La nouvelle faune du vieux port de Marseille.
Les personnes qui ont connu Marseille avant l'établissement du canal de la Durance se rappellent certainement quel immonde cloaque était le vieux port, où débouchaient tous les égouts de la vieille ville. La saleté des fonds et des eaux était légendaire, les poissons n'y vivaient pas, et il était admis qu'un des meilleurs moyens de débarrasser les coques des navires des nombreux animaux qui les envahissaient était de les faire séjourner quelque temps dans les eaux du vieux port.
Quand le canal de la Durance fut fait, il y eut un apport d'eau douce plus considérable, et les coquillages purent vivre jusqu'au tiers de la longueur du bassin; puis, dès 1885, Marseille fit établir le tout-à-l'égout et les immondices de la ville ne se déversèrent plus dans le port, mais sur la côte, à une quinzaine de kilomètres à l'est. Très rapidement alors les eaux du vieux port prirent de la limpidité, des algues apparurent partout, et les Marseillais purent s'y livrer à la pêche d'une façon fructueuse.
Ayant étudié récemment la faune du vieux port, MM. A. Briot et Van Gaver ont constaté que la vie se manifestait actuellement jusqu'à l'extrême fond du bassin. Les mollusques y sont nombreux et, près de la passe, les crabes ont fait leur apparition.
Dès qu'on arrive à l'avant-port, les fonds deviennent d'une surprenante richesse. A la vase noire succède un cailloutis où les invertébrés de toutes sortes pullulent. Les algues rouges apparaissent à cet endroit, les oursins, les tubes d'annélides.
Tous ces êtres, ne s'accommodant que d'eaux relativement assez pures, sont le témoignage vivant de l'assainissement du port de Marseille.