DOCUMENTS et INFORMATIONS
L'amiral John-Paul Jones.
L'amiral John-Paul Jones, d'après une médaille et des
gravures de l'époque (1775-1779).
Il dormait, depuis plus d'un siècle, au fond d'un cimetière abandonné de Paris, dans un cercueil de chêne et de plomb, cet impétueux marin, qu'on aurait pu appeler «cette tempête» comme Charles XII, ce hardi corsaire qui fit trembler la flotte britannique et qu'on appelait Paul Jones.
Écossais d'origine, il avait pris du service en Amérique en 1775 et s'était signalé pendant la guerre de l'Indépendance par des exploits légendaires. Ainsi, en 1779, il lança, avec une témérité folle, la légère frégate qu'il montait contre un des plus formidables vaisseaux de la marine britannique, s'accrocha à ses flancs et le força à amener son pavillon. Voici encore son portrait à bord du vaisseau qu'il commande: le Bonhomme-Richard, au moment où il vient d'enlever la frégate la Sérapis. A la suite de cette expédition, il vint en France où on lui fit un accueil enthousiaste. Louis XV lui fit don d'une épée, ornée d'une dédicace flatteuse et pompeuse. En 1781, le Congrès de Philadelphie lui décerna une médaille d'or frappée à son effigie, que nous reproduisons ci-dessus.
Mais là devait s'arrêter sa fortune. Après un séjour à l'étranger, il revint à Paris, mais il passa inaperçu: la tourmente révolutionnaire battait son plein. Il mourut pauvre, dans une petite chambre de la rue de Tournon, en 1792.
M. Loomis, envoyé spécial en France pour
ramener aux États-Unis les restes de
l'amiral Jones.
Quant à l'Amérique, elle n'avait point oublié son fameux «commodore»; aussi l'ambassadeur des États-Unis s'intéressa-t-il fort aux fouilles qui ont été récemment pratiquées sur l'emplacement du cimetière situé non loin du canal Saint-Martin, emplacement occupé aujourd'hui par les maisons 41, 43, 45 et 47.
Dans la cour du n° 43, on a creusé un puits et, ensuite, une galerie qui a permis de dégager le cercueil qui contenait la dépouille du célèbre corsaire. Ses restes seront transportés aux États-Unis où l'on rendra au héros de l'Indépendance tous les honneurs qui sont dus à une telle mémoire. Le 30 juin, l'escadre de l'amiral Sigsbee, venue pour chercher ces glorieuses cendres, a mouillé devant Cherbourg. L'amiral est arrivé lundi à Paris, accompagné de son état-major. Reçu sur le quai de la gare Saint-Lazare par le colonel Bailly-Blanchard, deuxième secrétaire de l'ambassade des États-Unis, il s'est rendu à l'hôtel Brighton.
A bord du vaisseau-amiral se trouvait M. Loomis, envoyé spécial du gouvernement des États-Unis. Lundi et mardi, des fêtes ont eu lieu à Cherbourg en l'honneur des envoyés de la grande République. La ville était illuminée. La division de l'escadre française du Nord, qui était sur rade, a pris part à ces fêtes.
La forêt de France.
S'il faut en croire Jules César, la Gaule, il y a vingt siècles, était, au moins dans sa moitié septentrionale, couverte d'une vaste forêt coupée de quelques marais. Ceci est évidemment une exagération qui ne peut se concilier avec cette assertion du même César et de Strabon que la population était très dense. Même en admettant que les vainqueurs aient exagéré le chiffre de la population vaincue pour accroître leur mérite, il fallait qu'une partie du sol eût été défrichée pour nourrir la population. Celle-ci a été évaluée à cinq millions environ pour la Gaule entière, d'après les contingents qui, au témoignage de César, furent levés en l'an 52, lors de l'investissement d'Alésia. Pour que la Gaule pût nourrir une telle population, il faut que la moitié au moins du territoire fût déboisée. La forêt pourtant était utilisée: on y faisait paître les troupeaux et nous savons, par Pline et César, que les essences principales consistaient en sapins, chênes, érables, ormes, bouleaux, hêtres, etc.
La conquête romaine fut très nuisible à la forêt: les vainqueurs, dans un but stratégique, firent défricher de vastes étendues. Et, peu après, la destruction fut accrue du fait de l'immigration de nombreux Germains qui vinrent s'établir en Gaule et furent les fondateurs des royaumes primitifs des Wisigoths, des Burgundes et des Francs. Ces immigrants défrichèrent le sol pour en prendre possession. Mais, avec le développement du pouvoir royal, l'étendue des forêts fut plutôt accrue: il fallait laisser au gibier des retraites et ne point mettre en péril les chasses.
