CHAPITRE IV
Le rôle de l'homme dans l'union.
L'homme doit faire tout ce qu'il peut pour procurer le plaisir à la femme.
Lorsque la femme est sur son lit et comme absorbée par sa conversation, l'homme défait le noeud de son vêtement inférieur; et, si elle le querelle, il lui ferme la bouche par des baisers.
Beaucoup d'auteurs sont d'avis qu'il doit commencer par lui sucer le mamelon des seins.
Lorsque son linga est en érection, il la touche avec les mains en différents endroits et caresse agréablement les diverses parties de son corps.
Si la femme est timide et se rencontre avec lui pour la première fois, il placera sa main entre ses cuisses qu'elle serrera instinctivement.
Si c'est une très jeune fille, il mettra les mains sur ses seins qu'elle couvrira sans doute avec les siennes, sous les aisselles et sur le cou.
Si c'est une femme mûre, il fera tout ce qui pourra plaire à tous deux et ce qui conviendra pour l'occasion.
Puis il lui prendra la chevelure et le menton entre ses doigts pour les baiser.
Si c'est une jeune fille, elle rougira et fermera les yeux.
Par la manière dont elle recevra ses caresses, il devinera ce qui lui plaît le plus dans l'union.
A ce sujet, Souvarnanabha dit: Quelque chose que l'homme fasse dans l'union pour son plaisir, il doit toujours presser la partie du corps de la femme vers laquelle elle tourne les yeux.
Voici quels sont les signes de la jouissance et de la satisfaction chez la femme.
Son corps se détend, ses yeux se ferment, elle perd toute timidité, fait effort pour que les deux organes soient unis aussi étroitement que possible.
Quand, au contraire, elle n'éprouve point de jouissance, elle frappe sur le lit avec les mains, ne laisse point l'homme avancer, elle est maussade, mord l'homme, lui donne des coups de pied et continue son mouvement quand l'homme a fini.
Dans ce cas, l'homme doit frotter, en l'ébranlant, le yoni de la femme avec sa main et ses doigts (comme l'éléphant frotte avec sa trompe) avant de commencer l'union, jusqu'à ce qu'il soit humide, et, ensuite, y introduire son linga.
Il reprend le même mouvement avec sa main après son spasme, si celui de la femme ne s'est pas encore produit (voir à ce sujet l'appendice).
Il y a neuf actes que l'homme doit accomplir.
1° LA PÉNÉTRATION OU MOUVEMENT EN AVANT.—Les deux organes se portent tout droit l'un vers l'autre, exactement en face;
2° LA FRICTION ou BARATEMENT.—Le linga tenu dans la main est tourné en rond dans le yoni, autour des bords (comme dans le baratement du beurre);
3° LE PERCEMENT.—Le yoni est abaissé et le linga frappe sa partie supérieure;
4° LE FROTTEMENT.—Dans la même situation, le linga frappe contre la partie inférieure du yoni;
5° LA PRESSION.—Le linga presse le yoni pendant un temps long;
6° LE COUP.—Le linga, tiré hors du yoni, y revient ensuite et le frappe fort et à fond; la sortie rend de la vigueur au linga, retarde le spasme de l'homme; le retour tend à accélérer celui de la femme;
7° LE COUP DU VERRAT.—Le linga revient frapper seulement une partie du yoni;
8° LE COUP DU TAUREAU.—Le linga dans sa rentrée frappe à la fois les deux côtés du yoni;
9° LE SPORT DU MOINEAU.—Le linga a un mouvement très rapide de va et vient dans le yoni sans en sortir.
Cela se fait généralement vers la fin de l'union, lorsque l'homme sent qu'il ne peut plus retarder son spasme.
APPENDICE AU CHAPITRE IV
PLAISIR DE LA FEMME DANS L'UNION
Vatsyayana discute longuement les opinions des anciens sages sur la semence de la femme; nous préférons donner les résultats de la science moderne sur ces questions si vieilles.
Dans l'union, le clitoris grossit et se dresse; les grandes et les petites lèvres se gonflent; le tissu érectile du vagin entre en action, excité par le frottement; la muqueuse vulvo-utérine sécrète, conjointement avec les glandes, une humeur visqueuse qui rend le canal plus glissant.
Cette sécrétion, bien qu'elle apparaisse quelquefois sous la forme d'un fluide laiteux, n'est point une éjaculation, car la femme n'a pas d'appareil éjaculateur.
Le plaisir, chez la femme, est dû, pour la plus grande partie, aux chatouillements exercés sur le clitoris, et, pour le reste, aux frottements produits sur les parois du vagin et les petites lèvres, pendant l'action.
Si le spasme voluptueux a moins de violence chez la femme, il est par contre plus prolongé que chez l'homme.
Les femmes nerveuses ou à imagination ardente éprouvent un plaisir très vif au moindre chatouillement des parties. Tout contact par l'homme les impressionne.
Les femmes lymphatiques, grasses, n'arrivent au spasme vénérien qu'après de longues caresses et excitations des organes.
