VII
Le crime est consomme. Qui l'a commis? Ce pape?
Non. Ce roi? non. Le glaive a leur bras faible echappe.
Qui donc est le coupable alors? Lui. L'homme obscur;
Celui qui s'embusqua derriere notre mur;
Le fils du Sinon grec et du Judas biblique;
Celui qui, souriant, guetta la republique,
Son serment sur le front, son poignard a la main.
Il est parmi vous, rois, o groupe a peine humain,
Un homme que l'eclair de temps en temps regarde.
Ce condamne, qui triple autour de lui sa garde,
Perd sa peine. Son tour approche. Quand? Bientot.
C'est pourquoi l'on entend un grondement la-haut.
L'ombre est sur vos palais, o rois. La nuit l'apporte.
Tel que l'executeur frappant a votre porte,
Le tonnerre demande a parler a quelqu'un.
Et cependant l'odeur des morts, affreux parfum
Qui se mele a l'encens des Tedeums superbes,
Monte du fond des bois, du fond des pres pleins d'herbes,
Des steppes, des marais, des vallons, en tous lieux!
Au fatal boulevard de Paris oublieux,
Au Mexique, en Pologne, en Crete ou la nuit tombe,
En Italie, on sent un miasme de tombe,
Comme si, sur ce globe et sous le firmament,
Etant dans sa saison d'epanouissement,
Vaste mancenillier de la terre en demence,
Le carnage vermeil ouvrait sa fleur immense.
Partout des egorges! des massacres partout!
Le cadavre est a terre et l'idee est debout.
Ils gisent etendus dans les plaines farouches,
L'appel aux armes flotte au-dessus de leurs bouches.
On les dirait semes. Ils le sont. Le sillon
Se nomme liberte. La mort est l'aquilon,
Et les morts glorieux sont la graine sublime
Qu'elle disperse au loin sur l'avenir, abime.
Germez, heros! et vous, cadavres, pourrissez.
Fais ton oeuvre, o mystere! epars, nus, herisses,
Beants, montrant au ciel leurs bras coupes qui pendent,
Tous ces extermines immobiles attendent.
Et tandis que les rois, joyeux et desastreux,
Font une fete auguste et triomphale entre eux,
Tandis que leur olympe abonde, au fond des nues,
En fanfare, en festins, en joie, en gorges nues,
Rit, chante, et, sur nos fronts, montre aux hommes contents
Une fraternite de czars et de sultans,
De son cote, la-bas, au desert, sous la bise,
Dans l'ombre avec la mort le vautour fraternise;
Les betes du sepulcre ont leur vil rendez-vous;
Le freux, la louche orfraie, et le pygargue roux,
L'apre autour, les milans, feroces hirondelles,
Volent droit aux charniers, et tous a tire-d'ailes.
Se hatent vers les morts, et ces rauques oiseaux
S'abattent, l'un mordant la chair, l'autre les os,
Et, criant, s'appelant, le feu sous les paupieres,
Viennent boire le sang qui coule entre les pierres.