LE COLLÈGE D'ATHLÈTES DE REIMS
Au lendemain des Jeux Olympiques qui se disputèrent à Stockholm en juillet dernier, à la suite des défaites nombreuses que subirent nos athlètes français dans la plupart des concours, une campagne de presse assez active fut menée afin que l'on préparât la revanche de Stockholm pour la prochaine Olympiade de Berlin en 1916.
De ce mouvement est né le projet de créer des «collèges d'athlètes». L'appellation était heureuse; l'idée venait à son heure; un comité fut constitué, et, en octobre dernier, publia un retentissant manifeste.
Celui-ci signalait les ravages de l'alcoolisme et de la tuberculose qui atteignent la force française dans ses sources vives. Le meilleur moyen de combattre ces fléaux, c'était de généraliser le goût et la pratique des exercices physiques, d'appeler aux joies du sport toute la jeunesse de la ville ou de la campagne, de préparer des instructeurs, de former des éducateurs pour la culture physique.
En même temps, le Collège d'athlètes devait perfectionner les champions déjà révélés, parfaire leur condition, les préparer en temps opportun à aller dans trois ans, sur les bords de la Sprée, essayer si possible de faire triompher les couleurs françaises.
Au bas du manifeste se lisaient ces noms: Auguste Rodin, Jean Richepin, le docteur Weiss, Gabriel Bonvalot, le marquis de Polignac, le docteur Boucard, Maurice Colrat.
En réalité, la personnalité qui avait décidé du mouvement, celle dont le geste de générosité permettait la réalisation du projet, c'était le marquis de Polignac. Celui-ci prévoyait, en effet, que la besogne du comité d'organisation serait lente, que l'idée de bâtir aux portes de Paris un grand collège central, et des établissements de moindre importance dans les départements, prendrait, à se, réaliser, des mois et peut-être des années.
Mais il n'était pas impossible de construire immédiatement un de ces établissements, qui servirait de modèle. Déjà le marquis de Polignac avait créé à Reims le plus beau parc de sports qu'il soit donné de voir en France. Il décida que, dans des terrains voisins, serait édifié le premier des collèges d'athlètes, destiné à un enseignement national de la culture physique.
C'est le lieutenant de vaisseau Georges Hébert, dont on connaît la méthode, dite naturelle, adoptée dans la marine, qui sera placé à la tête de cet établissement, lequel doit théoriquement ouvrir ses portes le 1er mai prochain, mais, en réalité, ne pourra accueillir tous ses élèves qu'à partir du 1er juillet.
Le Collège athlétique de Reims.--Ensemble des bâtiments
et du stade. D'après les plans de l'architecte E. Redont.
On trouvera, ci-contre, le plan des installations du terrain réservé au Collège d'athlètes. Leur ensemble constitue ce que le lieutenant Hébert considère comme le stade parfait pour la pratique de tous les efforts athlétiques propres à développer normalement l'individu.
On aura ainsi à Reims:
1° Un centre d'études pour toutes les questions concernant l'éducation physique;
2° Un centre de formation d'éducateurs, de professeurs, d'instructeurs, d'entraîneurs;
3° Un centre d'athlétisme pour la préparation future d'athlètes et de champions en vue des grandes compétitions internationales auxquelles la France doit prendre part.
Au lendemain du Congrès international de l'Éducation physique, l'oeuvre vient à point pour contribuer à la renaissance physique de notre pays.
Paul Rousseau.