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Les mondes, dans la nuit que vous nommez l'azur,

Par les brèches que fait la mort blême à leur mur,

Se jettent en fuyant l'un à l'autre des âmes.

Dans votre globe où sont tant de geôles infâmes,

Vous avez des méchants de tous les univers,

Condamnés qui, venus des cieux les plus divers,

Rêvent dans vos rochers, ou dans vos arbres ploient;

Tellement stupéfaits de ce monde qu'ils voient,

Qu'eussent-ils la parole, ils ne pourraient parler.

On en sent quelques-uns frissonner et trembler.

De là les songes vains du bronze et de l'augure.

Donc, représente-toi cette sombre figure:

Ce gouffre, c'est l'égout du mal universel.

Ici vient aboutir de tous les points du ciel

La chute des punis, ténébreuse traînée.

Dans cette profondeur, morne, âpre, infortunée,

De chaque globe il tombe un flot vertigineux

D'âmes, d'esprits malsains et d'êtres vénéneux,

Flot que l'éternité voit sans fin se répandre.

Chaque étoile au front d'or qui brille, laisse pendre

Sa chevelure d'ombre en ce puits effrayant.

Ame immortelle, vois, et frémis en voyant:

Voilà le précipice exécrable où tu sombres.