MAXIME GORKI

A la suite des troubles qui ensanglantèrent, le 22 janvier, Saint-Pétersbourg, un certain nombre d'hommes de lettres, de Journalistes, «d'Intellectuels», comme on dit, ont été arrêtés par la police russe.

L'écrivain russe Maxime Gorki, arrêté
comme révolutionnaire.
Phot. Bulla.

Neuf écrivains qui, la veille de cette tragique journée, avaient été désignés par 150 de leurs confrères, au cours d'une réunion, pour se rendre auprès du ministre de l'intérieur et tenter d'éviter la collision qu'on pressentait fatale, furent les premières victimes de la répression.

Parmi eux se trouve l'un des écrivains les plus puissants, les plus originaux de la littérature russe contemporaine, Maxime Gorki. Saisi à Riga, où il était allé, il a été incarcéré dans une forteresse.

On a surnommé Gorki le «prince des vagabonds». Nulle existence, en effet, ne fut plus mouvementée que la sienne, il rappellerait assez, par le côté aventureux de son caractère, notre Villon.

Agé de trente-cinq à trente six ans,--il ne sait pas au juste la date de sa naissance.--Maxime Gorki a été tour à tour apprenti cordonnier, puis apprenti graveur, marmiton, aide jardinier, coq sur un bateau à vapeur, garçon boulanger, scieur de long, débardeur, garde-barrière. Enfin, et surtout, dans un pays où, avec l'entrave étroite du passeport, les voyages sont si peu aisés, il a, toute sa vie, couru les routes.

Entre temps, il avait trouvé le moyen d'apprendre à lire sur le bateau à vapeur où il servait comme aide de cuisine; plus lard, il eut la bonne fortune de rencontrer un avocat qui s'intéressa à lui et lui fit donner une instruction convenable. Et puis, il reprit son chemin, parcourant les Russies en tous sens.

C'est au cours de ses pérégrinations qu'il a amassé les matériaux de ses livres, entassé les observations caractéristiques et directes, à peu près impossibles à un romancier professionnel, sur les pauvres gens, les déclassés, les outlaws, au milieu desquels il passait et qu'il a fait revivre en des nouvelles d'une intensité singulière, avec leurs passions de brutes candides, leurs douleurs poignantes, qui balbutient leur misère sans espoir et sans fin.

LES GRÈVES ET LES MANIFESTATIONS DE SAINT-PÉTERSBOURG.
--Devant les usines Poutilov, le 28 janvier, avant la reprise du travail.

Devant l'Amirauté, le 22 janvier, à 2 heures: le régiment
de la garde Preobrajensky fait reculer la foule.

Nous avons publié dans notre dernier numéro une importante série de photographies, croquis et dessins de nos correspondants et de notre envoyé spécial à Saint-Pétersbourg. La journée du 22 janvier aura été heureusement la seule sanglante et les documents photographiques que nous reproduisons cette semaine se rapportent presque tous aux journées qui ont suivi et où l'ordre a recommencé à régner. Cette physionomie de Saint-Pétersbourg, après l'émeute et la répression, n'en est pas moins lugubre. Nous n'avons pas besoin de souligner la tristesse poignante de la scène saisie par notre photographe et reproduite par notre belle gravure de première page: l'enterrement, le mardi 24 janvier, d'un ouvrier, tombé le dimanche sous les balles aveugles d'un régiment de la garde impériale; un frère, un père simplement un ami--on ne sait--suit seul le pauvre cercueil, qui glisse sans bruit sur la neige vers le cimetière. Deux seulement des photographies ci-contre ont été prises le jour même des terribles conflits: le spectacle est presque anodin; à peine aperçoit-on la ligne des soldats refoulant le public, discerne-t-on l'émoi qui règne autour du Jardin Alexandre,--et pourtant, dans l'instant qui va suivre, les fusils vont partir.

RUE SADOVAIA, A SAINT-PETERSBOURG, LE 24 JANVIER.
--Les magasins barricadés. Photographies de nos correspondants, de notre envoyé spécial et du général Nasvétévitch.

Ulhans de la garde sur la route des usines Poutilov. Troupes d'infanterie derrière l'arc de triomphe de Narva (25 janvier).

LE JARDIN ALEXANDRE, OÙ LES TROUPES ONT CERNÉ LES MANIFESTANTS (dimanche, 22 janvier, à 2 heures et demie environ).
Photographie du général Nasvétévitch.]

A Saint-Pétersbourg. A Moscou,
OUVRIERS EN GRÈVE
Photographies Carl Delius.

Mme Daniel Lesueur, Mme M. Tinayre. Mme Arvide Barine.

Mme Marni. Mme A. Daudet. Ctesse de Noailles. Bne de Pierrebourg. Mme Judith Gautier. Mme de Broutelles.
UNE ACADEMIE FÉMININE.--Réunion, dans le salon de la comtesse Mathieu de Noailles des femmes écrivains qui ont décerné à Mme Myriam Harry le prix de 5.000 francs de la Vie heureuse.