CHAPITRE III
Attitudes qui ont pour but unique la volupté.
Lorsque l'homme et la femme s'unissent debout, appuyés l'un contre l'autre ou bien contre un mur ou un pilier, c'est l'union appuyée.
Quand l'homme, adossé à un mur, soulève et soutient la femme assise sur ses mains jointes et entre ses bras, tandis que celle-ci, les bras entrelacés autour de son cou, l'embrasse avec ses cuisses vers le milieu du corps, et s'imprime à elle-même un mouvement, à l'aide de ses pieds qui touchent le mur auquel l'homme est appuyé, cela s'appelle la connexion par suspension.
(Cette position est figurée dans la collection des fermiers généraux, reproduction des camées érotiques antiques).
On peut, de même, imiter l'acte du chien, du bouc, du daim, la montée et la pénétration forcée de l'âne et du chat, le bond du tigre, le frottement du verrat et la saillie de la jument par l'étalon, en opérant comme ces différents animaux avec leurs femelles.
L'UNION D'UN HOMME AVEC DEUX FEMMES.
Quand un homme caresse deux femmes dans le même moment, cela s'appelle l'union double. Elle peut se faire lorsque deux femmes se tiennent horizontalement sur le bord d'un lit, l'une sur l'autre, face à face, comme deux amants, et les jambes en dehors du lit; le linga passe alternativement d'un yoni dans l'autre, par des coups successifs, les uns à recto, les autres à retro.
L'union simultanée avec plusieurs femmes s'appelle l'union avec un troupeau de vaches.
On a de même _l'union dans l'eau; _c'est celle de l'éléphant avec plusieurs femelles, qui ne se pratique, dit-on, que dans l'eau; _l'union avec plusieurs chèvres, celle avec plusieurs gazelles, _c'est-à-dire que l'homme reproduit avec plusieurs femmes les mêmes actes que ces animaux avec plusieurs femelles.
Dans le Gramaneré, plusieurs hommes jeunes jouissent d'une femme qui peut être l'épouse de l'un d'eux, l'un après l'autre ou tous en même temps. La femme est étendue sur l'un d'eux; un autre consomme l'hyménée de l'yoni et du linga; un troisième se sert de sa bouche, un quatrième embrasse étroitement le milieu de son corps et ils continuent de cette manière, en jouissant alternativement des différentes parties de la femme (App. n° 1).
La même chose peut se faire quand plusieurs hommes sont en compagnie avec une courtisane, ou quand il n'y a qu'une courtisane pour satisfaire un grand nombre d'hommes.
L'inverse peut se faire par les femmes du harem royal, quand, accidentellement, elles peuvent y introduire un homme.
Dans le sud de l'Inde, on pratique aussi l'union basse, c'est-à-dire l'introduction du linga dans l'anus (App. n° 2).
L'aphorisme suivant forme, en deux vers, la conclusion du sujet:
«L'homme ingénieux multiplie les modes d'union en imitant les quadrupèdes et les oiseaux; car ces différents modes pratiqués suivant l'usage de chaque pays et les goûts de chaque personne inspirent aux femmes l'amour, l'amitié et le respect.»
APPENDICE AU CHAPITRE III
N° 1. Martial, livre X.—«Deux galants se rencontrèrent un matin, chez Phillis, elle les satisfit tous les deux en même temps: l'un la prit par devant, et l'autre par derrière.»
N° 2. La Sodomie.—Dans l'Inde, cette pratique, à cause des souillures qu'elle est censée entraîner, n'a jamais eu beaucoup de faveur.
Les musulmans l'y ont propagée en l'approuvant.
Il ne paraît être ici question que de l'union basse, entre un homme et une femme; elle est moins révoltante que la sodomie parfaite, qualification que les théologiens donnent à l'union avec un mignon.
Le P. Gury, art. 434.—«La sodomie parfaite n'est pas de la même espèce que la sodomie imparfaite, parce que, dans la première, l'homme est porté vers le même sexe et contre la nature, dans la seconde il est porté contre la nature.
«La première a un nom grec: la Philopédie [Grec: Philopaidia], amour des jeunes garçons.»
On sait combien la Philopédie était en faveur chez les Grecs et les Romains. Tous les vers d'Anacréon sont consacrés à Batyle. Qui ne connaît le vers de Virgile:
«Formosum pastor Corydon ardebat Alexim!
N° 3. Les Latins.—Parmi les poètes latins qui ont chanté l'amour,
Ovide est le seul qui se taise sur les mignons.
