XXXIV

De M. de Chateaubriand

Paris, 24 juin 1828.

Il faut bien que je vous gronde. Vous rendre malade pour un article de gazette, est-ce sage? Que m'importe, d'abord, l'injure de Villèle, et, ensuite, suis-je parti parce qu'il le dit ou le fait dire? Mais enfin, vous êtes guérie. Dieu soit loué! Venons aux faits! Il est impossible désormais que je parte avant le mois de septembre, et nous avons d'abord deux grands mois à nous écrire. Ensuite je reviendrai à chaque session, et il est plus que probable que je ne ferai pas un long séjour à Rome.

Comme je reviendrai seul en France, je suis déterminé à revenir par la Corniche et aller vous voir dans votre désert; vous pouvez y compter. Nous nous verrons avant de quitter la vie; soyez-en sûre!

Ce n'est aucune des idées qui semblent vous être venues qui fait la difficulté pour Mme de Ch. C'est le tour de son esprit, et la presque impossibilité où elle est de rompre des habitudes intérieures de sa vie et de s'associer une compagne. Je l'ai vue quelquefois tentée de prendre avec elle une jeune ou une vieille parente, pour la soigner, et jamais elle n'a pu arriver à une détermination. Lui proposer une inconnue lui semblerait une folie. Si quelque hasard vous la faisait connaître, alors il y aurait quelque chance; encore, il ne faudrait guère y compter.

Non, Marie, c'est moi qui irai vous trouver! C'est moi qui arrangerai votre vie! Un peu de temps encore, et les difficultés s'aplaniront.

Vous vous êtes trompée sur l'article. Depuis la chute de Villèle, je n'ai pas mis un seul mot dans les Débats, ni n'y mettrai. L'article, je crois, était de Salvandy.