LE FROMAGE DE SAINT-MARCELLIN.

La «tomme» de Saint-Marcellin qui ne fut pendant longtemps qu'un fromage local, si pareille expression peut être employée, est aujourd'hui appréciée dans la France entière où, depuis quelques années surtout, elle a conquis une place honorable en même temps que des débouchés relativement importants. Son écoulement commercial étant facile, son rayon de fabrication s'est rapidement étendu, si bien qu'à l'heure actuelle on trouve sur les marchés beaucoup de Saint-Marcellin qui n'ont pas été fabriqués avec le lait de chèvre récolté dans les pâturages escarpés de Saint-Vérand, de Murinais, de Chènevières ou des communes limitrophes. L'accueil hostile que l'idée des délimitations agricoles a rencontré presque partout rend inacceptable a priori l'hypothèse d'une réglementation ayant pour but d'empêcher les commerçants de se procurer à leur convenance les tommes dont ils ont besoin pour leur clientèle. Par contre, il serait absolument équitable de ne pas laisser mettre en vente sous le nom de «tomme de Saint-Marcellin» des produits qui, au lieu d'être exclusivement fabriqués avec du lait de chèvre, le sont avec un mélange de laits différents dans lequel le lait de vache entre souvent pour une très forte proportion.

Les producteurs intéressés viennent de soumettre leurs doléances au ministère de l'Agriculture. Ils demandent qu'il soit désormais défendu de vendre pour du Saint-Marcellin des tommes dans la composition desquelles le lait de chèvre n'a pas exclusivement figuré; dans le cas contraire, la dénomination de Saint-Marcellin devrait être rigoureusement interdite et remplacée par celle de «Saint-Marcellin imitation». Cette réclamation sera certainement admise, les consommateurs ayant le droit absolu de savoir très exactement à quoi s'en tenir sur la nature des fromages qu'ils achètent.