UN STUPÉFIANT RAID AÉRIEN
DE PARIS A VARSOVIE
Depuis longtemps déjà l'audace de nos aviateurs n'a plus de bornes; il semble désormais que leur succès ne doive connaître d'autre limite que celle de leur courage et de leur témérité. Malgré les prouesses qui, chaque jour, étendent le domaine des espoirs ou des prévisions, hier encore il eût semblé presque impossible de voler de Paris à Varsovie entre le lever et le coucher du soleil. Tel est pourtant le voyage extraordinaire, naguère encore digne de servir de thème à un conte de fée, que vient d'accomplir un de nos plus jeunes et de nos plus brillants champions, Brindejonc des Moulinais.
Pour couvrir cette distance de 1.360 kilomètres à vol d'oiseau, Brindejonc n'a fait que deux escales. Parti de Villacoublay à 4 heures du matin, il arrive à 6 h. 45 à Wanne (Westphalie); le temps de se ravitailler, d'inspecter son moteur, et il repart à 8 h. 55. Deux heures plus tard, à 11 heures (heure française), il atterrit à Berlin où son apparition cause une véritable stupeur: depuis le matin, la tempête fait rage; sur l'aérodrome de Johannistal, les oriflammes des hangars ont été arrachés par le vent, aucun pilote n'a même songé à sortir. Notre compatriote n'en est que plus chaleureusement accueilli; il s'offre quelques heures de repos, puis, tout souriant, comme le montre notre photographie, malgré sa fatigue, malgré la persistance du vent sud-ouest dont la violence rend son voyage extrêmement périlleux, mais fournit à la vitesse propre de son appareil un appoint considérable, il reprend son vol à 13 h. 45. Et, bien avant que se dessine le crépuscule, à 17 h. 15, l'oiseau de France se pose doucement à Varsovie.
Si l'on tient compte des arrêts, il reste un vol effectif de cinq heures cinq pour franchir les 900 kilomètres de distance entre Paris et Berlin, ce qui représente une vitesse moyenne réelle de 177 kilomètres à l'heure. La moyenne générale entre Paris et Varsovie ressort à 170 kilomètres; en fait elle est sensiblement plus forte, car le détour par Dusseldorf, Berlin et Posen semble porter la distance parcourue à près de 1.500 kilomètres. D'après un télégramme de l'aviateur, la vitesse entre Wanne et Hanovre aurait même atteint 215 kilomètres.
Brindejonc a ainsi mis quatre fois moins de temps que le train le plus rapide pour se rendre de Paris en Pologne. Il avait emporté un paquet de numéros du Matin qu'il a distribué aux habitants de Varsovie à l'heure même où le train en apportait à Lyon!
Brindejonc des Moulinais remonte dans son monoplan pour
accomplir son étape d'après-midi: Berlin-Varsovie.
Par ce raid extraordinaire Brindejonc devient détenteur de la coupe Pommery conquise récemment par Guillaux qui était allé de Biarritz à Kollum, portant à 1.229 kilomètres le record du voyage en ligne droite en une seule journée. Le glorieux pilote reçoit la juste récompense d'une maîtrise et d'une audace à peu d'autres pareilles; il s'était déjà signalé dans plusieurs grandes épreuves, notamment dans le circuit des capitales et dans le circuit d'Anjou où, seul avec Garros, il termina le parcours le premier jour, bravant une tempête qui avait arrêté tous les autres concurrents.
Cette fois encore, il se trouvait aux prises avec des conditions atmosphériques déplorables. «Pris dans un tourbillon, racontait-il en arrivant à Berlin, je fis une chute de 300 mètres. Je passai en quelques secondes de 1.500 à 1.200 mètres. Tout mon dos est écorché. Je suis brisé de fatigue, mais je n'en suis pas moins content et fier d'avoir accompli en si peu de temps le trajet devenu classique Paris-Berlin.»
Sans doute, c'est la force du vent arrière qui a permis de réaliser cette vitesse exceptionnelle, car la vitesse propre de l'appareil ne dépasse guère 120 kilomètres; mais un tel exploit montre le parti qu'un bon pilote peut tirer de la fureur des éléments et atteste une fois de plus la valeur et le courage des aviateurs français.
Ajoutons que le héros de cette admirable performance est né à Plerin (Côtes-du-Nord) le 8 février 1892.
A l'aérodrome de Johannistal: le départ pour Varsovie.
LE PASSAGE A BERLIN DE L'AVIATEUR FRANÇAIS BRINDEJONC DES MOULINAIS
Une capitale de sultanat au Dar Kouti: le «dem» du sultan Kamoune.