Les moines, par contre, la réduisirent. Et la chose était désirable: c'est à l'excès de forêts et à l'insuffisance de terres labourables que sont dues les famines si fréquentes au moyen âge. Des moines donc accrurent la superficie défrichée et, à la fin du moyen âge, la forêt occupait encore à peu près le tiers du sol. Après ce moment, elle a rapidement décliné, d'après M. Huffel, à l'Économie forestière duquel nous empruntons ces détails. A la fin du dix-huitième siècle, grâce au progrès de l'agriculture, on put constater, par la carte de Cassini, qu'il ne restait que 7.026.000 hectares de bois: un septième de la superficie du sol, la moitié du chiffre obtenu cinq cents ans auparavant. A la veille de la Révolution, donc, le taux de boisement était de 15 ou 16%. Actuellement, il est de 18%. La forêt n'a donc pas diminué au cours des cent dernières années, elle aurait plutôt augmenté. Lavoisier donnait, en 1789, une superficie de 9 millions d'hectares à la forêt: en 1892, il faut lui en donner 9.608.635. La répartition de la forêt dans les différents départements est très inégale, allant de 3,5% dans la Manche, à 56% dans les Landes.
Les progrès de la peste aux Indes.
Depuis le commencement de l'année, la mortalité par la peste a fait, aux Indes, de tels progrès que le gouvernement anglais a décidé d'en supprimer les statistiques hebdomadaires.
Au surplus, pour donner une idée de cette aggravation, voici quelques chiffres caractéristiques:
Années. Nombre de victimes.
1901............... 275.000
1902............... 580.000
1903............... 850.000
1904............ 1.025.000
Le nombre de l'année 1905 sera encore plus effrayant, car, pour les quatre premiers mois, il atteint déjà 690.000. A ce taux, pour l'année entière, il sera supérieur à deux millions.
Il est admis, paraît-il, que la population indigène est trop nombreuse et que ce sont là de petites saignées insignifiantes, ne représentant aucune valeur économique.
Soit: mais il ne faudrait pas fermer les yeux aux inévitables conséquences de la solidarité.
Bien que les Indes soient très éloignées de nous, le foyer pestilentiel des Indes finira par devenir tellement actif, qu'à un moment donné, il ne nous sera plus possible d'en éviter les atteintes.
L'Angleterre a le devoir de travailler avec énergie à éteindre ce foyer; car, toute considération d'humanité mise de côté, elle prend la responsabilité des désastres qui se préparent peut-être.
Que veut-on faire, d'ailleurs, avec les 700 médecins du service médical indien, pour une population de 260 millions d'habitants?
A propos d'une photographie.
C'est à la bonne grâce et à la bonne volonté de ses lecteurs et de ses abonnés, qui lui communiquent tous les sujets intéressants qui parviennent à leur connaissance, c'est au zèle de ses correspondants attitrés que L'Illustration doit, en grande partie, la multitude et la variété de ses documents illustrés et de ses informations de toutes sortes.
Mais L'Illustration, qui remercie chaque fois en particulier ses correspondants, occasionnels ou permanents, tient à leur rendre aussi publiquement justice. C'est ainsi que la jolie photographie de la statue de Méhémet-Ali illuminée, à Alexandrie, que nous avons publiée dans notre numéro du 3 juin dernier, était de MM. Reiser et Binder, photographes. M. Damadian, dont nous avons cité le nom, avait été simplement l'obligeant intermédiaire qui nous l'avait fait parvenir.
Le chemin de fer de la Jungfrau.
On sait que, depuis 1896, une ligne de chemin de fer, la plus audacieuse qui ait jamais été projetée, est en construction dans l'Oberland bernois. Partant du col de la Petite-Schneidegg (2.069 m.), station de faîte du chemin de fer de montagne de Lauterbrunnen à Grindelwald, elle gravit souterrainement les flancs de la Jungfrau. Une courte galerie latérale doit conduire de chaque station à une plate-forme extérieure permettant de jouir de la vue des Alpes. Or, le 17 juin dernier, a été ouverte, à 3.161 mètres d'altitude, la première fenêtre par laquelle on aperçoit la Mer de glace. Le panorama des glaciers, vu en pleine lumière dans l'encadrement de ces roches sombres, est d'une incomparable magnificence.
On aménage en ce moment la station proche; elle sera prête le 29 juillet. Il restera alors deux stations à établir: celle de «Jungfraujock», à 3.396 mètres, et celle des «Roches Jungfrau», à 4.093 mètres. De ce dernier point un ascenseur de 73 mètres conduira les voyageurs au sommet même de la Jungfrau.
