UNE CAUSE CURIEUSE D'INTOXICATION SATURNINE.
C'est chose bien connue de tous que l'on peut garder dans le corps des balles ou du plomb de chasse, pendant des années, pendant toute sa vie même, sans inconvénient. En bien des cas le chirurgien préfère laisser la balle et les plombs, là où ils sont, dans l'épaisseur des muscles, du moment où il n'y a pas nécessité absolue d'aller les chercher.
Il arrive pourtant que le plomb, à la longue, détermine des effets fâcheux. Le docteur Roux, de Brignoles, a observé un cas de ce genre. Un colonial, qui a reçu, il y a vingt ans, une balle de revolver, est pris d'accidents divers: nausées, constipation opiniâtre, coliques, anémie: bien que le liséré gingival symptomatique manque, il croit avoir la colique de plomb, et l'attribue à sa balle dont il désire être débarrassé.
Il en est fait ainsi, et la guérison est parfaite. Ce qui est curieux, c'est le temps que la balle a mis à devenir intoxicante. Le fait est d'ailleurs connu. Mais on ne l'explique pas. Faut-il supposer quelque altération du plomb s'opérant à la longue à l'humidité et à la chaleur? D'autre part, on voit les accidents saturnins se produire aussi au bout d'un temps très court, un an ou deux seulement. En tout cas il faut qu'on sache que le plomb sous la peau expose au saturnisme, même s'il est en quantité très faible: deux ou trois grains.