XXXVI
De M. de Chateaubriand
Paris, lundi 7 juillet 1828.
Je n'ai rien remarqué dans vos lettres qui pût motiver vos craintes sur les dates et les cachets. Il faut accorder aux hommes auprès desquels vous avez été éloquente du respect et de l'estime, mais les tenir à distance, ne pas leur permettre de s'emparer de notre vie, ce qu'ils sont toujours prêts à faire, et bien distinguer ce qui est de notre devoir de leur confier, et de notre devoir de leur taire.
Je n'avais pas compris votre voyage comme vous l'expliquez. Comme cela, il était praticable, aux inconvénients près du caractère et des humeurs, que je ne puis vous détailler. Le mieux, si votre bonne intention subsistait, serait de venir directement à Rome. Là vous feriez la connaissance de Mme de Ch. et, si vous trouviez la chose possible quand vous auriez vu, vous resteriez.
Nous ne partons qu'au mois de septembre, et il serait possible que je revinsse dès le mois de novembre. Je vous l'ai dit, ma destinée ne me permet de rester nulle part avec la fortune. Je suis donc à peu près sûr de vous voir avant peu de temps, car je reviendrai par le midi de la France. En vérité, j'en suis quelquefois à croire que je ne partirai pas.
Je suis obligé de quitter aujourd'hui ma mystérieuse amie plus tôt que je ne le voudrais. Voici cette loi sur la presse qui vient aux Pairs; il faut que je l'étudie pour parler après-demain, et, jusqu'à présent, je n'ai pu m'en occuper. Ce sera mon dernier travail et, après, je ne songerai plus qu'aux préparatifs de mon exil. Dites à vos oiseaux de chanter pour moi, et à Marie de m'aimer!