EN NORVÈGE
Fragments d'un journal de voyage.
Suite II.--(Voir le numéro du 8 juillet.)
«Nous naviguons dans une fente longue et sinueuse
resserrée entre de hautes collines...»
«... Nous sommes dans le Sognefiord.»
Sous l'averse, des intrépides descendent afin de faire, à Bergen, un déjeuner à la norvégienne. On hésite, mais une dame rassure tout le monde. Elle parle, dit-elle, la langue du pays. C'est une aubaine. On part.
Accueil charmant au restaurant. Marseillaise. Moins désagréable à entendre ici qu'à Paris au 14 Juillet. La dame polyglotte commande.
... Mon Dieu, ce que je vais vous conter là n'est pas neuf, mais je puis vous affirmer qu'il a fallu de l'empire sur soi-même pour ne pas pouffer de rire lorsque, après très, très longtemps que la dame eut commandé des hors-d'oeuvre et posé négligemment ses gants sur la table pour causer avec son voisin, on lui apporta... un chauffe-pieds. Un peu irritée, elle réclama (en norvégien, naturellement) et, cette fois, un énorme éclat de rire accueillit le garçon lorsqu'il revint avec une descente de lit.
Servantes d'hôtel.
Quelqu'un--un toqué--demanda tout simplement des hors-d'oeuvre et le garçon répondit:
--Mais, messieurs, il fallait le dire: j'entends le français!
Samedi.--Hier soir, en quittant Bergen, le ciel s'est éclairci et, vers onze heures du soir, nous avons eu un avant-goût des splendeurs promises. Soleil couchant. Pas beaucoup plus beau que chez nous, mais intéressant à cause de l'heure indue.
... Il est six heures du matin. Tout le monde est debout. On a déjeuné et nous allons partir pour Stalheim. Il ne pleut pas, mais le ciel est gris. Dans ce pays, il faudrait pouvoir ne pas dormir. Couché hier soir, au jour, à onze heures et demie, à trois heures du matin j'ouvre un oeil et ce que je vois par le hublot de ma cabine me décide à me lever bientôt. Je crois être le premier sur le pont. Erreur. Plusieurs de nos compagnons sont déjà debout et admirent. Nous sommes dans le Sognefiord. Nous naviguons dans une fente longue et sinueuse, resserrée entre de hautes collines dont les sommets ont gardé des plaques de neige et d'où découlent, à droite et à gauche, devant et derrière, des cascades blanches.