DOCUMENTS et INFORMATIONS
Tuberculose et alcoolisme à la Côte d'Ivoire.
Dernièrement nous signalions, d'après les observations du docteur Remlinger, les progrès inquiétants de l'alcoolisme au Maroc.
Mais le Maroc n'est pas le seul point de l'Afrique où cette importation du plus dangereux et du plus recherché des produits de notre vieille civilisation exerce déjà des ravages.
Chez les noirs de la Guinée française, qui, il y a quelques années encore, se montraient naturellement réfractaires à la tuberculose, cette maladie devient de plus en plus fréquente. A Bassam, le docteur Sorel a trouvé 21 tuberculeux sur 100 noirs, alors qu'à 350 kilomètres de la côte, à Bouaké, lorsque le rail n'y arrivait pas encore, c'est à peine si l'on trouvait 2 tuberculeux sur 100 indigènes.
L'explication de ce phénomène est simple: en 1901, les importations d'alcool à la Côte d'Ivoire étaient de 1.406.433 litres en 1911, elles étaient de 2.263.582 litres; et le temps n'est pas loin où, pour récompenser l'indigène, on lui donnait des gratifications en alcool de traite.
L'oeuvre d'abrutissement est encore précipitée par la qualité des alcools mis en circulation. Ce sont surtout des genièvres de Hollande, des rhums d'Angleterre et d'Allemagne, des mixtures innommables où l'on trouve en notable quantité du furfurol et de l'aldéhyde.
Il arrive à la Côte d'Ivoire, sous pavillon allemand, des bateaux appelés Gin-Boats, dont le nom seul précise suffisamment la qualité du chargement.
Aussi les navigateurs côtiers constatent-ils que la superbe race de la côte de Krou, où l'on recrutait jadis les noirs pour les équipages, n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était il y a trente ans, et que l'on ne trouve plus d'hommes.
Et, cependant, on parle beaucoup, chez nous, de lutte contre la tuberculose. Cette lutte, sans doute, n'est pas un produit d'exportation capable de rivaliser avec l'alcool de traite.
La population de Panama.
On sait que la République de Panama a concédé aux États-Unis une bande de terrain d'environ 16 kilomètres de largeur, située de part et d'autre du canal, et nommée Canal Zone.
D'après le dernier recensement, la population de cette zone comprend 62.000 personnes, contre 50.000 en 1908. A ce chiffre, il y a lieu d'ajouter 9.000 employés aux travaux du canal, qui habitent les villes de Colon et de Panama.
Dans la zone on compte: 19.000 blancs, 31.000 noirs, 10.000 métis, 500 jaunes, 300 Hindous, etc.
Au point de vue de la nationalité, la population se répartit ainsi: Grande-Bretagne, 30.000; États-Unis, 11.000; Panama, 7.000; Espagne, 4.000; France, 3.000; Colombie, 1.500; Grèce, 1.200; Italie, 800; Chine, 500, etc.
Enfin, la population zonière comprend 17.000 femmes.
Du sacré au profane.
Les siècles se rejoignent, et voici que le treizième et le vingtième voisinent aujourd'hui, sous le soleil indifférent et immuable, en un rapprochement qui a quelque chose de bizarre et d'inattendu.
C'est l'élargissement de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois qui, en dégageant une des façades latérales de la basilique et en démasquant du même coup la haute coupole et une notable portion des grands magasins de la Samaritaine, nous vaut ce tête-à-tête du sacré et du profane, qui revêt sans doute aux yeux de l'artiste et du poète un caractère d'irrespect à peine atténué par le nom biblique qui s'étale au fronton de la maison de commerce.
Rien de plus naturel cependant que le contraste de ces deux architectures, que personne ne songera à comparer entre elles, et qui toutes deux sont admirablement appropriées au but poursuivi, et atteint. Tandis que les purs artistes du moyen âge s'assignaient la pieuse mission de ne laisser pénétrer qu'un pâle demi-jour, une lueur douce de crépuscule, dans le sanctuaire parfumé d'encens où l'âme se recueille, l'architecte du vingtième siècle, M. Frantz Jourdain, avait la tâche, lui, de faire se déverser à flots la lumière, par de larges baies vitrées, dans le vaste hall où tout un monde s'agite autour des nouveautés de saison. Tout est donc pour le mieux. Et même sur la gravure qui ne saurait reproduire les couleurs, les nuances, la patine vénérable des pierres dont fut bâtie la vieille basilique, les polychromies violentes dont s'adorne la coupole du grand magasin, le contraste entre le monument sacré et le palais profane, n'apparaît que d'une façon relative. Mais, s'il est permis de philosopher quelque peu à ce sujet, on ne saurait nier qu'il y ait dans cette juxtaposition de l'église et de la maison de commerce un signe des temps. Jadis la basilique, souveraine des monuments, élevait vers le ciel sa masse géante, tandis qu'à ses pieds, dans son ombre auguste, poussait humblement, telle une fleur du pavé, la petite échoppe du marchand. Aujourd'hui la petite échoppe s'est enflée, enflée, à faire craindre pour elle le sort lamentable de la grenouille de la fable. C'est un temple véritable, temple de la lumière, du mouvement et du bruit, qui se dresse à côté de la maison du recueillement et de la prière. Ne nous en plaignons pas et ne croyons qu'à moitié à la prédiction pessimiste de Victor Hugo: «Ceci tuera cela!» Les deux temples gardent leurs fidèles, qui d'ailleurs sont souvent les mêmes.
