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Oui, ton fauve univers est le forçat de Dieu.

Les constellations, sombres lettres de feu,

Sont les marques du bagne à l'épaule du monde.

Dans votre région tant d'épouvante abonde,

Que, pour l'homme, marqué lui-même du fer chaud,

Quand il lève les yeux vers les astres, là-haut,

Le cancer resplendit, le scorpion flamboie,

Et dans l'immensité le chien sinistre aboie!

Ces soleils inconnus se groupent sur son front

Comme l'effroi, le deuil, la menace et l'affront;

De toutes parts s'étend l'ombre incommensurable;

En bas l'obscur, l'impur, le mauvais, l'exécrable,

Le pire, tas hideux, fourmillent; tout au fond,

Ils échangent entre eux dans l'ombre ce qu'ils font;

Typhon donne l'horreur, Satan donne le crime;

Lugubre intimité du mal et de l'abîme!

Amours de l'âme monstre et du monstre univers!

Baiser triste! et l'informe engendré du pervers,

La matière, le bloc, la fange, la géhenne,

L'écume, le chaos, l'hiver, nés de la haine,

Les faces de beauté qu'habitent des démons,

Tous les êtres maudits, mêlés aux vils limons,

Pris par la plante fauve et la bête féroce,

Le grincement de dents, la peur, le rire atroce,

L'orgueil, que l'infini courbe sous son niveau,

Rampent, noirs prisonniers, dans la nuit, noir caveau.

La porte, affreuse et faite avec de l'ombre, est lourde;

Par moments, on entend, dans la profondeur sourde,

Les efforts que les monts, les flots, les ouragans,

Les volcans, les forêts, les animaux brigands,

Et tous les monstres font pour soulever le pêne;

Et sur cet amas d'ombre, et de crime, et de peine,

Ce grand ciel formidable est le scellé de Dieu.

Voilà pourquoi, songeur dont la mort est le voeu,

Tant d'angoisse est empreinte au front des cénobites!

Je viens de te montrer le gouffre. Tu l'habites.