UNE FERME FRANÇAISE AU MAROC

Les terres, au Maroc, n'avaient rapporté, jusqu'à maintenant, qu'aux spéculateurs qui achètent des terrains susceptibles d'acquérir plus tard une grosse valeur, soit par leur position, soit par l'avenir du pays environnant. De vaillants agriculteurs commencent pourtant à mettre ces terrains en valeur. Aux environs de Casablanca, où les communications sont faciles, le ravitaillement aisé, quelques fermes montrent leurs toits étincelants de tôles neuves, leurs murs fraîchement crépis.

La ferme de Sidi-Sreier, appartenant à M. Yves Salvy, est, par sa situation près de Ben-Slimam, à la limite des territoires zaers, une des dernières fermes européennes sur la route de Casablanca à Fez. Elle est une des premières fermes construites en maçonnerie dans le bled marocain. En effet, une simple baraque de bois sert habituellement d'habitation au colon, qui cultive généralement par métayage avec les indigènes (contrats dits «khramès», où le cultivateur touche le cinquième de la récolte), à l'aide de charrues arabes.

La ferme de Sidi-Sreier, cultivée en exploitation directe, avec de la main-d'œuvre européenne et indigène, possédant des machines agricoles perfectionnées, des écuries et des bâtiments d'exploitation, luxe inconnu au Maroc, est en pleine prospérité, dans un pays pacifié depuis peu de temps, à 20 kilomètres duquel un sanglant combat était livré il y a à peine quelques mois.

Les douars environnants, assez sauvages d'abord, se sont apprivoisés, ont rapproché leurs tentes, et heureux d'avoir trouvé un écoulement pour leurs produits, sont maintenant en très bons rapports avec les propriétaires. C'est à la ferme un défilé continuel d'indigènes venant offrir poulets, œufs, moutons, grains; de malades venant se faire soigner; de simples curieux désireux de se régaler d'un petit air de phonographe, la «machina» toute nouvelle pour eux.

Non seulement la transformation économique qui doit s'opérer au Maroc, pour le rendre semblable à l'Algérie, se trouve ainsi commencée, mais l'œuvre de pacification entreprise par nos soldats se trouve couronnée: peu à peu l'amitié pour les Français remplace chez le Marocain le respect pour les vainqueurs.
Charles Salvy.

Le défrichage du bled marocain par la charrue à sept mulets.

Soldats du 171e d'infanterie allemande et du 15e chasseurs à pied de Remiremont arrivant au sommet du Hohneck, les uns à droite les autres à gauche de la borne frontière.

UNE RENCONTRE AU SOMMET DU HOHNECK

Des soldats français et des soldats allemands manœuvrant, les uns et les autres, vers le Hohneck se sont, il y a quelques jours, rencontrés sur les sommets que partage exactement la ligne frontière. Ce fut un rapprochement d'uniformes imprévu, mais tout à fait courtois, et qu'une première dépêche annonça en ces termes:

«Au cours d'une marche manœuvre vers le Hohneck, le 15e bataillon de chasseurs à pied, de Remiremont, sous les ordres du commandant Duchet, s'est trouvé en face d'un bataillon du 171e régiment d'infanterie allemande, en garnison à Colmar. Celui-ci a rendu les honneurs auxquels le 15e chasseurs a répondu. Les nombreux touristes qui étaient présents ont été profondément impressionnés.»

Nos gravures de cette page ajoutent à ce communiqué les détails amusants et complémentaires de l'illustration. L'ascension, en manœuvre, avait été laborieuse, évidemment, et les soldats des deux pays l'avaient achevée, curieusement, côte à côte pour ainsi dire, partageant la même fatigue, qui leur faisait à ce moment-là une âme sympathique et camarade. Aussi se salua-t-on élégamment en atteignant le sommet. Bien entendu, on n'alla point jusqu'à fraterniser. Chacun demeura du côté de sa borne frontière, laissant libre un passage neutre où, seul, un excellent curé touriste aventura son bon sourire et sa pacifique soutane. De part et d'autre, chacun chez soi, on fit la pause. Les Français, envahirent joyeusement la baraque-cantine tandis que les Allemands, malgré les rangs «rompus», conservaient presque l'alignement, les uns et les autres s'observant gaiement, avec un sourire curieux et bon enfant. Et, de nouveau, en partant, on se rendit galamment les honneurs.

A LA FRONTIÈRE DES VOSGES.--Les deux détachements au repos de chaque côté de la ligne frontière entre les deux, un prêtre excursionniste. Photographies E. Zeiger, Gérardmer.