UNE CAMPAGNE DE CHASSE ET DE PÊCHE EN AUTOMOBILE
Elle va exciter l'envie de nos sportsmen et ouvrir la porte à tous leurs rêves, cette campagne de chasse et de pêche que viennent de faire, à travers l'État du Maine et le Canada, cinq chauffeurs américains: MM. Ezra H. Eitch, Augustus Post, A. T. Edmunson, R. H. Johnston et N. Lazarnick.
Un «store» en pleine campagne, au Canada.
Ils partaient, à la fin d'août, de Portland, au sud de l'État du Maine, sur l'Atlantique, en trois automobiles, et remontaient vers le nord. Comme ils comptaient courir quelque peu les bois, à la poursuite du gibier, loin, souvent, de toute hôtellerie et même de toute ferme, chaumière ou hutte, et que, d'ailleurs, en tout état de cause, ils voulaient pouvoir se tirer d'affaire avec leurs propres ressources, ils emportaient tout un matériel de campement perfectionné: quatre tentes de soie, légères et peu encombrantes, une cuisine complète en aluminium, des malles-couchettes avec des matelas à air et tout un lot de provisions, viandes concentrées, conserves, etc. Ils s'étaient munis de solides haches, d'une pelle, d'une pioche, dont ils pouvaient avoir besoin pour se frayer la route, en certains cas; de leviers et de palans, en prévision d'accidents ou de pannes. Et, bien entendu, ils n'avaient eu garde d'oublier l'arsenal de lignes, de fusils, de carabines, indispensable aux pêcheurs et chasseurs qu'ils étaient avant tout.
EN AUTOMOBILE A TRAVERS L'ÉTAT DU MAINE ET LE CANADA
1. Un calvaire au bord de la route.--2. En pleine forêt: dégageant le passage.
--3. Le coup de feu en auto.--4. Hors des routes battues.
Ils suivirent d'abord la ligne du Maine Central jusqu'à une ville nommée Mattawamkeag; là, ils abandonnèrent la voie ferrée et piquèrent droit au nord, vers Patten. En approchant de cette ville, ils eurent une sensation un peu forte: devant eux, les séparant de l'étape, une forêt brûlait. Ils s'y lancèrent à toute vitesse et purent, sans dommage, atteindre Patten. Mais ils n'y étaient guère en sûreté: une saute de vent pouvait rabattre les flammes vers la ville et l'incendier. Les habitants étaient debout, anxieux, se demandant s'il fallait fuir. Pour nos excursionnistes, ils veillèrent aussi, guettant l'événement, moins inquiets toutefois, et prêts, à la première alerte, à sauter sur leurs machines et à filer. Au-dessus de Patten, la route se divisait en deux branches. On leur dit que les quatre ou cinq automobiles qui étaient déjà venues jusque-là avaient toujours pris la route de l'est. Cela les décida à suivre l'autre, qui remontait vers le nord. Ils s'élancèrent dans l'inconnu, sur un chemin qu'aucune machine encore n'avait sillonné, et entrèrent au Canada.
Ce que fut leur existence au cours de ce voyage, les photographies qu'ils ont rapportées le disent assez. Tantôt ils couraient le long de routes passables, jalonnées de vénérables calvaires où se croisaient en trophées les instruments de la Passion; tantôt ils faisaient halte devant quelque store en pleine campagne, devant quelque magasin perdu, attendant des clients venus de lieues et de lieues à la ronde; ou bien encore ils s'aventuraient, par des pistes encombrées et qu'il fallait déblayer, au coeur même de la forêt; là, où ne se voyait plus nulle trace du passage de l'homme, ils campaient, l'un cuisinant tandis que l'autre procédait à la lessive indispensable. Ils passèrent des rivières sur des bacs, en traversèrent d'autres à gué; et leurs automobiles croisaient alors dans le courant quelqu'un de ces légers et fins canoës d'écorce faits à l'image des pirogues des Peaux-Rouges
Sous bois, le passage de leurs autos faisait se lever et fuir du gibier qu'ils pouvaient parfois tirer en marche. Et leurs chasses furent des plus fructueuses. Leur plus beau coup de fusil descendit un caribou,--un caribou, ô René --un renne superbe qui fut prestement chargé sur l'une des machines.
