OCCIDENTALES
Son aïeul Aloys, dit-on, Se croisa pour la Palestine... Il fut occis près de Sion. Un autre aïeul fut à Bouvine, Portant le royal fanion. On les vit partout dans l'histoire, Les ancêtres du beau marquis, Tous pleins d'esprit ou pleins de gloire, Portant cuirasse ou beaux habits; Plus d'un écrivit ses mémoires. |
Il eut d'adorables grand'mères, Voyez les portraits de La Tour... Héros de bataille ou d'amour, Les époux brillaient à la guerre, Les femmes brillaient à la cour. | O temps heureux de leur splendeur! O jours de fête magnifique, Où celui seul, dit la chronique, Qui vécut ce temps enchanteur Connut de vivre la douceur! |
Du beau marquis fin détestable... La liberté prenant son vol Fit du petit-fils le coupable... Le destin fut inexorable, Le bourreau lui coupa le col. |
Son aïeul, sous Louis-Philippe, Quitta, dit-on, son municipe Et vint à Paris en sabots. Il établit humble boutique, Vendant mouchoirs et paletots. Grâce à l'ordre, à l'économie Du petit marchand limousin, Sous l'effort de toute une vie, La boutique fut magasin... Et l'aisance s'en est suivie... |
Le grand-père, bon commerçant, Eut un fils, trois filles charmantes, Qu'il dota convenablement: Douze mille livres de rentes... Le magasin doubla ses ventes... | Le petit-fils, bourgeois tranquille, Passait pour riche, assurément... Il avait une automobile, Un loyer de six mille francs, Une campagne près de la ville... |
Mais du bourgeois fin lamentable... Le socialisme triomphant Déclara le riche coupable... Son cou ne valait pas le diable... On ne lui prit que son argent. |