UNE APOTRE
DE L'ENSEIGNEMENT FÉMININ
Une Française vient de mourir qui, entre toutes les femmes de coeur dont la vie fut consacrée à l'enseignement, laissera un souvenir particulièrement respecté. Une existence toute de labeur et de dignité, le caractère même de la mission qu'elle s'était imposée, une modestie qui ne pouvait s'accommoder des vanités ordinaires, ne destinaient guère Mlle Malmanche à la notoriété parisienne. Elle a pourtant accompli avec une énergie d'apôtre, une vaillance peu commune, une oeuvre admirable, sans que jamais grand bruit ait été mené autour d'elle.
Mlle Marguerite Malmanche.
Mlle Malmanche a eu le singulier mérite de créer un enseignement nouveau, répondant à un besoin nouveau de notre temps. Préparée par de fortes études au professorat, elle dirigea toute son intelligente activité vers l'éducation professionnelle des jeunes filles pauvres, que la nécessité de gagner leur vie pousse vers les emplois d'administration, de commerce ou de banque. Des cours spéciaux existaient déjà pour les jeunes gens qui abordaient ces carrières. Elle s'attacha, de toute sa volonté, à en organiser de semblables à Paris pour les femmes, auxquelles elle fournissait ainsi les moyens d'apprendre la comptabilité, les langues étrangères, et les notions commerciales indispensables. Non contente de surveiller les progrès de ses élèves, elle aimait à les guider dans la vie, avec une affectueuse vigilance, et son efficace protection s'exerçait pour toutes celles dont elle avait pu discerner le mérite.
Ses efforts avaient reçu, de toutes parts des encouragements précieux. Mlle Malmanche avait été nommée inspectrice de l'enseignement commercial et des langues vivantes de la Ville de Paris; et elle faisait partie du Conseil supérieur de l'enseignement technique; décorée de la Légion d'honneur depuis de nombreuses années, elle avait été, récemment, promue au grade d'officier.
Elle disparaît à l'âge de soixante-cinq ans, en ayant mis plus de quarante au service de la tâche la plus noble, la plus désintéressée.
Le sultan Zémio.