Enfin ils arrivèrent à un village dont les habitants parlaient une langue d'eux cinq inconnue: un pur français du dix-septième siècle. Là, une personne entendant quelques mots seulement d'anglais était une rareté. Ils supposèrent qu'il en devait être ainsi dans toute la contrée, occupée par de purs Canadiens français. Ils appréhendèrent de poursuivre plus loin leur voyage dans ces conditions, ce qui tendrait à prouver qu'ils étaient moins certains de pouvoir se passer de tout concours étranger qu'ils ne le voulaient bien dire. Ils avaient traversé crânement la forêt enflammée de Patten. Ils redoutèrent de s'aventurer en pays franc. «Autant, disait au retour M. Ezra H. Fitch à un interviewer, autant eût valu voyager en Normandie!»
Et ils rebroussèrent chemin vers la frontière des États-Unis, qu'ils traversèrent près du fort Kent, puis vers le Nouveau-Brunswick, où ils poussèrent une pointe avant de regagner Portland--enchantés.
EN AUTOMOBILE A TRAVERS L'ÉTAT DU MAINE ET LE CANADA
1. Passage d'une rivière en bac.--2. Le campement dans une clairière.--
3. Repas sous la tente.--4. Passage d'une rivière à gué.
La veuve du général, son fils et d'autres membres de la famille Kondratenko,
près du cercueil du héros de Port-Arthur, sur le pont du Munchen.
Le général Kondratenko, qui paraît bien avoir été, plus qu'aucun autre, l'organisateur intelligent et fertile en ressources de la défense de Port-Arthur, et dont la mort glorieuse, aux derniers jours du siège, a été pour la citadelle investie une perte irréparable, va reposer en terre russe: le 1er octobre, le steamer allemand Munchen ramenait à Odessa sa dépouille mortelle.
Sur le pont du navire, où étaient réunis autour de Mme Kondratenko, la veuve du général, et de ses enfants, de nombreux officiers, son cercueil fut en un moment couvert de couronnes. Et ce furent d'anciens combattants de Port-Arthur, d'anciens compagnons d'armes de Kondratenko, qui lui rendirent les derniers devoirs, le portèrent quand il fut besoin, montèrent la garde autour de lui.
Le corps du général a été transporté à Saint-Pétersbourg, où de solennelles obsèques lui furent faites.
A Odessa: le cortège funèbre s'organisant à bord du Munchen et sur le quai.
--Photographies Poudichef
LE RETOUR EN RUSSIE DES RESTES DE KONDRATENKO, TUÉ A PORT-ARTHUR
[(Agrandissement)]
Le prince Worontzof-Dachkof. Photographie Bulla.
LE PRINCE WORONTZOF-DACHKOF, VICE-ROI DU CAUCASE, VISITANT LES RUINES DE BALAKHANY
Au prince Worontzof-Dachkof, vice-roi du Caucase, revient l'honneur d'avoir ramené à Bakou une paix qu'on voudrait croire durable. C'est lui qui a réconcilié Arméniens et Tatars,--au prix de quelles objurgations! Dans sa calèche basse, entouré d'une petite escorte de cosaques, on le voyait aller parmi les débris écroulés des maisons, les ruines des usines, amas de pierres calcinées, de cendres, d'où émergeaient de place en place les restes de quelque formidable machine, des roues, des pignons, des volants, des tuyaux, tout cela tordu, déformé, oxydé, tacheté par les flammes de rouilles superbes. Mais l'émeute, éteinte à Bakou, se rallume en d'autres points du Caucase: à Tiflis, neuf bombes, dans la même journée, ont éclaté, et il va falloir, sans doute, au prince Worontzof-Dachkof, reprendre quelque jour par là ses périlleuses promenades.