L'ASSASSINAT DE M. DELYANNIS
Le président du conseil des ministres de Grèce, M. Delyannis, a été assassiné, le 13 juin, au moment où il entrait à la Chambre, par un nommé Ghera Karis, joueur de profession, qui l'a frappé d'un coup de
M. Delyannis.
--Phot. Rhomaïdès. couteau, pour se venger, a-t-il dit, des mesures rigoureuses prises récemment contre les maisons de jeu.
M. Théodore Delyannis était âgé de soixante-dix-neuf ans; il avait commencé sa carrière politique en 1862, sous le gouvernement provisoire, après la chute du roi Othon. Successivement ministre des affaires étrangères, de l'intérieur, de l'instruction publique, plénipotentiaire au congrès de Berlin, il occupa plusieurs fois la présidence du conseil, qu'il reprenait, il y a un an, avec le portefeuille de l'intérieur.
La mort tragique du vénérable homme d'État, activement mêlé depuis quarante-trois ans aux affaires de son pays, a causé une profonde émotion et de vifs regrets. Il avait été ministre de Grèce à Paris, poste actuellement occupé par M. Nicolas Delyannis, son neveu.
Documents et Informations.
A tiennent les taches blanches
de la robe des animaux.
Beaucoup d'animaux blanchissent en hiver et, chez beaucoup d'animaux aussi, on observe des taches blanches qui font un contraste frappant avec la couleur sombre du reste de la fourrure. A quoi tient ceci? Un naturaliste anglais, M. Barret Hamilton, vient d'essayer de résoudre l'énigme. Il observe que le blanchiment du poil accompagne toujours le développement du tissu adipeux, et que les taches blanches se montrent surtout aux endroits où il se fait le plus de graisse. Ce développement des dépôts graisseux serait la manifestation d'une oxydation insuffisante et d'une nutrition ralentie, c'est-à-dire d'une atrophie qui s'étendrait de la peau même au pigment des poils. Comme les taches blanches se montrent aussi en des endroits où il n'y a pas de graisse, il faut admettre que l'atrophie peut se produire par un autre mécanisme: au crâne et ailleurs elle serait due au contact direct de la peau et du squelette. La façon de voir de M. Barret Hamilton explique la calvitie de l'homme; elle explique pourquoi les animaux marins sont d'autant plus glabres que plus gras, et pourquoi les veaux à l'engrais perdent leur poil, etc.
Le «Santos-Dumont XIV».
| M. Santos-Dumont dans la nacelle de son nouveau dirigeable. |
Le "Santos-Dumont-XIV" sur la pelouse du parc de l'Aéro-Club. |
Depuis plusieurs mois, le silence s'était fait autour de M. Santos-Dumont, mais cela n'indiquait pas que le brillant aéronaute fût inactif. Il faisait reconstruire, sur des plans légèrement modifiés, un nouveau dirigeable --le quatorzième--et, au premier jour favorable, nous le verrons de nouveau s'élancer et, sans nul doute, se diriger dans les airs.
Le Santos-Dumont-XIV se distingue des précédents par sa forme beaucoup plus allongée, plus effilée, et par la distance qui sépare l'enveloppe de la nacelle qui porte le moteur, les hélices et le voyageur.
Comment on abîme les chevaux de course.
