LA CHUTE D'ANDRINOPLE

Après Salonique, après Janina, voici qu'Andrinople vient de succomber à son tour. La ville héroïque aura résisté près de cinq mois, depuis son complet investissement, au début de la seconde quinzaine de novembre.

C'est la résistance d'Andrinople qui avait été la cause principale de l'avortement des négociations de Londres. On se rappelle qu'au moment de l'armistice, les Bulgares n'avaient pu entamer qu'au sud-ouest et à l'ouest les défenses turques, en s'emparant de Kartal-Tépé et d'une partie de Papas-Tépé.

Après la révolution militaire de Constantinople et le retour au pouvoir des Jeunes-Turcs qui avaient décidé de faire un nouvel effort désespéré pour conserver à l'empire la ville héroïque, le bombardement reprenait plus terrible; 45.000 Serbes, avec leur matériel de siège, s'étaient joints aux Bulgares.

Il était naturel que les Bulgares fussent résolus à obtenir de vive force ce gage de haute importance avant d'engager de nouveaux pourparlers de paix.

La carte que nous publions ci-contre, d'après les documents précis de M. Alain de Penennrun, indique de façon schématique la ligne des défenses de la place, et permet de suivre les phases de l'assaut final.

Dans l'après-midi de lundi 24 mars, l'artillerie serbe et bulgare avait ouvert sur la ville un feu d'une extrême violence. Après quoi, la nuit venue, les assiégeants s'étaient mis en marche, les Bulgares au nord-est et à l'est, sous le commandement du général Ivanof, les Serbes conduits par le général Stepanovitch, par le sud et l'ouest.

Dans la nuit du 24 au 25 mars, vers une heure, se produisit un premier assaut simultané qui mit les assiégeants en possession de plusieurs positions importantes. Ils s'emparaient, en moins de trois heures, des positions avancées de l'est, capturaient 12 pièces d'artillerie, avec leur matériel, 4 mitrailleuses, et 300 hommes environ, ce qui rapprochait leurs avant-postes à un kilomètre de la ligne des forts. Même progrès simultané dans le secteur ouest et dans celui du sud, où les Turcs perdaient 20 canons, 8 mitrailleuses et 800 prisonniers. Au nord, Aïvas-Baba et un autre fort étaient également pris.

Le 25 au soir, la situation était la suivante: à l'est, les Bulgares s'étaient avancés jusqu'à 200 à 300 pas de la ceinture des forts, faisant un millier de prisonniers nouveaux, avec 10 mitrailleuses, 21 canons dont 7 à tir rapide. Toute la nuit, une lutte acharnée se poursuivait pour la possession des derniers ouvrages de Papas-Tépé. Au nord-ouest, Ekmektchikeui était pris. A l'aube, les Bulgares occupaient, en outre, tout le front est Kestanlik, Kuru-Chesmé, Topyotu, Kavkas, etc., tandis qu'au sud les Serbes chassaient devant eux les avant-postes turcs, faisant de nombreux prisonniers et s'emparant de canons et de mitrailleuses. Le général en chef bulgare pouvait télégraphier que la chute de la ville n'était plus qu'une question d'heures.

De fait, au commencement du jour, à la suite de l'occupation des forts de l'est, le 23e régiment de Chipka et un régiment de cavalerie bulgare entraient, par la chaussée de Lozengrad, dans Andrinople en flammes: le feu, en effet, avait été mis à tous les dépôts, à l'arsenal, aux casernes, et l'incendie gagnait la ville entière.

Pendant cinq heures encore, Choukri pacha essaya de résister. Enfin, à 2 heures de l'après-midi, le défenseur d'Andrinople consentait à rendre son épée au commandant des troupes serbo-bulgares.

La joie est grande à Sofia et à Belgrade.

Les Bulgares et les Serbes sont unanimes à attribuer le succès aux obusiers français récemment expédiés à Andrinople par la Serbie. L'artillerie du Creusot aurait décidé du sort de la place. Les grosses pièces de siège incendièrent des quartiers entiers de la ville et firent dans les forts d'énormes brèches par lesquelles l'infanterie chargea à la baïonnette.

Andrinople et ses forts, tombés le 25 mars aux mains des
troupes assiégeantes bulgares et serbes.

La façade et les deux pignons du bâtiment principal du Collège d'athlètes de Reims.

Plan du rez-de-chaussée. Plan du 1er étage.