Catulle et Tibulle se montrent attachés à leurs mignons autant qu'à leurs maîtresses. Catulle, poésie XV. «Je te recommande mes amours, Aurélius, toi qui es redoutable à tous les adolescents beaux ou laids. Satisfais ta passion quand et comme il te plaira, dans toutes les ruelles où tu trouveras un mignon de bonne volonté, je n'en excepte que le mien seul; mais si la fureur lubrique s'attaque à lui, malheur à toi! Puisses-tu, les mains liées, publiquement exposé, subir l'affreux supplice que le raifort et les mulets font souffrir à l'adultère (sans doute le même qu'en Chine).
Tibulle, dans l'Élégie IV, livre I, donne des leçons aux amants des jeunes garçons.
«Prête-toi à toutes les fantaisies de l'objet que tu aimes.
«Pour l'accompagner, ne crains ni la fatigue de la route, ni le chaud, ni le froid, ni les intempéries.
«Veut-il traverser l'onde azurée, prends la rame.
«Veut-il s'exercer à l'escrime, badine d'une main légère, et souvent laisse ton flanc à découvert, alors tu pourras essayer de lui ravir un baiser qu'il laissera prendre en résistant.
«Bientôt, il accordera ces baisers à tes prières, et enfin, de lui-même, il s'enlacera à ton cou.
«Mais hélas, les jeunes garçons ont pris l'habitude d'exiger des présents. Enfants, aimez les doctes poètes, l'or ne doit pas l'emporter sur la muse. Que le barbare qui est sourd à leur voix, qui vend son amour, soit attaché au char de Cybèle, qu'il se mutile honteusement au son de la flûte phrygienne.
«Vénus elle-même veut qu'on écoute les doux propos; elle s'intéresse aux plaintes de l'amant qui supplie, à ses larmes touchantes.»
Dans son célèbre chapitre: Des Amours, Lucien complète ces leçons par la description de la séduction finale.
Après avoir vu et contemplé, le désir vient de se rapprocher par l'attouchement. Il commence par le chatouiller seulement du bout des doigts en quelque endroit découvert, puis il promène la main sur tout son corps de la même manière, ce qu'on lui permet sans difficulté. Ensuite il essaie de prendre un baiser, chaste d'abord, où ses lèvres sont simplement juxtaposées à celles de son ami et s'en écartent avant de les avoir touchées complètement, de manière à n'éveiller chez lui aucun soupçon. A mesure qu'il trouve plus de complaisance, il renouvelle les baisers et les prolonge comme dans une sorte d'effusion, sans passion, mais alors, aucune de ses mains ne reste inactive. Ces embrassements apparents dans les vêtements condensent la volupté et augmentent progressivement l'excitation; alors par une manoeuvre lubrique, il glisse la main sous le sein de son ami et presse les mamelons qui entrent en érection; ensuite il caresse mollement de ses doigts le ventre arrondi et ferme et descend dans la tendre touffe qui ombrage la puissance des organes.
«Si enim vel summis tantum digitis attigerit, totum corpus fructus ille percurrit. Hoc ubi facilè consecutus est, tertio tentat osculum, non statim luxuriosum illud sed placidè admovens labia labiis quæ prius etiam quam plane se contigerint desistant, nullo suspicionis relicto vestigio. Deindè concedenti se quoque accommodans longioribus amplexibus quasi illiquescit, etiam placidè os diducens nullamque manum otiosam esse patitur: nam manifesta illa in vestimentis complexionis voluptatem conglutinant, aut latenter lubrico lapsu dextra sinum subiens, mamillas premit paulum ultrà naturam tumentes, et duriusculi ventris rotonditatem digitis molliter percurrit, post hoc etiam primæ laluginis in pube florem.»
L'amour, trouvant une occasion favorable, s'emporte à une entreprise plus hardie et frappe enfin le but qu'il a visé.
Dans sa satyre VI contre les femmes, l'austère Juvénal conseille de prendre un mignon plutôt qu'une épouse.
«Le lit conjugal a été souillé dès l'âge d'argent, et tu te laisses,
Posthume, atteler au joug.
«Manques-tu de moyens pour y échapper? N'y a-t-il plus de cordes? plus de fenêtres aux derniers étages? N'as-tu pas le pont Emilien près de ta demeure?
«Et s'il te déplaît de quitter ce monde, pourquoi ne préfères-tu pas à une fiancée cet adolescent qui dort près de toi? Lui au moins ne profitera pas, la nuit, de votre intimité, pour te tourmenter, pour te demander des cadeaux; il n'exige point que tu t'attaches à ses flancs et que tu te mettes hors d'haleine aussi longtemps qu'il lui plaît.»
On peut voir dans ce conseil une simple boutade poétique; de même il ne faut voir qu'une ironie dans la conclusion de Lucien sur le même sujet.