Saint-Germain l'Auxerrois et la Samaritaine.
Encore un Zeppelin détruit.
L'état-major allemand vient encore de perdre un Zeppelin. Ce dirigeable, le quinzième de la série, avait été terminé au mois de janvier dernier. Long de 140 mètres, cubant 20.000 mètres, il avait donné aux essais une vitesse de 102 kilomètres à l'heure. D'autre part, il portait un poste de télégraphie sans fil et une plate-forme pour le tir des mitrailleuses. C'était donc un des aéronats les plus rapides et les plus perfectionnés de la flotte germanique.
Surpris par une tempête, le pilote du Zeppelin essaya d'atterrir sur le champ de manoeuvres de Carlsruhe; mais la violence du vent était telle que l'énorme masse métallique vint s'écraser sur le sol. Les officiers et les hommes à bord purent sauter à terre sans éprouver grand dommage, et leur salut paraît d'autant plus étonnant que le dirigeable fut littéralement réduit en miettes. A diverses reprises déjà nous avons publié des photographies montrant sous des aspects plus ou moins pittoresques la carcasse brisée d'un Zeppelin; aucune ne donne une impression d'anéantissement aussi complète que celle que nous reproduisons aujourd'hui.
La densité des habitants dans les appartements parisiens.
A la suite de chaque recensement, le service général de la statistique essaie de nous donner une idée du nombre de personnes habitant une pièce d'un appartement dans les divers quartiers de Paris. A cet effet, il nous présente des moyennes sans doute fort consciencieusement établies.
Le tableau suivant, qui vient d'être publié, nous indique le nombre moyen de personnes logées dans un ensemble de dix pièces, en 1906 et en 1911, années des deux derniers recensements:
1903 1911
1er arrond. Louvre......... 9,3 9,1
2e Bourse.......... 10 9,8
3e Temple......... 10,2 9,8
4e Hôtel-de-Ville. 10,6 10,3
5e Panthéon....... 9,8 9,4
6e Luxembourg .... 8,5 8,1
7e Palais-Bourbon. 8,3 7,8
8e Elysée......... 6,6 6,3
9e Opéra.......... 7,6 7,5
10e Saint-Laurent.. 9,4 9,2
11e Popincourt..... 11,5 10,8
12e Reuilly........ 10,7 10,4
13e Gobelins....... 12,3 11,6
14e Observatoire... 10 9,9
15e Vaugirard...... 10,6 10,2
16e Passy.......... 7,1 6,8
17e Batignolles.... 8,5 8,4
18e Montmartre..... 11,2 10,6
19e Buttes-Chaumont. 12,7 12,2
20e Ménilmontant... 12,5 11,8
On voit que, grâce aux progrès de l'hygiène, sinon au rapetissement qui a permis d'augmenter le nombre des pièces dans les appartements modernes, les Parisiens sont, en moyenne, un peu moins tassés dans leurs maisons qu'il y a cinq ans. Il importe de remarquer, toutefois, que, sauf dans deux ou trois arrondissements, la statistique nous indique au moins une pièce par personne. Cette moyenne, en de nombreux quartiers parisiens, est assez différente de la réalité.
Les constructions navales en 1912.
D'après le Lloyd's Register, les chantiers anglais ont lancé en 1912 un total de 712 navires de commerce déplaçant ensemble 1.738.000 tonnes, dont 17.000 tonnes pour 69 voiliers. Près du quart de ces bateaux ont été construits pour des marines étrangères. Parmi les bâtiments à vapeur, 16 déplacent plus de 10.000 tonnes et 46 plus de 6.000 tonnes; un seul déplace 18.600 tonnes.
