A NOS ABONNÉS

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Quelles que puissent être les alternatives de la lutte où la France, avec le monde civilisé derrière elle, est engagée, L'Illustration, confiante, comme le pays tout entier, dans le triomphe final, est résolue à ne pas interrompre sa publication.

Mais nos lecteurs ne peuvent se faire une idée de la multiplicité des rouages qu'exige la fabrication d'un journal comme L'Illustration. Les difficultés dont nous avions triomphé il y a un mois sont devenues presque insurmontables. La mobilisation générale, dépeuplant en quelques heures des ateliers qui occupaient cinq cents personnes, nous avait privés de la grande majorité du personnel d'élite qui nous apportait sa collaboration. L'appel jusqu'aux réserves de l'armée territoriale a achevé de vider nos ateliers des spécialistes dont le concours nous est absolument indispensable.

D'autre part, la suppression totale des envois hors Paris, sauf sur réquisition militaire, nous isole absolument du reste de la France.

Nous nous voyons donc dans la nécessité de suspendre pendant une semaine--- mais une semaine seulement--la publication de nos numéros, le temps de reconstituer notre personnel à Paris et d'établir à Bordeaux, devenu le siège du gouvernement et des administrations publiques, une sorte de succursale de notre maison, qui nous permettra de remédier à la précarité des communications entre Paris et la province.

Nous avons le regret de ne pouvoir y transférer les 115.000 fiches de nos abonnements. Ces fiches, gravées sur métal, font partie intégrante d'un mécanisme très compliqué, intransportable dans les conditions actuelles. Par un renversement des choses, le nombre de nos abonnés, le perfectionnement de notre machinerie sont pour la première fois un obstacle à la vie de notre trop grand journal!

Mais ceux qui nous ont fait confiance peuvent être convaincus que leurs intérêts ne seront pas lésés. Les documents, dessins, croquis, photographies, notes vécues, qui vont s'amasser, ne seront pas perdues pour nos abonnés.

Si, jusqu'au rétablissement des services postaux, nous ne pouvons rester en relations hebdomadaires avec eux, nous nous engageons à leur donner le plus tôt possible tous les numéros auxquels ils ont droit. Nous ne leur demandons qu'un délai, et le succès certain de nos armées le fera aussi bref que possible.

Le théâtre des opérations au Nord et au Nord-Est de Paris.