DOCUMENTS et INFORMATIONS

Mme Poincaré a Berck-sur-Mer

Mme Raymond Poincaré, accompagnée par M. Mesureur, visite
les petits Parisiens hospitalisés à Berck-sur-Mer.

Mme Raymond Poincaré qui consacre à nos institutions charitables toute sa haute et active sollicitude, a visité, lundi dernier, l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer où les petits Parisiens tuberculeux envoyés par l'Assistance publique reçoivent des soins attentifs et éclairés, selon les plus récentes lois scientifiques.

Lorsque Mme Poincaré les visita et s'attarda, avec un intérêt ému, auprès des plus atteints, tous les pauvres bébés étaient dans la joie. Chacun d'eux, en effet, tenait dans ses mains un jouet. L'oeuvre du «Jouet gratuit» dont Mme Poincaré est l'une des dirigeantes, avait envoyé 1.500 joujoux à Berck pour fêter la visite de la Présidente aux petits malades.

La visite à l'hôpital maritime dura deux longues heures. Mme Poincaré se rendit ensuite à l'établissement Bouville où l'Assistance publique a logé 200 petits garçons abandonnés et à l'établissement Vincent où, dans les mêmes conditions, sont soignées 200 fillettes. Et, partout, la charitable visiteuse laissa, avec un don généreux, le souvenir charmé de ses maternelles paroles et de sa compatissante émotion.

La locomotive a naphtaline.

L'Illustration a donné, dans son dernier numéro, une description de la curieuse locomotive à naphtaline essayée récemment au Havre. Une phrase de cette description pourrait faire croire que nous attribuons à M. Brillié la première application de la naphtaline au moteur à explosion. M. Brillié nous écrit que la priorité de l'emploi de ce carburant revient à MM. Lion et Chenier qui, en 1902, équipèrent une voiture fonctionnant au moyen des boules blanches. MM. Schneider ont, depuis, repris la question en appliquant de nouveaux principes et en utilisant en particulier la naphtaline brute dont le prix de revient actuel est d'environ 80 francs la tonne. Le prix du cheval-heure ressort ainsi à 5 centimes, prix comparable à celui que donnent les moteurs à vapeur.

Les essais du Havre ont été effectués avec le concours des chemins de fer de l'État qui avaient mis à la disposition de MM. Schneider leur wagon dynamomètre, avec tous ses appareils de mesure. On a pu faire ainsi de très intéressantes constatations, qui serviront de guides pour les nouvelles locomotives actuellement à l'étude.

Les pertes a la guerre.

Est-il bien exact, comme on l'a dit ici même en se plaçant à un point de vue un peu exclusif, que les pertes à la guerre ne dépendent que du moral des troupes engagées, les troupes de mauvaise qualité ne subissant que des pertes insignifiantes parce qu'elles disparaissent dès que le combat devient sérieux?

Les poltrons auraient tort de s'y fier. Pour que la fuite puisse les sauver, il faut qu'ils deviennent invisibles et que les balles cessent de les atteindre dans le dos à grande distance, comme le font en terrain découvert les projectiles de l'artillerie. Il faut aussi que la cavalerie ennemie ne puisse venir massacrer sans danger les fuyards, comme la fait après Waterloo la cavalerie des coalisés, comme les Gallas l'ont fait de nos jours après Adoua, et comme l'aurait fait, après Moukden, la cavalerie japonaise si elle avait été plus nombreuse et mieux entraînée.

Il faut enfin que la captivité épargne les fuyards, car la captivité elle-même ne sauve point les vaincus. Qu'on se rappelle la garnison d'El Arish se rendant malgré ses chefs et massacrée après la reddition, les régiments de Dupont capitulant à Baylen après des pertes insignifiantes et périssant presque entièrement de misère et de maladie dans la captivité de Cabrera; qu'on se souvienne des pontons de Plymouth et de Portsmouth. Et l'on ne saurait oublier qu'après Sedan des milliers de prisonniers succombèrent au camp de la Misère dans la presqu'île d'Iges, ou périrent en captivité dans les camps où ils avaient été internés.

Il y a quelques semaines à peine, c'est par dizaine de mille que la faim, le dénuement et la maladie faisaient périr à Andrinople les soldats qui n'avaient pas su conserver à leur pays le dernier boulevard de la Turquie. Sans doute il n'est plus de mode aujourd'hui de massacrer les prisonniers, mais on peut difficilement éviter que ceux-ci soient éprouvés par les privations de toutes sortes et la famine. Il faut prévoir en effet que, après les gigantesques batailles que nous réserve l'avenir, l'exemple d'Andrinople se renouvellera sur une échelle plus grande encore. C'est à grand'peine que les vainqueurs pourront subsister sur l'espace restreint où les opérations auront brusquement accumulé pendant quelques jours un ou deux millions d'hommes; et, quant aux vaincus, ils n'échapperont aux sabres de la cavalerie ennemie que pour succomber à la famine.