La Mer de glace, vue d'une des "fenêtres" ouvertes au flanc de la Jungfrau, pour le chemin de fer souterrain en construction.--Phot. S. Herzog.
Perte d'un vaisseau-école danois.
Un vaisseau-école danois, le George-Stage, a sombré, la nuit du 25 au 26 juin, par suite d'une collision. Venant de Stockholm, il se rendait à Copenhague, lorsque, à une dizaine de kilomètres de ce port, dans le détroit du Sund, un vapeur anglais, l'Aucona, l'abordant brusquement de flanc, le fit chavirer: deux minutes après, il coulait et la mer ne laissait plus émerger que le haut de sa mâture. Au moment où la catastrophe se produisit, le capitaine, commandant Malte-Brun, neveu de l'amiral du même nom, occupait le banc de quart; les élèves, au nombre de quatre-vingts, étaient moitié dans les hamacs, moitié sur le pont; vingt-deux d'entre eux périrent, malgré la promptitude que l'Aucona mit à porter secours aux naufragés.
Le vaisseau-école danois George-Stage naufragé toutes voiles dehors dans le détroit du Sund.--Phot. comm. par M. du Chanton.]
Le George-Stage était un trois-mâts à voiles à bord duquel des jeunes gens de quatorze à dix-sept ans, se destinant à la marine militaire ou marchande, naviguaient durant une année et recevaient gratuitement leur première instruction spéciale. Un riche armateur l'avait affecté à ce service en 1882, à la suite d'un sinistre maritime où il perdit son fils.
L'exploration de la haute atmosphère par les ballons jumeaux.
Jusqu'à présent, pour l'exploration des hautes régions de l'atmosphère, on avait employé soit les ballons libres, soit les cerfs-volants.
Se proposant de faire ces recherches en mer, le prince de Monaco a dû adopter, pour surmonter des difficultés spéciales, des systèmes de ballons jumeaux, imaginés par M. Hergesell.
Ces systèmes sont de deux sortes:
Dans un de ces systèmes, on lance deux ballons, réunis au moyen d'une ligne en cordage de 10 mètres de long. L'un des ballons est gonflé plus que l'autre et disposé pour éclater quand l'altitude désirée est atteinte. Une fois l'explosion produite, le système commence à descendre, le ballon déchiré formant parachute.
L'autre système consiste à se débarrasser du second ballon en le faisant détacher du premier à l'aide d'un électro-aimant actionné par une petite pile, agissant elle-même sous la poussée de l'aiguille du baromètre, quand celui-ci indique l'altitude à laquelle on veut recueillir les observations.
Le ballon porteur des appareils n'ayant plus, comme dans le cas précédent, la force ascensionnelle suffisante, effectue alors doucement sa descente.
En suivant du navire les phases de l'opération, on peut régler sa vitesse de façon à recueillir les ballons peu après leur chute.
A bord de la Princesse-Alice, six ballons jumeaux ont été ainsi lancés entre Monaco et la Corse.
L'automobile du D'Henri de Rothschild.
Le baron Henri de Rothschild,
gagnant du concours de
tourisme d'Aix-les-Bains.
Phot. Fortin.
Après s'être classé premier au concours de tourisme d'Aix-les-Bains avec une automobile de 60 chevaux, le baron Henri de Rothschild avait confié cette voiture à l'un de ses mécaniciens, M. Louis Tournier, qui devait la lui conduire à Clermont-Ferrand, en compagnie d'un cuisinier de la famille de Rothschild, M. Joseph Siegfried.
En route les deux voyageurs prirent deux jeunes femmes. A 10 kilomètres de Clermont-Ferrand et à 4 kilomètres de Laschamps, le conducteur engagea sa voiture dans une descente à une allure telle qu'elle dérapa et alla se fracasser contre un parapet.
Une des voyageuses, Marie Machenolle, qui s'était dressée au moment décisif, fut lancée à une assez grande distance dans une prairie où sa chute ne lui valut que des contusions. Son amie Gabrielle se fractura le crâne sur le parapet et mourut immédiatement. Joseph Siegfried se brisa le côté gauche de la mâchoire inférieure.
Enfin le conducteur, Louis Tournier, dont l'imprudence semble bien avoir causé ce terrible accident, fut jeté sur des tonneaux contenant le goudron qui devait assurer le westrumitage de la route du circuit, et détail vraiment dramatique, sa tête en défonça un et s'y défonça elle-même.
| Une des victimes: Mlle Gabrielle X..., tuée sur le coup. | La voiture dont le conducteur, M. Louis Tournier, a succombé. |
UN ACCIDENT D'AUTOMOBILE PRÈS DE CLERMONT-FERRAND.--Photographies Bliès.