LES THÉÂTRES

Dans sa pièce Vouloir, qui vient d'être chaleureusement accueillie à la Comédie-Française, M. Gustave Guiches a entrepris de montrer un professeur d'énergie, une sorte de professionnel de la volonté pour qui «vouloir c'est pouvoir», mais qui éprouve des difficultés à passer de la théorie à la pratique. Sa volonté échouera devant un obstacle imprévu: un conflit d'ordre sentimental, et s'appliquera vainement à vaincre ses passions, à «vouloir» le bonheur de ceux qui l'entourent; il ne saura parvenir à faire des heureux ni à l'être. Cette pièce, toute en finesses, ne manque pas, çà et là, de vigueur; l'ironie et la grâce s'y mêlent heureusement; elle présente des situations nouvelles et fortes. La réalisation scénique en est parfaite avec une interprétation admirablement homogène qui réunit dans le succès les noms de Mmes Sorel, Maille, Devoyod, de Chauveron, Duluc, et de MM. de Féraudy, Grand, H. Mayer, Siblot, Grandval, Numa.

L'Odéon vient de réunir dans un même spectacle deux ouvrages bien différents. Dannemorah, de M. Puyfontaine, est une légende à l'intrigue assez floue. Un vieux roi pleure ses illusions et croit les retrouver à la faveur d'un philtre magique. Les gestes des personnages sont malaisément explicables bien qu'ils s'expriment avec abondance, en vers de belle sonorité.

L'autre pièce, Réussir, est plus claire, plus vivante. C'est une bonne étude de moeurs du monde politique moderne. Un homme, pour «réussir», sacrifie la femme qui l'aime à ses ambitions. M. Paul Zahori, l'auteur de ces trois actes bien construits, a fait preuve de réelles qualités d'observation, d'un sens avisé du comique. Son dialogue abonde en répliques heureuses.

MM. Serge Basset et Antoine Yvan ont tenté de rajeunir le vieux drame populaire. Ils ont voulu, tout en conservant les formules «classiques» du genre: accumulation des événements sensationnels, épisodes comiques et pathétiques, coups de théâtre, etc., se tenir également éloignés de l'emphase déclamatoire et du naturalisme excessif. Ils y ont réussi. Mon ami l'assassin pose un cas de conscience intéressant, une situation poignante: un honnête homme, partagé entre le devoir social et la reconnaissance, livrera-t-il celui qui le sauva du déshonneur et de la mort lorsqu'il découvre qu'il est un abominable criminel? Ce drame est vivant et pittoresque. L'Ambigu l'a monté avec le plus grand soin; l'interprétation en est excellente.