·
Ne réfléchis-tu pas lorsque tu vois ton ombre?
Cette forme de toi, rampante, horrible, sombre,
Qui liée à tes pas comme un spectre vivant,
Va tantôt en arrière et tantôt en avant,
Qui se mêle à la nuit, sa grande soeur funeste,
Et qui contre le jour, noire et dure, proteste,
D'où vient-elle? De toi, de ta chair, du limon
Dont l'esprit se revêt en devenant démon;
De ce corps qui, créé par ta faute première,
Ayant rejeté Dieu, résiste à la lumière;
De ta matière, hélas! de ton iniquité.
Cette ombre dit:--Je suis l'être d'infirmité;
Je suis tombé déjà; je puis tomber encore.--
L'ange laisse passer à travers lui l'aurore;
Nul simulacre obscur ne suit l'être aromal;
Homme, tout ce qui fait de l'ombre a fait le mal.