Personne n'ignore, dans le monde sportif, que beaucoup de personnes peu scrupuleuses n'hésitent pas à faire usage de procédés particuliers pour donner artificiellement aux chevaux de course l'énergie nécessaire à l'obtention de la victoire. Elles droguent et médicamentent ceux-ci de façons variées: c'est le doping, un truquage d'importation américaine. Ce truquage se fait avec des alcaloïdes divers, le plus souvent. On n'attend point de nous l'indication des doses à employer et de la manière de les administrer: mais nous pouvons indiquer les poisons dont les maquignons font le plus souvent usage pour donner aux bêtes une énergie factice. Ce sont surtout la strychnine, la caféine, la cocaïne, l'atropine et le cacodylate de soude. Ces matières sont généralement administrées les unes par la bouche, d'autres en injection, pendant les quelques jours ou heures qui précèdent l'épreuve. Les uns sont des stimulants nerveux; d'autres sont des excitants de la nutrition. Les pauvres bêtes qui ont été traitées sont généralement reconnaissables: elles transpirent beaucoup, elles salivent, elles sont agitées, tremblantes, l'oeil est vague, inexpressif, atone, la démarche est celle du maquignon qui a absorbé quelques petits verres de trop, incertaine, titubante. Ces signes, toutefois, ne peuvent donner la certitude; seule une expertise chimique peut la fournir. La circonstance qui fait du doping une pratique frauduleuse et délictueuse, c'est que le possesseur du cheval cherche à donner à celui-ci les apparences de qualités qu'il ne possède pas réellement. Les courses ont pour but--paraît-il--de permettre une sorte de sélection des individus les mieux doués, de ceux qu'il convient d'employer comme reproducteurs. Or, il est bien évident que, si un amateur achète un cheval sur une victoire qu'il vient de remporter et qui le classe parmi les sujets d'élite, propres à propager une race plus rapide, cet amateur est volé si le cheval ne doit son succès qu'à un artifice médicamenteux. Il est induit en erreur sur la valeur réelle de l'animal. Car celui-ci n'a aucune chance spéciale de donner une progéniture supérieure: en outre, c'est un animal qui sera vite à bout de forces. Les excitants qui lui sont administrés le ruinent: il arrive à la neurasthénie et à la maladie de coeur. Jamais le doping ne donnera de résultats pouvant être, même du plus loin, comparés à ceux de la nutrition rationnelle et de l'entraînement scientifique. Il ne peut que ruiner les chevaux. C'est donc une pratique immorale et inintelligente à la fois.
La croisière du duc d'Orléans.
Le 1er juin, la Belgica, portant l'expédition arctique du duc d'Orléans, quittait Tromsoe, pour se rendre d'abord au Spitzberg.
Chasseur émérite et sportsman accompli, le duc d'Orléans est admirablement armé et équipé pour toutes les chasses auxquelles on peut se livrer dans la zone arctique. Mais il a tenu, d'autre part, à donner à son voyage vers le nord un but scientifique qui en doublât l'intérêt et le mît à même de faire profiter la science de sa croisière. Aussi emporte-t-il à bord tout le matériel spécial que nécessitent les pêches pélagiques et abyssales et les observations océanographiques sur les conditions d'habitat des organismes récoltés. Si l'état des glaces le permet, les recherches de l'expédition porteront surtout sur la partie de l'océan Glacial qui s'étend entre le Spitzberg et le Groënland. Tant par leur nature que par les engins avec lesquels elles se feront, ces recherches apporteront une contribution intéressante aux travaux de la Commission internationale de la mer à laquelle, seule des nations riveraines de la mer du Nord, la France n'a pas cru devoir adhérer.
Karlsen, mécanicien. Mérite, peintre. Philippe, duc d'Orléans. Dr Récamier. Comte de Gerlache. Andreassen. Lt Bergendahl.
Le duc d'Orléans et son état-major sur le pont de la "Belgica".--Phot. Jacobsen
L'état-major de la Belgica comprend, outre le duc d'Orléans et le commandant de Gerlache qui a repris, pour cette nouvelle campagne scientifique, le commandement de son ancien navire, le docteur Récamier, de Paris, ami personnel du prince; le lieutenant Bergendahl, de la marine suédoise; M. Mérite, le peintre animalier bien connu à Paris, et M. Koefoed, zoologue danois, attaché à la station biologique de Bergen.
Les aménagements de la Belgica ont subi d'importantes modifications qui en font un bâtiment d'un type nouveau, un véritable yacht polaire.
La mort de l'archiduc Joseph.
L'archiduc Joseph.
--Phot. Koller-Karoly.
Un deuil qui vient de frapper le duc d'Orléans pourrait malheureusement interrompre la croisière de la Belgica dont nous parlons plus haut: l'archiduc Joseph, père de Mme la duchesse d'Orléans, vient de mourir à Fiume (Hongrie). Il était né à Presbourg, le 2 mars 1833, de l'archiduc Joseph, palatin de Hongrie, et de la duchesse Marie-Dorothée de Wurtemberg. Il avait pris part, comme général de brigade, à la bataille de Sadowa et s'y était brillamment conduit. Il y conquit le grade de feld-maréchal-lieutenant que lui conféra sur-le-champ l'empereur. Son rôle militaire s'était poursuivi dans la paix par l'organisation, qui lui avait valu en Hongrie une grande popularité, de l'armée des honveds, dont il avait conservé le commandement jusqu'à sa mort. Sur un autre terrain, on lui doit d'intéressants travaux sur l'ethnographie et le folklore hongrois.