Une bizarrerie du cours de l'Eure.

Le cours de l'Eure présente une particularité curieuse. Née entre les forêts de Longuy et de la Ferté-Vidame, cette rivière coule, depuis sa source jusqu'à Thivars, soit pendant 50 kilomètres, dans la direction sud-est. Elle revient alors brusquement au nord-est, puis s'infléchit vers le nord-ouest, parallèlement à la vallée de la Seine. Son cours inférieur suit donc une orientation inverse de son cours supérieur.

D'après les observations de M. François Bochin, signalées à l'Académie des sciences par M. Barrois, cette anomalie provient de ce que l'Eure actuelle est formée en partie par l'ancien cours supérieur du Loir qu elle aurait capté à son profit.

Un tel phénomène géologique est assez rare. On cite néanmoins quelques cas analogues; un des plus intéressants est la capture de la Moselle par la Meurthe, à l'époque lointaine où ces deux rivières communiquaient directement entre elles.

Le papier de sarments

Il y a longtemps déjà que l'on a proposé d'utiliser les sarments pour fabriquer de la pâte à papier; mais jusqu'ici on n'avait fait aucun essai sérieux. Grâce aux études de M. Chaptal, professeur de chimie à l'école d'agriculture de Montpellier, la question semble résolue, et une industrie nouvelle va s'établir dans nos régions du Midi.

Les sarments, après avoir été attaqués par un mélange à chaud et dilué d'acide nitrique et d'acide chlorhydrique, sont broyés et passés au tamis. On obtient ainsi une pâte brunâtre, facile à décolorer par le chlore, et dont les fibres, de longueur très variable, satisfont au principe «que le rapport des dimensions longueur et largeur d'une fibre doit être supérieur à 50, pour que son utilisation à la fabrication du papier soit possible».

Mêlée à de la cellulose de sapin, la pâte de sarment fournit un papier que les professeurs de l'école de papeterie de Grenoble ont reconnu excellent pour l'impression.

Le rendement est, en général, moitié de celui que donne le bois. Ce dernier coûtant environ 7 francs le mètre cube, soit à peu près 2 francs les 100 kilos, on pense que les sarments pourront être payés 10 francs la tonne. Il semble, d'ailleurs, que ce rendement puisse être dépassé; M. Chaptal a tiré des sarments 30% de cellulose, alors que le rendement des bois blancs feuillus, bouleau, hêtre, tremble, peuplier, varie de 29 à 32%.

M. Chaptal a calculé que la pâte produite en un an par les sarments des vignes françaises équivaudrait en quantité à celle que fournirait l'exploitation, par cycles de soixante ans, d'une forêt de sapins de 600.000 hectares.

Sur l'initiative du syndicat agricole de Lézignan (Aude), une souscription a été ouverte dans l'Aude et l'Hérault, en vue de créer des usines de papier de sarment, et l'on espère pouvoir installer, à bref délai, une quinzaine d'usines dans les seuls arrondissements de Béziers et de Narbonne. Chacune d'elles trouverait dans un rayon de 5 kilomètres la matière première nécessaire pour une production annuelle de 4 tonnes de pâte par jour.

Les successions en France.

Le nombre total des successions déclarées dans l'année 1911 a été de 359.133, déduction faite de 12.738 successions négatives, avec excédent de passif. Ce nombre représente presque la moitié de celui des décès. Si l'on tient compte des décès d'enfants, et aussi des très petites successions mobilières en ligne directe, que les héritiers se partagent sans déclaration, on voit que les trois quarts des adultes mourant chaque année laissent un actif plus ou moins important.

Voici d'ailleurs comment se répartissent les successions de l'année 1911:

Montant des successions. Nombres. Sommes.
Fr. Fr.
De 1 à 500 95.522 23.551.413
De 501 à 2.000 91.787 119.126.038
De 2.001 à 10.000 105.966 523.585.874
De 10.001 à 50.000 47 032 993.980.837
De 50.001 à 100.000 7.755 539.326.357
De 100.001 à 250.000 4.878 761.071.426
De 250.001 à 500.000 1.675 587.970.721
De 500.001 à 1 million 882 591.273.726
De 1 à 2 millions 379 532.314.059
De 2 à 5 millions 245 439.897.393
De 5 à 10 millions 30 200.601.397
De 10 à 50 millions 9 233.010.638
Au-dessus de 50 millions. 3 215.978.834
Total 359.163 5.761.721.713

En 1911, le nombre des successions supérieures à un million de francs a été de 666.

On voit que les millionnaires sont maintenant assez nombreux. Le million est en voie de se démocratiser.