances.--Un grave attentat a été commis à Sofia le 27 mars dernier. Au moment où M. Beltchef, ministre des finances, accompagné de M. Stamboulof, rentrait chez lui, après avoir assisté au conseil des ministres, trois coups de revolver retentirent. M. Beltchef tomba, mortellement frappé. Il a été impossible d'atteindre le meurtrier qui a pris la fuite avec trois individus qui l'accompagnaient.
L'opinion très générale est que le coup était destiné au premier ministre, M. Stamboulof, et, bien que l'on n'ait encore aucun indice sur le mobile qui a poussé les meurtriers, on est porté à croire que cette affaire se rattache à celle qui amena l'exécution du major Panitza. On se rappelle qu'à la suite de cette exécution, on trouva sur un arbre voisin de l'endroit où elle avait eu lieu une bande de toile portant cette inscription: «Avant six mois, Ferdinand et son premier ministre seront exposés à cette même place.» On fait remarquer aussi que, peu de temps après l'exécution du major Panitza, on parlait d'une ligue de Macédoniens qui s'était formée pour venger la mort de leur compatriote.
Voici la question bulgare de nouveau à l'ordre du jour, car à la suite de cet événement M. Stamboulof ne restera pas inactif.
Nécrologie.-Le poète Josephin Soulary.
M. Armand Lévy, orateur bien connu des réunions socialistes.
M. Valéry Vernier, homme de lettres.
Mme la princesse d'Arenberg, femme du député du Cher, sœur du comte Greffulhe, député de Seine-et-Marne.
Le sculpteur Frétigny.
M. Henry Berthoud, homme de lettres, un des premiers vulgarisateurs scientifiques.
Mme la baronne de la Guerronnière, belle-mère de M. d'Ormesson, directeur du protocole.
M. G. Seurat, artiste peintre.