Le Docteur Jules Guyot, _bréviaire de l'amour Expérimental, _s'exprime ainsi sur le sujet, dans sa 3e méditation.
«Tant que le spasme n'est pas déterminé dans les deux parties, la fonction n'est pas accomplie; l'homme n'a pas émis le fluide vivant, la femme n'a pas projeté de ses limbes, dans l'utérus, des ovules avec toute l'énergie nécessaire.»
Une cause déterminante du spasme réside dans les mamelles et surtout dans les titillations et la succion des mamelons.
Beaucoup de jeunes filles croient permis et permettent à leurs amies et quelquefois à leurs amis la titillation et la succion de leurs seins; leur pudeur ne s'en effarouche point comme de l'attouchement des parties secrètes. C'est ce que le docteur Gauthier appelle l'onanipumammaire, très commun dans les pensionnats.
L'impression ressentie détermine constamment l'érection du clitoris; et la friction de ce dernier organe, simultanée à la succion ou à la friction des mamelons, amène nécessairement le spasme génésique.
Rarement, le baiser avec les lèvres et dans la bouche peut produire un pareil résultat.
Dans l'état de besoin et de désir, les lèvres vaginales de la femme sont fermes et vibrantes, les seins sont gonflés et les mamelons en érection.
Si la femme ne présente pas ces signes, l'homme doit les déterminer par ses caresses, et ne doit accomplir la connexion que lorsqu'il est parvenu à produire le désir chez la femme.
Dans ce cas, il commence par toucher délicatement le clitoris.
Le clitoris est placé en haut et en avant de la vulve, sous deux petites lèvres, tout près et au-dessous du pubis ou mont de Vénus, à la commissure supérieure des grandes lèvres, comme serait un bouton de violette caché sous les feuilles supérieures; il est court, et le plus souvent a 2 ou 3 centimètres de long; il est de quelques centimètres au-dessus du vagin, canal de 4 à 10 centimètres de diamètre qui monte de la vulve à la matrice ou utérus.
La vulve ou vestibule des organes génitaux de la femme s'ouvre de haut en bas par deux replis membraneux placés de chaque côté; ce sont les grandes et les petites lèvres, celles-ci au-dessous de celles-là, qui, par leur accolement naturel, forment le vestibule.
Par suite de cette disposition, le pénis, en s'introduisant dans le vagin, ne touche que rarement le clitoris; mais il le touche dans la connexion complète, par le contact et le frottement extérieur des surfaces supérieures du pénis et des parties subspubiennes de la femme; en d'autres termes, le pénis qui se meut de bas en haut vient choquer ou presser la tête du clitoris qui lui se dirige toujours de haut en bas. Dans ce cas, l'excitation du clitoris se communique nécessairement à tout le reste de l'appareil génital de la femme.
Lorsque le vagin entre en érection, soit spontanément, soit par l'excitation des autres organes, il se porte en avant, s'entr'ouvre et favorise ainsi l'introduction du pénis qui, si cette introduction était intempestive ou violente, pourrait déchirer les parois du vagin et blesser la femme au col de l'utérus.
«La matrice,» dit Platon, «est un animal qui se meut extraordinairement quand elle hait ou aime passionnément quelque chose. Son instinct est surprenant lorsque par son mouvement précipité elle s'approche du membre de l'homme pour en tirer de quoi s'humecter et se procurer du plaisir[28].
[Note 28: Cuveillier.—La matrice (mater) ou utérus (utriculus, outre) est l'organe de la gestation, le vase où se produit la fécondation par la semence virile des oeufs détachés de l'ovaire.]
Si les parties de la femme n'entrent point en érection, le pénis se meut dans le vagin qui reste insensible; dans ce cas l'homme seul éprouve un plaisir et le spasme, par l'effet de la friction exercée sur les parois internes du vagin par le pénis.
L'homme peut ainsi s'épuiser sans que la femme éprouve aucun plaisir, parce que, soit par ignorance de la nature de la femme, soit par impétuosité passionnelle, il n'agit que sur les muqueuses vaginales.
Dans ces conditions, la femme reste froide, insensible, souvent même elle souffre; l'homme s'offense de son inertie, de sa stérilité, car elle ne peut concevoir en cet état.
De là naissent la désaffection et l'infidélité souvent réciproques qui seraient évitées sûrement par des rapports mieux compris entre époux.
C'est sans doute pour éviter ces fâcheux effets que des théologiens permettent et même conseillent à la femme des attouchements sur elle-même qui suppléent à l'insuffisance du mari pour déterminer son spasme et pour, autant que possible, le faire coïncider avec celui de l'homme.
La matrice est située dans l'excavation du bassin; son axe, dirigé obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, occupe la ligne médiane entre la vessie et le rectum. Il est maintenu dans sa position par les ligaments ronds et les ligaments larges qui, lâches et flexibles, lui permettent de flotter, pour ainsi dire, dans l'excavation du bassin et d'y exécuter des mouvements plus ou moins étendus. C'est pour quoi on l'attire facilement vers la vulve dans certaines opérations chirurgicales et, lors de la grossesse, elle se déplace et s'élève dans l'abdomen.