NOTES ET IMPRESSIONS

Chaque temps a ses choses que le temps d'après ne comprend plus: ce qui n'empêche pas que ces choses n'aient été autrefois légitimes. Ernest Lavisse.

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Ceux auxquels manque la famille n'entrent pas dans la vie par la bonne porte. A ménages mal assortis, enfants malheureux; à fils de divorcés, jeunesse gâchée. Léon Daudet.

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Les beaux mouvements, c'est la musique des yeux. Anatole France.

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La tendresse maternelle, qui ignore tout, devine tout. Ernest Bertin.

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Boire à la santé d'un mort, n'est-ce pas parfois une façon de rendre hommage à des idées, à des sentiments qui ne meurent pas? Edmond Frank.

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Il n'y a guère de confidences qu'on ne regrette.Mme Marion Crawford.

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Tel est le sort de l'humanité que les contraires mêmes, comme la paix et la guerre, lui sont également des fléaux.

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L'homme sincère est humilié de ses défauts, le vaniteux de les voir connus. G.-M. Valtour

LES SOIXANTE-QUINZE ANS
DE FRANÇOIS-JOSEPH

Il y a huit jours à peine, c'était, dans tout l'empire austro-hongrois, une grande fête carillonnée. En Bohême, dans le royaume de Hongrie, en Styrie, en Transylvanie, en Galicie, en Croatie, dans le Tyrol, à Trieste même, des bords de la Vistule aux rives de l'Adriatique, les cloches jetaient au vent des notes joyeuses d'alléluia. Et, dès l'aurore, dans les églises, où commença cette fête presque religieuse, des prières étaient dites dans toutes les langues, dans tous les idiomes des deux monarchies pour le souverain vénérable qui venait d'atteindre sa soixante-quinzième année.

L'empereur François-Joseph Ier, dont l'Autriche et la
Hongrie viennent de célébrer le 75e anniversaire.
--Dessin d'après nature de Theo Zasche.

Assurément, si, de nos jours, régner c'est non plus diviser, mais savoir être aimé, François-Joseph d'Autriche et de Hongrie s'est heureusement acquitté de sa mission de roi. Ce vieillard au regard triste, au front las, accablé par cinquante-sept ans de pouvoir souverain, meurtri par les deuils de sa maison, angoissé par la fragilité de ses couronnes, a plus obtenu de l'amour de ses peuples que de l'habileté de sa politique. Un grand diplomate russe, le prince Gortschakof, qui fut un irréconciliable ennemi de l'Autriche, disait de cet empire qu'il était un gouvernement et non point un État. Le mot fit fortune, car il était juste et cruel. Un enchevêtrement de nationalités ne constitua jamais une nation. Les peuples soumis au sceptre des Habsbourg ne sont même pas des peuples frères. Ce sont des demi-frères ennemis ou même seulement, comme les Croato-Serbes et les Roumains, des frères adoptifs peu satisfaits de l'adoption et qui demandent à reprendre leur place ancienne dans leurs familles d'origine. Et, cependant, malgré ces divisions nationales, ces revendications séparatistes exclusives d'un patriotisme commun, en dépit de la crise hongroise actuelle, l'empire se maintient intégral avec une cohésion apparente. C'est qu'entre ces peuples désaffectionnés les uns des autres subsiste encore un lien magnétique admirable et rare, qui est la vénération presque unanime vouée au souverain. Si les peuples ont les caprices, la turbulence et l'enthousiasme des enfants, ils en ont aussi les attendrissements faciles. La redoutable question d'Autriche ne se posera pas tant que vivra François-Joseph. On évitera à son grand âge la tristesse d'une dislocation monarchique. Il est si vieux, le père Franz, si blanc, il a tellement souffert dans sa maison, qu'on n'oserait lui imposer encore le plus cruel de tous les chagrins de sa vie. Et c'est bien assez que François-Joseph, demeuré le point d'attraction de toutes ces forces centrifuges, ait l'amertume de constater que ses sujets si divers ne communient plus les uns les autres qu'en cet amour de lui-même.

Qu'il règne encore longtemps, le vieux souverain paternel! Ce n'est pas seulement le voeu de ses peuples, c'est encore le voeu de l'Europe, que les complications éventuelles effrayent et qui a peur des lendemains. C'est aussi, moins intéressé et tout affectueux, le voeu d'un ami de longue date de François-Joseph, du roi d'Angleterre, qui a tenu à porter lui-même à l'auguste septuagénaire ses félicitations royales. On a beaucoup écrit au sujet de cette rencontre, à Ischl, d'Édouard VII et de François-Joseph. Des esprits imaginatifs ont voulu lui donner la portée d'une grave manifestation politique. Rien n'est plus inexact. Les jours de fête, on ne parle pas d'affaires. On s'est inquiété du long détour qu'Edouard VII, se rendant à Marienbad, a fait pour s'arrêter à Ischl. Cela n'est pas de nature à modifier le caractère de l'entrevue. Le souverain britannique est très capable de s'imposer un supplément de fatigue pour remplir un devoir de convenance respectueuse; car, si l'empereur d'Autriche et le roi de Danemark sont les souverains les plus vénérés de l'Europe, il est également vrai qu'Edouard VII en est le plus courtois des princes.

LE PLÉBISCITE UNANIME DU PEUPLE NORVÉGIEN EN FAVEUR DE LA SÉPARATION

Photographie prise à Bergen le jour du vote: la population défile devant la statue du président Christie, ornée d'un cartouche avec le «Ia» (oui) patriotique.--Cliché Meyer.

Le 15 août avait lieu le plébiscite national qu'avaient réclamé les Chambres suédoises, par lequel le peuple norvégien devait donner son avis sur la question de la dissolution de l'union entre la Suède et la Norvège. Les résultats en ont émerveillé ceux-là mêmes qui étaient les plus sûrs des sentiments séparatistes de la nation norvégienne. Alors, en effet, que 368.200 voix se prononçaient pour la rupture, 184 seulement étaient contre. Jamais on ne vit unanimité plus complète dans les voeux d'un pays.

Partout, on est allé au scrutin, joyeusement, comme à une fête. Mais l'une des manifestations les plus originales de l'allégresse des Norvégiens a été faite à Bergen. Sur la place Torv-Almenning se dresse la statue de Christie, qui fut le président du premier Storthing norvégien, en 1814, au moment où la Norvège rompit le pacte d'union qui la liait au Danemark et déjà se proclama indépendante. Cette statue avait été ornée de fleurs et, sur la tête du grand patriote, on avait posé une couronne. En avant du piédestal, un cartouche portait le vote de Christie, comme si, du fond de la tombe, la voix de l'homme d'État dictait leur devoir à ses compatriotes: «Oui. Nous aimons notre pays.» Et les cortèges populaires, où des femmes, qui n'étaient pas les moins enthousiastes, accompagnaient les électeurs, leurs proches, se rendant au scrutin, défilèrent tout le jour devant le monument.

M. Adatchi. M. Otchini. Baron Komura. M. Takahira. M. Sato de Plançon. M. Naboukof. M. Witte, baron de Rosen. M. Korostovetz.
LES NÉGOCIATIONS DE PAIX A PORTSMOUTH.
--Les plénipotentiaires en séance, le 14 août.

Photo copyright Grantham Bain, New-York.

M. William Bouguereau sur son lit de mort.--Phot. Godefroy.]