Mgr FERRATA

Le nouveau nonce du pape à Paris va venir s'installer parmi nous dans quelques jours. Le moment est donc bien choisi pour étudier cette grave et attachante figure de prélat.

Lorsque Mgr Czacki fut nommé nonce à Paris, il alla choisir l'auditeur de la nonciature au collège des nobles ecclésiastiques qui est la pépinière des diplomates pontificaux. Il connaissait Mgr Ferrata depuis plusieurs années et avait dit à Léon XIIl qui ne lui cachait pas toutes les difficultés qu'il allait avoir à surmonter à Paris: «Si vous voulez me donner un collaborateur utile, je vous demande la permission d'emmener à Paris Mgr Ferrata.»

Le jeune prélat était déjà un peu au courant des affaires diplomatiques, non seulement parce qu'il faisait partie du collège des nobles ecclésiastiques, mais aussi parce qu'il était attaché à la secrétairerie d'État où Mgr Czacki avait la direction des affaires ecclésiastiques extraordinaires. Mgr Ferrata fut à Paris un fidèle collaborateur du nouveau nonce dans la mission, plus délicate et plus difficile que l'on ne croit, à cette époque surtout, d'entretenir les meilleurs rapports avec le gouvernement de la République sans pour cela froisser, en quoi que ce soit, les partis monarchiques qui s'agitaient beaucoup et se montraient plus papistes que le pape. On se souvient du scandale qui éclata dans le parti ultramontain quand on apprit que Mgr Czacki n'avait pas de meilleur ami que Gambetta.

Mgr FERRATA Nouveau nonce apostolique
à Paris.--Photographie D'Alessandri.

Mgr Czacki créé cardinal et rentré à Rome, Mgr Ferrata l'y suivit et retourna à la secrétairerie d'État. Peu de temps après, l'ex-auditeur de la nonciature à Paris était envoyé comme nonce à Bruxelles. La position était extrêmement difficile; les relations entre le Saint-Siège et la Belgique avaient été interrompues pendant plusieurs années et le parti libéral à la tête duquel était M. Frère-Orban voyait revenir de très mauvais œil un représentant du pape. Mgr Ferrata, aussitôt, arrivé, fut en butte à tant d'attaques et d'hostilités qu'il ne crut pas pouvoir tenir longtemps. Il raconte lui-même qu'il tenait ses malles prêtes pour partir au premier signal; mais il fit tant et si bien que les hostilités cessèrent petit à petit. Elles avaient si bien cessé au bout de quatre ans, quand il fut rappelé à Rome pour prendre la direction du bureau des affaires ecclésiastiques extraordinaires à la secrétairerie d'État, qu'il reçut autant de manifestations de sympathies du côté du parti libéral que du côté catholique.

Il était à peine installé à la secrétairerie d'État que tout le monde au Vatican le désignait comme futur nonce à Paris. Il y aurait même été envoyé après Mgr di Rende si Léon XIII n'avait cru devoir le faire attendre encore un peu parce qu'il était trop jeune, défaut que l'on venait de reprocher précisément à Mgr di Rende. Les bons souvenirs qu'il avait laissés à Paris, le tact et l'intelligence avec lesquels il avait su interpréter la pensée de Léon XIII, le désignaient tout naturellement à ce poste qui est peut-être le plus important de la diplomatie pontificale.

Le nouveau nonce à Paris est né en 1817. Il est de taille moyenne, un peu fort pour son âge: figure ronde, douce, bonne, éclairée par des yeux qui révèlent une grande intelligence aussi bien qu'une ferme volonté. Il parle très bien français, c'est à peine si dans la prononciation de quelques mots on reconnaît son origine italienne.

P. Ziégler.

DUNKERQUE.--Incendie de l'usine à pétrole de
Coudekerque-Branche.--D'après une photographie de M. Malfait.

(Suite du "Sourire d'Ydoine", plus haut.)

Quand, un matin de printemps, il entendit corner les trompes du château, il suivit ceux du village qui montaient à l'assaut du roc et même leur enseigna le chemin le plus court. Entendant les paroles du baron, il se forgea tout à coup un espoir chimérique et, avec son vaillant enthousiasme d'adolescent, il se promit de concourir, lui aussi; même il poussa la témérité jusqu'à s'imaginer que la sincérité de son ardent amour l'éclairerait dans la difficile recherche du talisman exigé et par ainsi le conduirait au triomphe.

