M. ROUVIER AU BOIS
M. Maurice Rouvier, président du conseil des ministres,
et son fils, au Bois de Boulogne.
M. Maurice bouvier, notre nouveau «premier» qui, en prenant la présidence du conseil, a gardé le lourd portefeuille des finances, est sans contredit l'homme le plus occupé du cabinet. Certes, son expérience consommée de parlementaire et de financier, sa puissance de travail, la remarquable verdeur de ses soixante deux ans, le tiennent à la hauteur de sa tâche; mais celle-ci doit lui laisser bien peu de loisirs, et, en dehors de ses heures de présence à la Chambre ou au Sénat, on ne se l'imagine guère qu'assis devant un bureau, courbé sur des rapports, des dossiers, des tableaux de statistiques, des colonnes de chiffres, préparant des projets et des discours, triturant la matière fiscale et budgétaire, abattant quotidiennement une besogne ardue, à laquelle vient s'ajouter maintenant le souci de la politique générale.
Eh bien, se figurer M. Rouvier en cette unique posture de sédentaire attaché à un rude labeur, ce serait n'avoir de sa physionomie qu'une notion incomplète. Son tempérament actif de méridional, un besoin de réaction bien naturel, le portent à rechercher l'exercice, et ainsi, d'ailleurs, il suit l'exemple des hommes politiques anglais, lesquels, on le sait, sont presque tout des sportsmen distingués. Cet Athénien de Marseille, devenu de longue date un Athénien de Paris, pratique volontiers le plus élégant des sports: l'équitation. Au Bois, proche voisin de son hôtel de Neuilly-Saint-James, il est des matins--le dimanche surtout--où on le rencontre chevauchant familièrement en compagnie de son jeune fils. M. le ministre conserve en selle quelque chose de son attitude habituelle à la tribune: rien de guindé, un certain sans façon, qui n'exclut ni la fermeté sur les étriers, ni l'art délicat de rendre la main à propos Peut-être ne se pique-t-il pas d'être un cavalier d'une correction impeccable; mais que lui importe, pourvu que l'assiette soit solide comme l'assiette de l'impôt et l'équilibre assuré comme l'équilibre du budget? E. F.