La respiration du sol.

Tout comme les êtres vivants, le sol de notre planète respire, c'est-à-dire aspire et expire de l'air, tour à tour. Mais, différent en cela des êtres vivants, il ne respire pas par ses moyens propres: il reste passif dans cette affaire. On savait bien, depuis longtemps, que les interstices du sol sont remplis d'air, et l'on savait aussi qu'il devait y avoir tantôt plus d'air, et tantôt moins, dans le sol, sous l'influence des variations barométriques. Mais rien ne démontre et n' «illustre» mieux le phénomène que les puits sur lesquels M. F. Gerlier, médecin à Ferney-Voltaire, vient d'attirer l'attention. Ces puits, situés dans le canton de Genève, présentent cette particularité d'aspirer l'air à certains moments et de le refouler à d'autres. Il est facile de voir s'ils aspirent ou expirent: ils sont fermés par une dalle solide, pourvue d'un petit orifice, permettant d'avoir prise sur elle et de la soulever; il suffit de placer une allumette enflammée, un bout de plume, etc., sur l'orifice, pour voir de suite s'il y a courant d'air, et dans quel sens. On peut encore poser un sifflet dans l'orifice, en l'entourant de mastic: selon le sens où le sifflet est posé, on a un sifflement continu pendant l'inspiration ou l'expiration du puits et l'on peut faire savoir au loin, automatiquement, si l'on va vers le beau temps ou vers la pluie. Car les puits qui soufflent ou aspirent sont essentiellement barométriques. Ils réagissent aux influences qui font monter ou descendre le baromètre et les habitants des villages les considèrent comme d'excellents baromètres. Dès que le baromètre monte, en même temps qu'il monte, plutôt, le puits aspire. La pression barométrique étant plus forte dehors, l'équilibre de la pression de l'air dans le sol ne peut s'établir que par la poussée de l'air extérieur vers le souterrain: de là apparence d'aspiration du puits. Si le baromètre baisse, en dehors, le phénomène inverse se produit. La pression est forte dans le sol, faible dans l'air; l'équilibre s'établit par la poussée de l'air relativement comprimé du sol vers l'extérieur: le puits expire. Rien n'est plus naturel, ou d'explication plus facile, quand on considère les puits particuliers dont il s'agit. Ils sont tous profonds, pauvres en eau, souvent à secs et forés dans une couche de gravier. Une couche de gravier, cela représente beaucoup de vides et d'interstices; cela fait un réservoir d'air étendu, par conséquent. Et le puits est, en réalité, le tuyau par où communiquent un réservoir d'air souterrain et un autre réservoir, qui est l'atmosphère. Toujours l'équilibre tend à s'établir entre la pression, dans les deux réservoirs; et elle s'établit en donnant lieu aux mouvements d'aspiration et d'expiration. Une augmentation de pression dans l'air extérieur, qui se traduit par une hausse du baromètre, se traduit par un refoulement d'air dans le réservoir souterrain qui est à pression moindre--celle où le baromètre se trouvait avant de commencer à monter. La baisse de pression dans l'air a pour conséquence une expiration: l'air souterrain étant à pression forte--celle du baromètre avant sa descente--il est chassé par sa pression dans l'air extérieur, naturellement, où la pression est moindre. Le sol respire donc, là surtout où il est très perméable et renferme beaucoup d'air.