LES DÉSORDRES AU CAUCASE

Incendie des usines et des réservoirs de naphte, près de Bakou.

Les troubles qui viennent d'éclater à Bakou semblent dépasser en importance et en horreur tous ceux qui, en ces derniers temps, se sont produits sur divers points de la Russie. C'est un nouvel épisode de la lutte constante que le fanatisme religieux et les haines de races entretiennent parmi les populations du Caucase. Le mouvement est d'autant plus violent qu'il a surgi entre les deux peuples les plus foncièrement hostiles: d'un côté, les Tatars, appelés plus couramment Tartares, sans cesse tourmentés de la passion panislamique, population de culture nulle, d'instincts plutôt sauvages, vivant pauvrement des produits du sol ou du travail dans les mines, comme le groupe d'ouvriers que montre plus loin une de nos gravures; d'autre part, les Arméniens, riches, habiles, détenant l'industrie et le commerce, également acharnés à la défense de leurs intérêts et de leur religion. Les uns et les autres étant armés, le moindre conflit dégénère en massacres.

La situation particulière de Bakou devait, en outre, favoriser dans une rare mesure les actes de vandalisme. Cette cité de 120.000 âmes, bâtie sur la rive occidentale de la mer Caspienne, est le centre de l'industrie pétrolière du Caucase. Autour de la ville, à Bibi-Eybat, à Surakhany, et surtout à Balakhany dont nous donnons une vue générale, s'élèvent, innombrables, les pyramides de bois ou derricks, à l'intérieur desquelles jaillissent les colonnes de naphte qui se rendent, par des ruisseaux à l'air libre, dans des lacs noirâtres formant de gigantesques réservoirs d'incendie. Il a suffi d'une torche pour changer toute cette région en fournaise et provoquer en quelques heures une centaine de millions de ruines.

Les photographies reproduites ici nous ont été envoyées par un de nos correspondants russes à qui L'Illustration doit déjà de nombreux documents de premier ordre. Représentent-elles l'incendie allumé ces jours derniers par les bandes tartares? Ou bien ont-elles été prises antérieurement, lors d'un des embrasements accidentels si fréquents de tout un district pétrolifère? Quoi qu'il en soit, leur authenticité n'est pas douteuse, et elles évoquent avec une vérité saisissante le spectacle de ruine qu'offre actuellement une des plus grandes sources de richesse du monde.

A BAKOU.--Incendie des fontaines de naphte de Balakhany.

Vue générale de Bakou: les quais et le port au centre, la tour des Vierges.

Les massacreurs de Bakou: types d'ouvriers tartares.

Vue générale des puits de naphte de Balakhany, aujourd'hui incendiés.
LES TROUBLES DU CAUCASE