Mais, la première ardeur passée, rentrant au village, il perdit son assurance et tomba en grand désarroi.

Comment découvrir ce talisman? Où l'aller quérir? Le baron engageait les seigneurs, ses rivaux, à parcourir le monde, à seller palefrois et hippogriffes; mais il était trop pauvre, lui, pour entreprendre un voyage aussi considérable, surtout en si peu de temps, car il ne possédait ni palefroi, ni hippogriffe et toute son écurie consistait en un vieux âne maigre et paresseux appelé Triquet, à cause de l'affection démonstrative que les triques témoignaient pour son échine.

Néanmoins, il résolut de se mettre en route, pensant que celui-là n'a rien qui rien ne risque et qu'en somme avec une grosse provision de gourdins il réussirait à mener Triquet jusqu'à la province voisine où se tenait alors une foire. Il n'annonça son projet à personne par crainte des moqueries, et, une nuit, ayant rempli son escarcelle de gros sous, il descendit à l'écurie pour réveiller Triquet qui fit longtemps la sourde oreille, encore qu'il en eût deux et assez longues pour ne rien perdre des exhortations qu'on lui adressait.

Amyle traversa des bois, puis des bois, puis des plaines, couchant sur la dure, dont il geignait, car l'hiver était venu et la neige tombait à flocons drus. Grâce aux triques, Triquet avançait, mais, chaque jour, Amyle en cassait une sur son échine, si bien que, maintenant qu'il errait dans les plaines, il était en souci de savoir comment il continuerait son voyage, vu qu'il ne lui restait plus qu'une trique et que les arbres ne poussaient plus autour de lui.

Enfin, ayant gravi une côte, il découvrit là-bas, tout là-bas, une grande quantité de maisons groupées les unes contre les autres; il ne douta pas qu'il ne fût en présence d'une ville importante. Sa foi s'en accrut.

--Hop! hop! Triquet! cria-t-il.

Et, d'un vigoureux coup de bâton, il voulut inspirer à son âne une allure plus vive. Mais--ô la pire des infortunes!--le bâton rompit; Triquet, qui vit l'aventure, se cabra et, au lieu d'avancer, recula en agitant ses oreilles d'un air narquois. Amyle cogna des talons, cogna des poings, rien n'y fit. Force lui fut donc de descendre, de prendre Triquet par la bride et de le tirer derrière lui. Dans ce burlesque équipage, il s'achemina, lentement à vrai dire, car l'âne, s'arc-boutant de ses quatre fers sur le sol, ne faisait guère plus d'un pas toutes les deux minutes.

Soudain, Amyle poussa un cri de joie en voyant venir à lui une femme qui, sous son bras, portait un bâton noir, tortu et noueux. Il l'accosta, la salua--bien qu'elle ne fût point jolie--et, poliment, lui demanda de lui vendre son bâton. La femme l'examina curieusement.

--Et que voulez-vous faire de mon bâton? s'enquit-elle.

--En frapper Triquet.

--Je ne céderai pas mon bâton pour telle besogne.

Alors Amyle supplia, sanglota et, pour attendrir la femme, qu'il supposait sensible comme toutes ses pareilles, il narra son histoire.

--Je vois, dit la femme lorsqu'il eut achevé, que votre cœur est bon, puisqu'il est féru d'amour. Je vous donnerai mon bâton, mais n'allez pas plus loin, et rentrez en votre village.

--Oh! interrompit Amyle, si c'est pour rentrer à l'écurie, point n'ai-je besoin, madame, de votre bâton. Triquet saura bien trotter, voire galoper, s'il s'en souvient encore!...

--Je vous répète que ce bâton n'est pas pour frapper... Il vous donnera la main de votre élue.

--Quoi! ce vilain bâton noir, tortu et noueux?...

--Est le talisman qui fera sourire Ydoine.

--Vous vous moquez, voulut riposter Amyle.

Il se tut, transi d'effroi. La femme avait disparu dans un nuage embaumé, et Amyle ouït une voix douce qui disait:

--Prends ce bâton, pique-le en un vase plein de terre grasse et le porte ainsi au seigneur Thiébault, qui devra le placer en un endroit éclairé où personne n'aura licence de pénétrer avant le jour fixé pour le concours. Quand tes rivaux se présenteront, laisse-les étaler leurs merveilles; seulement alors tu iras chercher le bâton et tu l'offriras à ton Ydoine. Va, et réjouis-toi en l'assurance que je te donne d'une heureuse issue...