LE PARLEMENT PHILIPPIN

A regarder la curieuse photographie que nous reproduisons ici, on dirait, tout d'abord, d'une classe de grands écoliers bien sages, tous vêtus de semblable manière, ainsi qu'il convient aux élèves de la même institution, et écoutant attentivement la parole du maître, assis derrière leurs pupitres identiques... Nos yeux accoutumés aux vastes assemblées parlementaires où se discutent les affaires des grands États verront avec une surprise amusée, en cette image, la salle des séances de la Chambre philippine, à Manille. Sur chaque pupitre, une prévoyante administration a fait inscrire, en lettres blanches, le nom de celui qui l'occupe: grâce à cette disposition ingénieuse, le président ne peut avoir aucune hésitation à reconnaître et à désigner, dans le tumulte des débats, le député turbulent pour lequel s'impose un rappel à l'ordre.

Les occasions lui sont fréquentes d'user des sévérités que lui accorde le règlement, car les délibérations de la Chambre philippine, pour se poursuivre devant une assemblée peu nombreuse, sont souvent bruyantes et passionnées. Il y a quelque temps, M. Pedro A. Paterno (que l'on aperçoit ici au premier rang) soulevait des protestations indignées en proposant, comme unique moyen d'augmenter rapidement la population de l'archipel, la bigamie obligatoire. Plus récemment, un projet de loi sur la suppression de l'esclavage, courageusement soutenu par le secrétaire de l'Intérieur, M. Dean C. Worcester, provoquait de vives controverses... Les députés de Manille n'observent point toujours la paisible attitude qu'on leur voit sur notre photographie.