EUGÈNE GUILLAUME
Eugène Guillaume.
--Phot. Braun, Clément et Cie.
Eugène Guillaume, l'éminent statuaire, n'aura pas survécu longtemps à son départ de la Villa Médicis, où M. Carolus-Duran le remplaçait, en qualité de directeur, au commencement de cette année. En prenant sa retraite, il n'avait pas renoncé au séjour de Rome, et, quand il dut céder la place à son successeur, il s'installa dans un hôtel voisin de sa chère Villa, qu'il ne quittait qu'à regret. C'est là que, atteint d'une bronchite grippale, il vient de s'éteindre, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.
Né à Montbard (Côte-d'Or), le 4 juillet 1822, Eugène Guillaume, élève de Pradier, remportait, en 1845, à vingt-trois ans, le grand prix de Rome, avec un Thésée trouvant sur un rocher l'épée de son père. Il avait conquis depuis longtemps déjà ses titres à la maîtrise lorsque, en 1862, il fut admis à l'Institut, section des beaux-arts; trente-six ans plus tard, en 1898, l'Académie française, appréciant la valeur de l'écrivain, auteur de nombre d'études d'esthétique, l'accueillit à son tour, en l'élisant au fauteuil devenu vacant par la mort du duc d'Aumale. Il fut en outre directeur de l'administration et de l'Ecole des beaux-arts, puis professeur d'esthétique et d'histoire de l'art au Collège de France; enfin, en 1891, il avait remplacé le peintre Hébert à la direction de l'Ecole française de Rome.
Citons parmi ses principales oeuvres: les Gracques, au musée du Luxembourg, une des plus caractéristiques de son talent; le monument de Rameau, à Dijon, et celui de Colbert, à Reims; la statue de Claude Bernard devant le Collège de France; le fronton et les cariatides du Pavillon Turgot, au Louvre; la Musique (façade de, l'Opéra); les bustes de Ingres, Jean-Baptiste Dumas, Jules Ferry, Mgr Darboy, archevêque de Paris.
Le culte de l'antiquité classique, la recherche de l'idéal, la noblesse et la simplicité du style, le souci de l'harmonie, la conscience dans l'exécution, telles sont les règles auxquelles Eugène Guillaume resta fidèle durant sa longue et laborieuse carrière.
"Les Gracques", bronze par Eugène Guillaume (musée du Luxembourg).
APRES LA MORT
DU GRAND-DUC SERGE
La croix de fer.
(Phot. de M. Bakouline, prise
le surlendemain de l'attentat,
avant la construction de la
balustrade protectrice.)
Les funérailles du grand-duc Serge ont eu lieu, le 23 février, à Moscou.
Elles avaient été précédées, suivant la coutume, de l'exposition publique du corps, pour laquelle il avait été déposé à l'église Saint-Alexis, un des cinq sanctuaires existant à l'intérieur du monastère de Tchoudov, ou des Miracles, dans l'enceinte même du Kremlin. Couché dans un cercueil de chêne, le grand-duc était revêtu de l'uniforme du régiment des grenadiers de Kiev, les mains gantées, jointes sur la poitrine et tenant l'icône de saint Nicolas; un voile de fine dentelle de Bruxelles, que porta le prince, tout enfant, recouvrait le visage.
Après avoir visité la chapelle ardente, les assistants, parmi lesquels des groupes d'enfants des écoles accompagnés de leurs instituteurs, se rendaient à la place du Sénat, où l'on a ménagé un petit enclos sur le lieu même de l'attentat et érigé une croix de fer qui, surmontée d'une lampe brûlant nuit et jour, se dresse au milieu d'un amoncellement de couronnes.
Le jeudi 23, après une longue cérémonie religieuse célébrée en présence des membres de la famille impériale (seul des frères du défunt, le grand-duc Paul y assistait), de l'église Saint-Alexis, les grands-ducs et les généraux ont transporté le cercueil à l'église Saint-André qui fait également partie du monastère, lequel communique directement avec le Petit Palais. Là, il a été placé sur un catafalque, en attendant la mise au tombeau.
La place du Sénat depuis le meurtre du grand-duc Serge: au fond, la croix de fer, entourée d'une balustrade, marque l'endroit exact de l'attentat. (A gauche, l'arsenal; à droite, le Palais de Justice, ancien Sénat.)
AU KREMLIN DE MOSCOU.--Sur la place du Sénat: l'enclos commémoratif du meurtre du grand-duc Serge.--Photographies Bulla.
Les sous-officiers de l'Ecole des Cadets allant défiler devant la dépouille mortelle du grand-duc Serge.
AU KREMLIN DE MOSCOU.--Devant le monastère de Tchoudov: la foule attendant d'être admise à visiter la chapelle ardente.--Photographies Bulla.