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O songeur! cette loi misérable et sublime.

Il faut donc tout redire à ton esprit chétif!

A la fatalité, loi du monstre captif,

Succède le devoir, fatalité de l'homme.

Ainsi de toutes parts l'épreuve se consomme,

Dans le monstre passif, dans l'homme intelligent,

La nécessité morne en devoir se changeant,

Et l'âme, remontant à sa beauté première,

Va de l'ombre fatale à la libre lumière.

Or, je te le redis, pour se transfigurer,

Et pour se racheter, l'homme doit ignorer.

Il doit être aveuglé par toutes les poussières.

Sans quoi, comme l'enfant guidé par des lisières,

L'homme vivrait, marchant droit à la vision.

Douter est sa puissance et sa punition.

Il voit la rose, et nie; il voit l'aurore, et doute;

Où serait le mérite à retrouver sa route,

Si l'homme, voyant clair, roi de sa volonté,

Avait la certitude, ayant la liberté?

Non. Il faut qu'il hésite en la vaste nature,

Qu'il traverse du choix l'effrayante aventure,

Et qu'il compare au vice agitant son miroir,

Au crime, aux voluptés, l'oeil en pleurs du devoir;

Il faut qu'il doute! Hier croyant, demain impie;

Il court du mal au bien; il scrute, sonde, épie,

Va, revient, et, tremblant, agenouillé, debout,

Les bras étendus, triste, il cherche Dieu partout;

Il tâte l'infini jusqu'à ce qu'il l'y sente;

Alors, son âme ailée éclate frémissante;

L'ange éblouissant luit dans l'homme transparent.

Le doute le fait libre, et la liberté, grand.

La captivité sait; la liberté suppose,

Creuse, saisit l'effet, le compare à la cause,

Croit vouloir le bien-être et veut le firmament;

Et, cherchant le caillou, trouve le diamant.

C'est ainsi que du ciel l'âme à pas lents s'empare.

Dans le monstre, elle expie; en l'homme, elle répare.