II

Or, dans un village qui rampait humblement au fond de la vallée, il y avait un jeune homme de vingt ans nommé Amyle qui, de son métier, était dénicheur d'aiglons et d'orfraies.

Un soir, au coucher du soleil, comme il chassait sur le rocher, fouillant les anfractuosités, à la recherche des nids, il s'approcha du château, et, soudain, il s'arrêta, ébloui, ravi en extase. Il venait d'apercevoir Ydoine qui se promenait, tout de blanc vêtue, le long des murailles vertes. Jamais encore le garçon n'avait contemplé une aussi suave créature, et il se frotta les yeux, croyant à quelque surnaturelle apparition. Mais un éternuement retentissant dirigea son attention vers la vieille dame respectable qui avait accoutumé de suivre la fille du seigneur, et la vue de cette personnalité plantureuse qui se dandinait lourdement à la manière des canards, de ce nez rubicond que l'abus du tabac à priser faisait ressembler à celui du notaire du village et de cette bouche hargneuse, telle celle du maître d'école admonestant les petits, ramena Amyle à des conceptions plus terrestres.

Il se dissimula, se coula sur le granit comme il savait si adroitement faire pour surprendre les aiglons, et ainsi, il suivit à son tour Ydoine qui marchait, nonchalante, perdue en ses rêveries. Anxieux, haletant, il observait ses maintiens, ses poses, et il lui semblait que son cœur le brûlât lorsque, par un hasard heureux ou grâce à une habile tactique, il pouvait apercevoir le fin profil de l'enfant.

Il attendit qu'elle eût terminé sa promenade; elle rentra au château, le pont-levis fut tiré, et Amyle demeurait encore là, continuant dans son esprit la chère vision. La nuit le chassa; il regagna le village en chantant sans trop comprendre pourquoi il chantait puisque, à suivre l'inconnue, il avait perdu tout son temps et venait au logis les mains vides. Il sentit alors qu'il aimait et, quand il eut fait cette belle découverte, il ne chanta plus que de mélancoliques villanelles, des airs qui paraissaient plutôt plaintes ou sanglots, car il n'ignorait point qu'un dénicheur d'oiseaux tel que lui, était indigne d'une fille de seigneur, et il se disait que son amour follement conçu lui tombait du ciel ainsi qu'une cruelle pénitence, à lui infligée sans doute en punition de son indiscrète curiosité.

(suite plus bas.)

Entrée et forteresse de Moussamoudou. Le prince Salim.

Le minaret.

LES ÉVÉNEMENTS DES COMORES.--Vue générale de
Moussamoudou, capitale de l'île d'Anjouan. D'après les photographies
communiquées à «l'Illustration» par M. Paul Drilhon.

Le sultan Boura-Ali.