SCÈNE II
BRUTUS, seul.
Quelle bassesse, ô ciel! et quelle ignominie!
Voilà donc les soutiens de ma triste patrie!
Voilà vos successeurs, Horace, Décius,
Et toi, vengeur des loix, toi mon sang, toi Brutus,
Quels restes, justes dieux, de la grandeur Romaine!
Chacun baise en tremblant la main qui nous enchaîne.
César nous a ravi jusqu'à nos vertus,
Et je cherche ici Rome et ne la trouve plus.
Vous que j'ai vu périr, vous, immortels courages,
Héros dont en pleurant j'apperçois les images,
Famille de Pompée, et toi, divin Caton,
Toi, dernier des héros du sang de Scipion:
Vous ranimez en moi ces vives étincelles
Des vertus dont brillaient vos ames immortelles.
Vous vivez dans Brutus, vous mettez dans mon sein
Tout l'honneur qu'un tyran ravit au nom Romain.
Que vois-je, grand Pompée, au pied de ta statue?
Quel billet, sous mon nom, se présente à ma vue?
Lisons: (Il prend le billet.)
Tu dors, Brutus, et Rome est dans les fers?
Rome, mes yeux sur toi seront toujours ouverts;
Ne me reproche point des chaînes que j'abhorre.
Mais quel autre billet à mes yeux s'offre encore!
Non, tu n'es pas Brutus. Ah! reproche cruel!
César! tremble, tyran: voilà ton coup mortel.
Non, tu n'es pas Brutus. Je le suis, je veux l'être.
Je périrai, Romains, ou vous serez sans maître.
Je vois que Rome encor a des coeurs vertueux,
On demande un vengeur, on a sur moi les yeux:
On excite cette ame, et cette main trop lente:
On demande du sang.... Rome sera contente.