N°4.—Dans le chapitre XXXVIII déjà cité, Lucien se met en scène avec un partisan des femmes et un Philopède, qui l'ont pris pour juge entre eux, Chariclès, l'avocat de l'amour avec les femmes, parle avec beaucoup de raison et d'éloquence et termine ainsi:
«On peut, à la rigueur, concevoir jusqu'à un certain point que l'homme use de la femme comme vous usez d'un mignon, mais jamais et en aucune façon il ne doit remplir l'office de femme.
«Si le commerce d'un homme avec son semblable est honnête, qu'à l'avenir les femmes puissent s'aimer et s'unir entre elles! que ceinte de ces instruments infâmes, inventés par le libertinage, monstrueuse imitation faite pour la stérilité (peut-être importés à Rome de l'Inde où nous verrons plus loin qu'ils étaient fort en usage), une femme embrasse une autre femme comme le ferait un homme, que l'obscénité de nos tribades triomphe impudemment. Que nos gynécées se remplissent de Philénis qui se déshonorent par des amours androgynes. Et combien ne vaudrait-il pas mieux qu'une femme poussât la fureur de sa luxure jusqu'à vouloir faire l'homme que de voir celui-ci se dégrader au point de jouer le rôle d'une femme.»
L'avocat de la philopédie, un rhéteur d'Athènes, réplique:
«L'amour avec un mignon est le seul qui puisse allier la volupté à la vertu, car les femmes sont une chaîne et souvent un tourment qui ne laisse point l'homme maître de lui-même, tandis qu'un jeune garçon peut être un ami, un disciple, un compagnon d'exercices de tout genre. D'ailleurs l'amour masculin a sur l'autre la supériorité du plaisir sur la fonction, du superflu sur le nécessaire, etc. etc.»
Ce discours ressemble beaucoup à celui de l'avocat dans les Plaideurs de Racine, et Lucien le prête au philopède avec une intention évidente de ridicule. La cause est entendue, le juge prononce la sentence suivante, fine ironie contre la philosophie et les philosophes de son temps:
«Le mariage est infiniment utile aux hommes; il rend heureux quand on rencontre bien. Mais la philopédie, considérée comme la sanction d'une amitié pure et chaste (cas de Socrate et d'Alcibiade), n'appartient, selon moi, qu'à la seule philosophie. Je permets donc à tous hommes de se marier, mais les philosophes seuls ont le droit d'aimer les jeunes gens; la vertu des femmes n'est pas pour eux assez parfaite. Ne sois point fâché, Chariclès, si Corinthe (la ville des courtisanes) le cède à Athènes (la ville des philosophes et des mignons).»
N° 5.—Martial adresse nombre d'épigrammes aux philopèdes et aux gitons.
IX, 64.—«Tous les gitons t'invitent à souper, Phébus; celui qui vit de sa mentule n'est pas, je pense, un homme pur.
XI, 22.—Il maudit un pédéraste masturbant.
XI, 26.—Au jeune Théophorus. «Donne-moi, enfant, des baisers parfumés de Falerne et passe-moi la coupe après y avoir trempé les lèvres. Si tu m'accordes en outre les vraies jouissances de l'amour, moins heureux sera Jupiter avec son Ganymède.»
XII, 64.—Sur Cinna. D'un esclave plus blond, plus frais que le fût jamais esclave, Cinna fait son cuisinier, Cinna est un fin gourmet.»
XII, 69.—A Paullus. «Comme pour tes coupes et tes tableaux, Paullus, tu n'as, en fait d'amis, que des modèles.»
XII, 75.—Sur les mignons. «Politimus n'est bien qu'avec les jeunes filles; Atticus regrette ingénument d'être garçon; Secundus a les fesses nourries de glands; Diodymus est lascif et fait la coquette; Amphion pouvait naître fille. Je préfère, ami, les douces faveurs de ces mignons, leurs dédains superbes et leurs caprices à une dot d'un million de sesterces.»
XI, 43.—Contre Sabellus.
«Tu m'as lu, Sabellus, sur des scènes de débauche, des vers par trop excessifs et tels que n'en contiennent pas les livres obscènes d'Elephanta. Il s'agit de nouvelles postures érotiques, de l'accouplement par cinq formant une chaîne, enfin de tout ce qu'il est possible de faire quand les lumières sont éteintes; ce n'était pas la peine d'être si éloquent.»
«N° 6. La sodomie dans les armées et chez les femmes.
D'après Catulle, la philopédie était de son temps tout à fait générale à Rome, dont la plupart des citoyens étaient encore à cette époque des soldats. C'est dans les camps, sans doute, qu'ils avaient contracté ces habitudes qu'on trouve déjà chez les Grecs dans les armées.
