DOCUMENTS et INFORMATIONS
Histoires de scorpions.
L'histoire naturelle nous apprend que le scorpion est un animal d'une voracité extrême, redoutable pour les insectes dont il fait sa proie ordinaire, et même pour l'homme, qui doit, dans les pays chauds, se garder de sa piqûre envenimée: les deux photographies reproduites ci-contre témoignent que sa férocité s'exerce également sur ses semblables et que, dans cette gent cruelle, le plus vigoureux s'attaque volontiers au plus faible, et le dévore.
C'est à un entomologiste de Biskra, M. Chiarelli, grand collectionneur d'insectes sahariens, que nous devons la communication de ces curieux documents. On sait que la femelle du scorpion porte ses petits sur son dos jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour aller chercher eux-mêmes leur subsistance. En ayant isolé une avec sa progéniture, M. Chiarelli voulut un jour la sortir de la boîte où il la conservait: mais à peine l'avait-il touchée qu'il vit les petits, effrayés sans doute, s'éparpiller, et la mère, les attrapant avec ses pinces, se mettre à les dévorer un à un. «Comme je craignais de les voir tous disparaître de cette façon, nous écrit l'observateur amusé de cette singulière scène, je plaçai immédiatement le scorpion dans un bocal, où je versai une solution de formol. La mère cessa de vivre, sans toutefois lâcher ceux qu'elle avait déjà saisis entre ses pinces.» Le photographe n'eut ensuite qu'à disposer l'animal et ses petits sur un morceau de drap noir afin d'obtenir le cliché que nous publions.
M. Chiarelli procéda de la même manière pour deux scorpions de taille différente, qu'il avait placés dans un bocal, sans aucune nourriture, et qu'il retrouva, deux jours après, le plus gros dévorant l'autre: on ne voyait plus, de celui-ci, que l'extrémité de la queue, avec le dard. Le formol immobilisa, encore une fois, l'animal, qui put être alors aisément photographié avec sa proie.
| Dans le monde des scorpions.--Une mère qui dévore ses petits. Elle en tient un dans sa bouche et en a déjà saisi deux autres, un dans chaque pince. Collection de M. Chiarelli, à Biskra.--Photographies Bougault. | Scorpion avalant un de ses congénères. On ne voit plus, de la victime, que les trois dernières phalanges de la queue et le crochet venimeux sortant de la bouche du mangeur. |
A propos du rocher de Tormery.
Nous avons longuement rendu compte, dans notre numéro du 31 mai dernier, de l'explosion du «rocher de Tormery», par laquelle ont été anéantis les deux blocs latéraux de l'énorme masse de 9.000 mètres cubes qui menaçait le petit village savoyard. On a pu se demander--et l'auteur documenté de notre article posait, en terminant, la question--pourquoi on avait laissé subsister le bloc principal, si dangereux encore qu'on a dû prévoir, pour empêcher son écroulement, la construction d'un mur de soutien.
M. A. Reulos, ingénieur des ponts et chaussées, qui fut chargé de l'opération, nous écrit que l'explosion de la masse entière, après avoir été soigneusement étudiée, était apparue comme impraticable et inutile, pour plusieurs raisons, qu'il nous explique. Tout d'abord, il eût été impossible de perforer, avec les moyens ordinaires, un bloc de 15 mètres d'épaisseur; il aurait fallu recourir à l'emploi de perforatrices en un point où l'installation d'un matériel compliqué présentait des difficultés presque insurmontables. D'autre part, une exploration minutieuse de la grande faille, en arrière du rocher, avait permis de constater que la masse centrale était solide et qu'il suffisait de la protéger, à la base, par des travaux appropriés. Enfin l'explosion totale faisait craindre des dégâts très importants dans le village. «Malgré l'effritement produit par la dynamite-gomme de la maison Davey-Bickford, assure M. A. Reulos, il reste toujours des morceaux de roc pouvant atteindre 1 ou 2 mètres cubes; plusieurs auraient été projetés au loin, et d'autres seraient restés accrochés dans les broussailles voisines, constituant pour les habitants de Tormery un péril permanent.»
Sur quelques points de détail, M. A. Reulos rectifie nos informations: ce n'est pas la maison Davey-Bickford qui a fait percer les trous de mine, mais la maison Bernasconi, de Chambéry; et la partie centrale du rocher n'a pas eu, pendant l'explosion, le moindre mouvement.
Traitement de la diphtérie par l'air chaud.
M. Rendu a constaté que les microbes de la diphtérie sont détruits par un chauffage à 60 degrés pendant cinq minutes ou par une température de 70 degrés maintenue deux minutes. La diphtérie se localisant généralement aux voies respiratoires supérieures, un essai de traitement par la chaleur paraissait dès lors tout indiqué.
