LES THÉÂTRES
Arsène Lupin a de la famille. Sur la scène de l'Athénée c'est sa propre femme, d'ailleurs comtesse, qui se montre la digne élève d'un tel mari. Au fond, nous sommes restés de grands enfants; les histoires de brigands nous amusent. Cette Main mystérieuse est plaisamment terrifiante. Elle dépouille successivement tous les personnages qui s'agitent en scène. Il n'y a que le public amateur de ce genre de spectacles qui ne soit pas volé.
La nouvelle direction de la Renaissance vient de faire un aimable début avec la Folle Enchère, une pièce d'un jeune auteur, déjà notoire, M. Lucien Besnard. C'est une histoire d'amour très joliment contée. Elle met aux prises deux jeunes gens d'origine et d'éducation opposées. Elle se passe dans un milieu provincial de nobles aux trois quarts ruinés dont on va vendre le château, ce dont s'afflige la jeune fille qui l'habite. L'acquéreur qui se présente rêve de le lui restituer, en l'épousant. Mais elle aime un autre homme, plus jeune, moins riche. Le jour de la vente, ce dernier pousse aux enchères contre son rival. C'est doublement la Folle enchère, car le pauvre garçon ne peut pas payer. La situation semble inextricable. Et pourtant tout s'arrange, tout finit pour le mieux, par la vertu souveraine de l'amour.
Une salle de spectacle où toutes les places, même «de côté», sont «de face»:
le Théâtre Nouveau de la rue de Belleville.--Phot. Harand.
LE «THÉÂTRE NOUVEAU»
Il justifie son nom. D'abord parce qu'il est le dernier venu, mais aussi par l'innovation hardie dont témoigne sa disposition intérieure.
On nous annonce l'inauguration imminente d'autres salles de spectacles renouvelées ou édifiées à neuf et qui étaleront, dans les quartiers riches de Paris, leur luxe délicat. En plein quartier populaire, rue de Belleville, 23, le Théâtre Nouveau, construit sur l'intelligente initiative de M. Félix Soulier et dirigé par lui, est d'une ornementation simple quoique agréable au regard et surtout d'un agencement tout à fait ingénieux et pratique.
Pas un pilier, pas une colonne atténuant, d'une part, l'acoustique, et gênant d'autre part la vision d'un certain nombre de spectateurs; rien que des places «de face». L'architecte, M. Marcel Lemarié, aidé d'ailleurs par l'ingénieur Lecoeur, a fait ici l'application d'un principe séduisant. Tous les sièges, et par conséquent tous les spectateurs, aussi bien sur les côtés que dans le fond, sont étages en pente douce et disposés perpendiculairement au centre de la scène, d'où la visibilité la meilleure dans les plus naturelles conditions de confortable. L'aération quotidienne de la salle est enfin assurée par un plafond mobile, sans compter les vastes dégagements qui permettent la sortie du public en une minute et demie.