Ainsi on lit dans la Retraite des Dix mille (Xénophon) que, pour alléger la marche, on ne permit aux mercenaires d'emmener avec eux aucun impedimentum, butin ou esclave, excepté un jeune garçon pour chaque soldat.
Les Mille et une Nuits sont un recueil de Sodomies que la traduction de Galand a transformées en galanteries décentes.
Cette débauche existe dans nos corps indigènes d'Afrique et, pour ce motif, on ne devrait point y admettre de Français, même comme engagés volontaires.
Malheureusement on la trouve aussi dans les compagnies de discipline. On voit à quelle démoralisation sont exposés les enfants de famille honnêtes condamnés par les conseils de guerre.
Il fut un temps où quelques officiers d'Afrique avaient pris goût à la sodomie imparfaite.
Les patronnes de quelques maisons de tolérance de France se plaignaient des offenses faites par eux à la dignité de leurs nymphes.
Cependant quelques femmes provoquent à cette débauche et y prennent un certain plaisir (la proximité du rectum et du canal vaginal établit une sympathie du premier avec le vagin et l'utérus) et elles l'accompagnent ou la font accompagner d'une autre, le clytorisme. On a remarqué dans les hôpitaux que, chez toutes les femmes traitées pour ulcérations anales, on trouve en même temps des déformations vulvaires provenant de la manualisation et du saphisme. La crainte de la conception est sans doute le motif déterminant de cette double débauche. Cependant on a vu des femmes qui avaient remplacé le vagin absent par l'urètre et le rectum, être ainsi fécondées.
A la clinique gynécologique et siphyligraphique de l'hôpital de
Lourcine, le docteur Martineau s'exprimait ainsi:
«Ceux d'entre vous qui assistent à mes visites ont pu s'assurer de la fréquence de la sodomie chez les femmes qui fréquentent l'hôpital de Lourcine. Si je la vois coïncider chez les filles publiques avec la prostitution ordinaire, je la constate le plus souvent chez les femmes qui ignorent l'abjection d'un acte qui leur est imposé par leur mari.
«A l'hôpital de Lourcine je dois même dire que c'est le cas le plus ordinaire; je l'observe bien plus fréquemment chez les femmes mariées, chez les jeunes femmes, chez les filles débauchées, il est vrai, mais non prostituées. En consultant mes observations, je trouve surtout des domestiques, des couturières, des modistes, des demoiselles de café, etc, etc., et très rarement des prostituées. La sodomie donc, pas plus que les déformations vulvaires provenant de la manualisation et du saphisme, n'appartient pas à la prostitution. On la rencontre indifféremment chez la femme mariée et chez celle qui vit dans le concubinage; chez toutes on trouve, en même temps que les traces de sodomie, des déformations vulvaires provenant de la manualisation et du saphisme.
La sodomie s'observe à tous les âges de la femme, depuis huit ans jusqu'à cinquante et même plus; elle est surtout fréquente entre seize et vingt-cinq ans parmi les observations recueillies à l'hôpital de Lourcine. Les femmes qui viennent là ne présentent pas des habitudes invétérées de sodomie comme les prostituées.»
A. Tardieu avait fait les mêmes remarques, et il nous dit:
«Chose singulière, c'est principalement dans les rapports conjugaux que se sont produits les faits de cette nature. C'est, en général, très peu de temps après le mariage que les hommes commencent à imposer à leurs femmes leurs goûts dépravés. Celles-ci, dans leur innocence, s'y soumettent d'abord; mais plus tard, averties par la douleur ou renseignées par une amie, par leur mère, elles se refusent plus ou moins opiniâtrement à des actes qui ne sont plus dès lors tentés ou accomplis que par la violence. C'est dans ces derniers cas seulement que le médecin intervient, consulté par la justice. La cour suprême a rendu plusieurs arrêts consacrant le principe que le crime d'attentat à la pudeur peut exister de la part du mari se livrant sur sa femme à des actes contraires à la fin légitime du mariage, s'ils ont été accomplis avec violence physique.»
Les révélations des hommes de l'art expliquent comment des théologiens ont pu, sans être des érotomanes ou des exploiteurs de consciences, tracer aux confesseurs la règle suivante:
«Immédiatement avant le mariage, avertir la fiancée qu'elle devra se refuser à tout ce qui est contraire à la procréation, et en cas de doute sur l'application de cette prescription dans le mariage, consulter au besoin son confesseur.»
Il peut arriver, surtout dans le bas peuple, qu'une femme ne trouve pas chez une autre de son intimité, pas même chez sa mère, les lumières ou la moralité nécessaires pour être bien et suffisamment renseignée.