Avant d'expérimenter sur des malades, l'auteur a voulu déterminer la limite de la température que peuvent supporter les voies respiratoires supérieures. Il a pu lui-même supporter des inhalations d'air chaud sec pendant un temps qui variait de 2 minutes à 100 degrés à une demi-heure à 60 degrés, la température de l'air étant prise à l'entrée de la bouche. Pour assurer cette tolérance imprévue, il suffit de protéger les lèvres et le reste de la face avec des compresses imbibées d'eau.
Après cette étude préparatoire, le docteur Rendu a traité par l'air chaud 33 cas de diphtérie, en même temps qu'il soignait un autre groupe de 33 malades avec du sérum antidiphtérique. Les résultats ont été identiques dans les deux cas et la mortalité n'a pas dépassé 15%.
LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES FEMMES
Le dixième congrès international des femmes, qui s'était réuni à Paris, vient de terminer ses travaux.
Si les premières féministes pouvaient aujourd'hui contempler leur oeuvre, elles partageraient avec les doyennes du parti un étonnement extrême: Mmes Vincent, Hubertine Aucler et d'autres «anciennes», vaillantes et simples, ont dû se croire transportées dans un monde nouveau, au milieu de cette assemblée où furent représentées plus de vingt nations, assemblée aussi féminine que féministe, élégante et posée, où la sagesse présidait en personne derrière un bureau tout fleuri de roses.
Beaucoup de vieilles dames, ayant évidemment passé l'âge de l'inexpérience; quelques-unes bien charmantes sous les cheveux blancs, n'abdiquant en rien leur dignité ou leur coquetterie de femmes et servant avec esprit la cause qu'elles défendent: telles furent, pour ne citer que celles-ci, Mme Siegfried, présidente du Congrès, et Mlle Bonneval, présidente de séance.
D'autres, plus jeunes, ardemment convaincues, exposent leurs travaux avec mesure, une mesure qui, parfois, paraît de la froideur et empêche les idées de passer «la rampe», exception faite cependant pour Mmes Séverine et Maria Vérone, dont l'éloquence communicative enthousiasme les congressistes.
Lady Aberdeen, ex-vice-reine des Indes, présidente d'honneur, apportait avec l'autorité de son nom la grâce aristocratique de sa personne; Mme Cruppi parlait avec une compétence que sa distinction faisait particulièrement apprécier; Mme Avril de Sainte-Croix se signalait par son activité et son bon sens positif qui lui fit lancer cette boutade: «Commencez par faire respecter les lois que vous avez, avant d'en demander d'autres.»
Et, dans une harmonie parfaite, ce congrès s'est déroulé, sans heurt, sans déclaration outrancière. A peine sentait-on, par instant, poindre ce sentiment indéfinissable qui ressemble de loin à la jalousie, sentiment si accentué dans les assemblées masculines, mais qui, chez les femmes, pourrait bien n'être qu'une généreuse émulation.
Les travaux présentés formaient un ensemble considérable embrassant des questions multiples: hygiène, travail, sciences, politique, etc., le tout traité avec une raison indiscutable.
La section du suffrage offrait un intérêt particulier: on attendait, on espérait peut-être des manifestations ridicules. Cette sympathique curiosité a été déçue; Mme Maria Vérone, s'abstenant de tout commentaire personnel, a simplement rappelé les réformes utiles réalisées par les femmes dans les pays, déjà nombreux, où elles sont électrices et éligibles.
En Amérique et en Océanie, le sort des ouvriers s'est fort amélioré depuis que les femmes votent. Partout les électrices ont fait adopter des lois importantes pour l'éducation morale; elles combattent tout ce qui déprave l'homme et la femme et, par suite, atteint l'enfant; elles mènent une guerre sans merci contre l'alcoolisme et elles ont obtenu des résultats extraordinaires en faisant interdire les débits d'alcool ou limiter leur nombre. C'est ainsi qu'en Suède on compte actuellement un débit pour 5.000 habitants au lieu de 1 pour 400 habitants il y a quelques années; en Norvège on ne trouve pas plus d'un cabaret pour 20.000 habitants; en Islande l'alcool est prohibé, l'alcoolisme a presque disparu en Finlande. Au Wyoming, où les femmes votent depuis vingt-cinq ans, il n'y a plus d'asiles d'indigents, les prisons sont presque vides et les crimes sont devenus très rares.
La question de la paix est ainsi noblement posée par les congressistes; quels sont les moyens propres à éveiller dans les jeunes consciences l'amour de la justice et le respect du droit des peuples?
Enfin Mme Maria Vérone lance cet appel éloquent qui précise le véritable point de vue du féminisme sérieux, trop souvent défiguré par ses adversaires: «Féministes de tous pays, nous devons lutter pour que les femmes obtiennent partout l'émancipation politique, on considérant cet affranchissement non point comme un but, mais comme un moyen de réaliser notre programme, comme une étape nécessaire vers le progrès. Alors seulement il nous sera permis d'entrevoir un avenir meilleur pour ceux qui nous suivront, d'espérer que désormais la justice et le droit régneront dans la famille consolidée, dans la nation régénérée, dans l'humanité tout entière fraternellement unie.»
A la Chambre de Manille: les députés philippins en séance.