UNE ACTRICE FRANÇAISE AUX ÉTATS-UNIS
Une artiste française qui interprète, en Amérique, le
rôle d'une baronne autrichienne dans une pièce d'un auteur
anglais: Mme Simone.--Copyright White N.-Y.
Notre correspondant de New-York, M. François de Tessan, nous envoie un curieux portrait de Mme Simone (Mme Claude Casimir-Perier) accompagné de l'intéressants note suivante:
«Mme Simone a décidé de conquérir les États-Unis et, ce que femme veut, Dieu le veut, surtout lorsque c'est une Française... Déjà l'hiver dernier elle avait donné une très remarquable série de représentations en anglais. Elle avait interprété des adaptations de la Rafale, du Voleur, du Retour de Jérusalem, de la Princesse lointaine, de Froufrou. Cette saison elle a poussé la gageure plus loin. Elle a voulu créer directement une pièce anglaise. M. Louis N. Parker a donc écrit à son intention The Paper Chase (la Chasse aux petits papiers), comédie légère qui se passe au temps de Marie-Antoinette. L'intrigue roule autour d'un pamphlet écrit par le duc de Richelieu pour discréditer «l'Autrichienne» et dont s'est emparée la baronne Bettina de Schomberg, confidente de la reine. Richelieu cherche naturellement à rentrer en possession de ses papiers et déploie à cet effet une astuce digne du policier le plus adroit. Mais la baronne déjoue toutes ses intrigues et se sert de son arme pour ramener dans le droit chemin et le loyalisme le marquis de Belange dont elle est devenue amoureuse. Au fond, elle ne tient pas à causer un terrible scandale, mais plutôt à confondre les ennemis de Marie-Antoinette et à détacher des dangereuses conspirations le galant marquis. Vous devinez qu'elle triomphe aisément. Elle ne détruit le manuscrit que lorsque, après maint marivaudage et des péripéties sans nombre, elle tient définitivement Belange sous le charme. Alors elle termine la comédie par un mariage ainsi qu'il sied dans tout roman de ce genre.
»Autour de ce sujet si menu, M. Louis N. Parker a su adroitement multiplier les incidents amusants, les bons mots, les élégants badinages tout à fait dans le ton de l'époque. Mme Simone, dans ce rôle de la baronne de Schomberg, a trouvé l'occasion d'une création pimpante, infiniment spirituelle où elle joue la grande coquette avec autant d'aisance que les rôles poignants auxquels elle nous avait habitués jusqu'ici.»