LA GUERRE CIVILE AU MEXIQUE

M. Madero, qui, il y a bientôt deux ans, contraignait par la force M. Porfirio Diaz à abandonner le pouvoir, et que la révolution victorieuse portait alors à la présidence des États-Unis du Mexique, vient à son tour d'éprouver les hasards d'une sédition militaire, dirigée, cette fois, contre lui. Dimanche dernier, les partisans du général Félix Diaz, neveu de l'ancien président, entraînaient presque toutes les troupes de la garnison et, avec ce concours, délivraient leur chef, emprisonné depuis l'insuccès de sa précédente tentative insurrectionnelle. Après un violent combat entre les troupes fédérales et les rebelles, ceux-ci s'emparaient de l'arsenal, et le général Félix Diaz se proclamait lui-même président de la République.


Le président Madero.
--Phot. comm. par M. Adossidès

Le général Félix Diaz.
--Phot. comm. par M. Humblot.

En un pays où les questions de personnes sont seules en jeu, ce ne sont point des raisons politiques qu'il faut chercher à un tel mouvement. Depuis longtemps déjà, M. Madero avait à lutter contre les menées de nombreux adversaires. «Dès ses débuts, nous écrit M. N. C. Adossidès, qui est fort averti des origines de la crise actuelle pour avoir récemment séjourné au Mexique, le nouveau président fut l'objet de critiques acerbes; on alla jusqu'à affirmer qu'il s'était fait rembourser les frais occasionnés par la révolution. A vrai dire, les mécontents, ses anciens amis pour la plupart, se plaignaient surtout de n'avoir pas reçu un prix suffisant de leurs services, et si l'on voit aujourd'hui certains généraux, ses partisans d'autrefois, faire cause commune avec Félix Diaz, c'est que Madero dut résister énergiquement à leurs exigences exorbitantes.

» Pasqual Orozco et Zapata devinrent ainsi ses ennemis acharnés. Leur aide lui avait été indispensable pour conquérir le pouvoir, car, véritables chefs de bandes, ils avaient à leur disposition des hordes vite excitées par l'appât de riches butins. Le succès de Madero assuré, ils l'accusèrent de ne point tenir ses promesses, et reprirent les armes contre lui.

» Déconsidérés, sans prestige, ils n'étaient pourtant pas les plus à craindre. Un autre adversaire, beaucoup plus redoutable à cause de l'estime qui s'attachait à son nom, se mit bientôt sur les rangs: le général Félix Diaz, très populaire dans l'armée, réussit, au mois d'octobre dernier, avec quelques centaines d'hommes, à s'emparer de Vera-Cruz. Arrêté peu de jours après, il fut condamné à mort par la cour martiale; mais l'opinion publique intervint en sa faveur, et Madero commua sa peine en celle des travaux forcés.»

Le général Diaz paraît avoir rencontré, à Mexico, de vives résistances. Les troupes fidèles ont livré aux mutins de nombreux engagements, et l'on annonce que M. Madero, demeuré maître du palais national, organise la lutte, tandis que, d'après certaines informations, Mme Madero résiderait toujours au château de Chapultepec, à quelques kilomètres de la capitale.