APRÈS LA CONQUÊTE

Notre correspondant de Rome nous écrit:

Rome, revêtue de sa parure de fête, a reçu hier, 19 janvier, les délégations des régiments qui ont pris part à la campagne de Tripolitaine et qui venaient dans la capitale pour faire décorer leurs drapeaux par le roi.

La cérémonie, magnifique, fut empreinte d'un caractère de noblesse et de grandeur qui impressionna profondément tous ceux qui y assistèrent.

Après une revue à Castro Pretorio, les troupes de Libye, y compris un bataillon d'asoari, dénièrent devant les souverains, sur la place de l'Indépendance.

Du terrain de la revue jusqu'à la piazza Venezia, les troupes de la garnison de Rome en grande tenue formaient la haie, tandis que leurs camarades rentrés d'Afrique passaient en tenue de campagne, au milieu des hourras et des fleurs dont la foule était prodigue.

Ensuite, sur le monument Victor-Emmanuel II lui-même, la cérémonie principale se déroula en une véritable apothéose.

Les souverains et la reine mère, ayant à leurs côtés tous les princes de la maison de Savoie, vinrent se placer sur le monument, au pied de l'autel de la Patrie.

Les officiers qui venaient de combattre en Libye se groupèrent également sur le monument; en bas, à droite, prirent place les généraux et les amiraux, et, à gauche, les députés et les sénateurs.

Alors, sur un signe du ministre de la Guerre, le général Spingardi, les porte-drapeau dont les étendards vont être décorés s'avancent sur un rang, suivis des colonels de chaque régiment.

Le moment est solennel. Sur la grande place, les troupes sont massées en carré; c'est une féerie de couleurs et d'armes qui étincellent au soleil. Les drapeaux, dont quelques-uns sont en loques, s'inclinent devant le roi, qui, après avoir entendu un bref discours de présentation du ministre de la Guerre, s'avance et épingle tour à tour sur la soie glorieuse la médaille conquise en Libye.

La cérémonie terminée, les souverains, escortés d'un brillant état-major et de tous les princes royaux, sont rentrés au Quirinal où la foule leur fit de chaudes ovations.

Le soir, au théâtre Constanzi, eut lieu une grande représentation de gala à laquelle les souverains assistèrent.

La journée du 19 janvier peut être considérée comme le digne couronnement de la guerre italo-turque et de la conquête de la Tripolitaine.

Il faut noter l'amabilité avec laquelle la presse étrangère a été admise à participer à la fête. On a voulu lui faire oublier les rigueurs de la censure qui, pendant l'année de guerre, fut inexorable, et on y a pleinement réussi.
Robert Vaucher.

MM. de Giers. de Wangenheim. Garoni. Bompard. Pallavicini. Gérard Lowther.
(Russie). (Allemagne). (Italie). (France). (Autriche-Hongrie). (Angleterre).
Les ambassadeurs sortent de la Sublime-Porte, après avoir remis la note des puissances.
Phot. du Dr Renzo Larco, envoyé spécial du Corriere della Sera.