LONGWOOD NE SERA PAS ABANDONNÉ

L'émotion qu'a provoquée dans le public et dans la presse la vision des premières ruines de Longwood, la pauvre maison où mourut l'Empereur captif à Sainte-Hélène (voir notre numéro du 15 novembre), vient d'avoir son écho utile dans les milieux parlementaires. A la date du 6 décembre, en effet, M. Fernand Engerand, député du Calvados, nous a adressé la lettre suivante que nous sommes heureux de publier:

Paris, le 6 décembre 1913.

«Monsieur le Directeur,

» L'Illustration a signalé, avec une patriotique indignation, l'état déplorable où l'incurie de l'administration avait mis, à Sainte-Hélène, la maison et le tombeau de Napoléon. Dès que j'eus pris connaissance du pathétique article de M. Albéric Cahuet, je me suis rendu aux Affaires étrangères où les faits signalés me furent confirmés, et le 10 novembre je présentai un amendement portant ouverture d'un crédit de 20.000 francs «pour assurer, en l'île Sainte-Hélène, l'entretien du domaine de Longwood, où mourut Napoléon Ier».

» J'ai été assez heureux pour pouvoir obtenir l'adhésion de députés appartenant à tous les groupes politiques: MM. Maurice Barrés, Benazet, amiral Bienaimé, Jules Delafosse, commandant Driant, Lannes de Montebello, Millerand, Henry Pâté, Paul Boncoeur, général Pédoya, Dominique Pugliesi, Conti, Raiberti, Joseph Reinach, Marcel Sembat, de Villebois-Mareuil.

» Cette réunion d'hommes si divers au point de vue politique nous permet d'espérer que la cause nationale, que vous avez si noblement défendue, obtiendra l'assentiment de la Chambre.

» Veuillez agréer...

» Fernand Engerand. »

Le rapporteur de la commission du budget, M. Louis Marin, député de Nancy, est tout acquis à l'amendement Engerand, dont les signataires, nous le savons, espèrent obtenir l'adhésion quasi unanime de la Chambre. Ainsi s'affirmera qu'il s'agit bien là d'une oeuvre nationale et non point d'une oeuvre de parti.

Le sacrifice demandé est faible. Il est urgent. Les 20.000 francs ajoutés au crédit de 358.000 francs du chapitre 20 du budget des Affaires étrangères (Entretien des immeubles français à l'étranger), pourront sauver Longwood d'une ruine immédiate. Il est donc inopportun de songer, dès maintenant, pour relever les ruines de Sainte-Hélène, soit à une souscription publique qui, évidemment, donnerait dix fois les sommes nécessaires, soit--comme le proposait un de nos lecteurs bien inspiré--à une collecte entre tous les membres de la Légion d'honneur. Que l'État s'acquitte lui-même des devoirs de l'État. Ce sera mieux,-et plus digne.