DU STROMBOLI AU VÉSUVE
La terrible émotion qu'ont produite, dans l'Italie entière, les récents tremblements de terre des Calabres commence à peine à se calmer. L'imprévu de telles catastrophes, le mystère qui entoure leurs causes, sont bien faits d'ailleurs pour accroître et prolonger l'inquiétude. Aussi, et quel que doive être, en fin de compte, le résultat de cette initiative, le gouvernement italien a-t-il été heureusement inspiré en constituant une commission scientifique chargée d'étudier les effets du phénomène et d'essayer d'en établir l'origine.
Comme, avec le tremblement de terre, a coïncidé une recrudescence d'activité des deux volcans entre lesquels s'étend la plaine si souvent ravagée par les convulsions sismiques, le Stromboli et le Vésuve, les études de la commission vont nécessairement s'étendre à ces volcans.
Précédant les géologues et les topographes officiels, j'ai fait, l'appareil photographique en mains, une visite aux deux inquiétantes montagnes.
L'excursion au Stromboli n'a rien d'engageant. Elle est malaisée, et, n'était l'effet saisissant que produit la présence de la riante ville de Stromboli au pied de cette montagne âpre, on serait déçu. C'est un voyage que j'ai fait une fois et que je n'espère pas recommencer.
Le Vésuve, au contraire, était pour moi une vieille, très vieille connaissance. N'ai-je point même, un jour--il y a deux ans de cela--failli trouver la mort au bord de son cratère, pour avoir voulu le photographier de trop près? Il est actuellement, au surplus, d'accès assez facile à quiconque ne tient pas à s'aventurer dans la zone dangereuse, et de Naples, en une heure à peine, chemins de fer et funiculaire transportent les touristes à la «gare supérieure»! Mais les vrais curieux ne s'arrêtent pas en si beau chemin et attaquent gaillardement les pentes sablonneuses et roides qui se dressent encore au-dessus d'eux et les conduiront jusqu'au sommet du cône. Le spectacle qu'ils trouvent là-haut vaut bien la peine qu'ils se sont donnée pour y parvenir.
Le Vésuve: orifice principal au moment de l'éruption d'une bombe.
Me voici presque au bord du cratère --ou mieux, des cratères, car il y en a cinq, l'un touchant l'autre--près d'un abîme d'où montent continuellement des vapeurs blanches qu'échevelle la brise d'automne.
Tout à coup, au fond du gouffre, on perçoit des bruits stridents, de déchirants sifflements, qui montent, grandissent, éclatent en un bruit d'enfer. On dirait qu'une armée de locomotives, leurs soupapes grandes ouvertes, se déchargent, se vident... Puis une détonation sourde, qui ébranle le sol sous mes pieds: un nuage de fumée noire, en forme de champignon ou de parasol, le fameux «pin» tant de fois décrit, monte, se développe dans les airs, crevé en tous sens par des bombes de lave qui éclatent, des pierres qui retombent en pluie au loin. Et le vent aigre tord, déroule, souffle en tous sens cette nue sinistre qui s'évanouit bientôt dans l'azur frais du ciel.
Le Vésuve en activité.
Comme je vais redescendre, j'avise le plus ancien des guides:
--Pensez-vous que la montagne doive nous offrir de nouveau un de ses spectacles?
--Ne le dites pas, signorino: si spectacle il y a, il sera terrible. La montagne est trop pleine.
Ce «trop pleine» là-haut, entre deux bombes... Il était temps, décidément, de retourner.
Charles Abéniacar.
L'agent Debishop. Jean Gallay. L'agent Donzelot.
Valentine Merelli. Marie Audot
LE RETOUR DE GALLAY ET DE VALENTINE MERELLI.
--Leur débarquement du paquebot Cordillère, à Bordeaux.
D'après les photographies de MM. Sereni, Eug. Bardot et Raymond.