UNE AUDIENCE DU DIADOQUE

Janina, 9 mars.

Comme nous flânions, hier, par les rues, le Diadoque vint à passer, à pied, avec son aide de camp, le commandant Calinski. Il s'arrêta devant nous et dit au commandant: «Présentez-moi, je vous prie, ce couple extraordinaire qui enfreint toujours mes ordres!»

Le commandant s'exécuta très gentiment. Alors, le prince nous dit:

--C'est comme cela que vous avez suivi mon armée en Macédoine, et que vous avez encore trouvé moyen de la suivre ici? Vous avez une fière volonté, vous savez.

--En effet, Altesse, répondit ma femme, car vos interdictions perpétuelles m'ont valu de faire des 30 kilomètres par jour et de subir maints désagréments.

--Je vous admire, madame... Que voulez-vous de moi, maintenant? Alors nous avons sollicité du prince une entrevue particulière qu'il nous accorda pour ce matin.

L'accueil du Diadoque fut d'une simplicité, d'une cordialité charmantes. Après nous avoir félicités de tout ce que nous avions fait, il nous parla de son armée, de «ses enfants», comme il appelle ses soldats. 11 nous dit combien il les aimait. Et puis, il nous exprima aussi les espoirs qu'il mettait en une armée qui venait de se révéler si belle et si vaillante...

Les espoirs que fonde le prince royal sur son armée, mais ils sont ceux de tout l'hellénisme. Et c'est avec le plus grand sérieux que l'on doit désormais écouter les Grecs exposer leurs rêves de demain. L'on n'a plus le droit aujourd'hui de rire de leur «grande idée»,--la marche à Constantinople, le retour à la capitale des ancêtres, à la ville magnifique de Constantin, lorsqu'on a vu ces troupes supporter, sans faiblesse, ce que nous les avons vues endurer pendant cette campagne, sur la montagne, dans la neige, sous la pluie et le vent, et lorsque, après toutes ces souffrances, on les voit prendre une forteresse comme Janina, où elles défilent ensuite avec l'aspect de troupes qui n'auraient pas fait plus de quinze jours de campagne par de beaux jours de printemps!

Le soldat grec vient de prouver d'une manière éclatante que son étonnante sobriété ne nuit en rien à sa résistance. Après cinq mois de campagne, ces troupes, comprenant au début bien des éléments à peine dégrossis, sont aujourd'hui entraînées, instruites et aguerries.

Elles ne sont, par ailleurs, nullement fatiguées, et telles quelles, physiquement et moralement, elles seraient toutes prêtes pour une nouvelle campagne.

Sur Bizani: canon Krupp de 9 cent., démoli par
un obus grec et projeté dans le ravin, en
arrière de la batterie.
--Phot. J. Leune.

Tous les officiers turcs que nous avons vus s'accordent à reconnaître l'extraordinaire valeur combative, qu'ils ne soupçonnaient nullement, de l'armée hellène. Ils admirent sans réserve le plan du Diadoque, dont l'exécution a amené la chute de la ville.

«La Grèce, disent-ils tous, a trouvé en son futur roi un véritable général, comme elle a trouvé en Venizelos un des plus grands hommes d'État de l'époque moderne. Ah! si nous avions un Venizelos, nous aussi!»

Puis, comme nous parlions de la guerre balkanique en général, ils nous ont dit:

«Notre adversaire le plus redoutable dans cette guerre n'a pas été, quoi qu'on en ait dit, la Bulgarie: ce fut la Grèce, dont l'armée nous a pris Salonique et vient de nous prendre Janina, dont la flotte nous a pris les îles de l'Egée et nous a surtout empêchés de transporter vers Tchataldja les 250.000 hommes que nous avons en Asie Mineure, et que le manque de routes et de chemins de fer immobilise autour de Smyrne ou en Syrie. Ah! la flotte grecque! quel rôle elle aura joué dans cette guerre! Mais, sans elle, il y a longtemps que nous serions à Sofia!...»
Jean Leune.

Au départ de Tozeur: deux des quatre aéroplanes de l'escadrille n'ont pas encore quitté le sol.

La ville de Tozeur, telle qu'elle apparaît à une hauteur de 300 mètres.

Gabès et son oasis, vus à 1.200 mètres d'altitude (au fond, la ligne du rivage et la mer).

Au départ de Gabès: la ville et le champ de manoeuvres d'où partent les aéroplanes.