Dans les autres pays, y compris les colonies anglaises, on a mis à l'eau 1.007 bateaux représentant un déplacement de 1.163.000 tonnes. Sur ce chiffre, 375.000 tonnes ont été lancées en Allemagne, 284.000 aux États-Unis, 110.000 en France, 99.000 en Hollande.
Les constructions navales commerciales dans le monde entier ont donc atteint près de 3 millions de tonnes, soit une augmentation de 250.000 tonnes par rapport à l'année précédente.
Quant aux navires de guerre lancés en 1912, ils représentent environ 550.000 tonnes.
Un ballon-sonde à 37.700 mètres.
M. Gamba, directeur de l'observatoire de Pavie, vient de faire connaître les observations recueillies par un ballon-sonde lancé par lui il y a quelques semaines et qui est monté à la hauteur prodigieuse de 37.700 mètres.
Ce ballon, en caoutchouc de premier choix, mesurait 19 centimètres de diamètre. Il avait été gonflé à l'hydrogène et on l'avait muni d'un léger parachute de soie pour freiner la descente.
Les principales températures enregistrées furent:
A 12.385 mètres d'altitude,-55°,5.
A 19.730 mètres d'altitude,-56°,9 (minimum).
A 37.700 mètres d'altitude,-51°,6.
Comme le fait a déjà été constaté, la température la plus basse ne correspond pas à l'altitude maxima; à 10 ou 12 kilomètres du sol, on rencontre une couche de plusieurs kilomètres où la température est uniforme et au delà de laquelle les variations sont très faibles.
A 37.700 mètres, la pression barométrique n'était plus que de 3 millimètres.
L'ascension a duré 1 heure 18 minutes. Après éclatement du ballon, la nacelle redescendit doucement et s'arrêta à 40 kilomètres du point où avait eu lieu le lancement.
La frappe des monnaies en 1912.
Pendant l'année 1912, la Monnaie a frappé 110.014.705 pièces représentant une valeur de 296.144.555 francs.
La fabrication des monnaies françaises, représentant une valeur de 248.196.670 fr., a comporté les catégories ci-dessous:
20.045 pièces de 100 francs.
10.331.805 20
1.755.507 10
1.000.000 2
10.001.000 1
16.000.000 50 centimes.
9.500.000 10
20.000.000 5
1.500.000 2
2.000.000 1
Mais la Monnaie a travaillé en outre pour l'Indo-Chine, la Tunisie, le Maroc, la Grèce et le Venezuela.
D'autre part, il a été procédé à la refonte et à la réfection de 17.555.070 francs en pièces de 10 francs et 481.410 francs en pièces d'or diverses.
La refonte et l'affinage des écus aurifères antérieurs à 1830, et des écus à l'effigie de Louis-Philippe, et l'abaissement du titre de 900 à 835 millièmes, ont procuré un bénéfice de 1.224.038 francs.
Le beau raid de deux généraux.
Combien de fois--toutes les fois à peu près que la question du «rajeunissement des cadres» revenait sur le tapis--avons-nous eu l'écho des appréhensions que pouvaient bien faire concevoir l'état physique de certains des chefs de l'armée, leur insuffisante validité, leur manque éventuel de résistance, en cas de campagne! Le raid tout à fait admirable que viennent d'accomplir deux de nos «Marocains», les plus allants et les plus haut cotés, les généraux Dalbiez et Gouraud, répondent--au moins pour ce qui les concerne--à ces inquiétudes.
Le général Lyautey convoquait récemment ses deux excellents collaborateurs à Rabat. Ils devaient s'y rendre d'urgence, de Meknès où, ils étaient, en suivant la ligne d'étapes du nord, celle que jalonnent les postes de Dar bel Hamri, Sidi-Aya, Kenitra, soit 155 kilomètres à parcourir en deux jours.
Avec une des auto-mitrailleuses dont dispose l'état-major, la chose était facile. Mais le mauvais état des pistes, détrempées par la pluie, interdisait même de songer à ce moyen de transport rapide. Que faire?
Les deux officiers généraux ne balancèrent pas: ils gagneraient à cheval Sidi-Aya, où aboutit actuellement la voie ferrée qu'on pousse progressivement et sûrement vers Meknès.
En selle à 7 heures du matin, le général Dalbiez et le général Gouraud arrivaient à 14 heures à Dar bel Hamri. Le temps d'y souffler un peu et de changer de montures, et ils repartaient une heure après. A 18 heures, ils étaient à Sidi-Aya.
Ils avaient parcouru en treize heure 93 kilomètres. Qu'en disent les «jeunes»?
Un Zeppelin de 140 mètres de long aplati sur le sol par
une rafale, au champ de manoeuvres de Carlsruhe.