LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Chaque jour de la dernière semaine de 1904 était marqué par un nouveau succès des Japonais, au nord et au nord-ouest de Port-Arthur. Tour à tour, les forts d'Erloung-Chan, de Soung-Sou-Chan, de Pan-Loung-Chan, tombaient aux mains des assaillants. La principale ligne de défense, si longtemps invulnérable, était largement entamée. La forteresse n'avait évidemment plus assez d'hommes et de munitions pour continuer sa résistance. Le dénouement était inévitable. Il s'est produit le 1er janvier par l'envoi d'un parlementaire russe au camp du général Nogi. Le lendemain, 2 janvier, la capitulation était signée.

Un curieux document: le sultan du Maroc
photographié en uniforme de général anglais.

Devant ce fait capital, tous les autres disparaissent. Il faut cependant mentionner que les amiraux Togo et Kamimoura se sont rendus à Tokio où les présidents des deux Chambres et le peuple leur ont fait une réception triomphale; au milieu des ovations, ils ont été conduits directement chez le mikado. Les amiraux venaient arrêter, de concert avec l'état-major, le plan des prochaines opérations navales contre la seconde escadre russe du Pacifique.

On travaille activement, sur le Transsibérien, à remplacer les rails par des rails plus lourds (22 kilos au mètre courant, au lieu de 16); ce travail est déjà effectué sur 1.740 kilomètres. On étudie le doublement de la voie déjà décidé.

UN PORTRAIT INATTENDU
D'ABD-EL-AZIZ

Nous faisions connaître, la semaine dernière, quelques-unes des distractions favorites du sultan du Maroc, aux heures de loisir que lui laisse l'exercice, souvent fort épineux, du pouvoir souverain. Le très étrange portrait d'Abd-el-Aziz que nous avons la bonne fortune de publier aujourd'hui révèle une fantaisie du jeune empereur qui pourrait être classée au même chapitre des amusements et divertissements si, pourtant, par un certain côté, elle ne laissait supposer, au moins chez d'autres que chez lui, des intentions assez machiavéliques.

Exploitant, non sans habileté, ce penchant qu'on lui connaît pour nos moeurs, nos coutumes, pour toutes les choses d'Europe, on lui avait commandé, chez le bon faiseur de Londres, un uniforme qui, aux bottes près,--de vraies bottes de général d'opérette, qui semblent empruntées au magasin de costumes des Variétés;--au fez encore, intangible, irremplaçable, se rapprochait assez des uniformes du haut commandement de l'armée anglo-égyptienne. Ce n'était qu'un essai, qu'une tentative; mais, dans cette tenue, un lourd sabre de cavalerie à la main, Abd el Aziz, constellé de tous ses ordres, posa devant l'objectif. On voit le résultat de cette séance, à jamais mémorable, chez le photographe.

C'était au temps de la grande faveur de Mac-Lean et il n'est que trop aisé de deviner d'où était venue la suggestion. La photographie n'a plus guère qu'un intérêt rétrospectif, puisque toute espèce de rivalité entre l'Angleterre et nous, au sujet de la suprématie au Maroc, semble désormais bien éteinte. On peut se demander, toutefois, ce qu'eussent pensé et fait les sujets du sultan, si prompts à s'alarmer de tout oubli des vieux usages, de toute violation, même légère, des traditions séculaires, le jour où leur seigneur et maître eût osé se montrer à eux sous ce harnois de guerre, et non plus sous les draperies de laine et de soie blanche, quasi sacerdotales, qu'ils ont accoutumé de lui voir porter.