LE MOBILIER MODERNE AU PAVILLON DE MARSAN

A plusieurs reprises déjà, depuis quelques années, les Parisiens ont été conviés à juger, dans les Salons de peinture et dans les expositions spéciales, les oeuvres des artistes du mobilier qui travaillent, en des sens différents, à donner un style décoratif nouveau à notre temps. Au dernier Salon d'Automne, leur effort s'était affirmé considérable et divers. En ce moment même, il se manifeste, avec peut-être moins d'ampleur, mais plus de mesure, au pavillon de Marsan, par l'exposition de quelques ouvrages, que leur présence au Louvre recommande, si l'on peut dire officiellement, à l'examen. L'occasion était favorable de montrer comment se développe cette renaissance décorative française que proclament les gens avertis et qui, depuis quelques saisons, paraît donner des produits de qualité. Pour permettre de les apprécier, la photographie en couleurs était nécessaire: elle rend ce qui, dans les ameublements soumis à notre goût, est essentiel, les tons variés des étoffes et des bois.

La couleur frappe, en effet, dès l'abord, au premier regard jeté sur ces petites pièces disposées en des compartiments séparés, comme en des décors de théâtre. Elles semblent avant tout composées pour le divertissement des yeux.

Le boudoir de dame, bleu, vert et jaune, d'aspect futile et léger, que nous reproduisons ici, est caractéristique de cette manière: les teintes y sont franches, hardies, vivement opposées. Ailleurs, l'artiste a réalisé des combinaisons moins violentes, comme en cette salle à manger où se marient les chaudes nuances d'un rouge automnal, relevé pourtant par l'éclat d'un coussin émeraude, et en cette chambre à coucher jaune clair, ardoise et vert sombre, à laquelle semble avoir contribué l'arc-en-ciel de la palette. Si les tapis et les tentures se parent de couleurs choisies, la matière même des meubles concourt à l'impression d'ensemble: l'art décoratif moderne utilise tous les bois, naturels ou vernis, précieux ou frustes, depuis le chêne, le noyer, l'acajou et le palissandre jusqu'au citronnier, au camphrier, au cuba, à l'espénille et au laurier-rose.

Par les échantillons réunis au Pavillon de Marsan, il serait malaisé de déterminer les tendances générales du style actuel. Plusieurs influences s'y manifestent: le goût du confortable anglais, la recherche ornementale qu'a introduite chez nous la mode persane, se font sentir, à des degrés divers, dans le mobilier nouveau. Tel qu'il est, ce style s'imposera-t-il? On ne peut encore en décider. La tentative vaut du moins d'être signalée, et nous la suivrons avec intérêt, de créer un art décoratif de notre temps, en dehors des traditionnelles imitations de l'époque de Henri II, de Louis XVI, ou du premier Empire.

Boudoir de dame, par Abel Landry. Chambre à coucher, par Rapin.
Photo-Couleurs.

AVANT LE SUPRÊME ASSAUT.-Comment les soldats bulgares, de leurs tranchées avancées, distinguaient à l'horizon Andrinople, l'Odrin tant convoitée, ses mosquées et ses minarets, dans la dernière période du siège.--Phot. C. Woitz.