SCENE V.

CESAR, DOLABELLA, Romains.

DOLABELLA.

Le Sénat par ton ordre au Temple est arrivé:

On n'attend plus que toi, le Throne est élevé.

Tous ceux qui t'ont vendu leur vie & leurs suffrages,

Vont prodiguer l'encens au pied de tes images.

J'amène devant toi la foule des Romains;

Le Sénat va fixer leurs esprits incertains..

Mais si Cesar croyait un vieux soldat qui l'aime

Nos présages affreux, nos Devins, nos Dieux même,

Cesar différerait ce grand événement.

CESAR.

Quoi! lorsqu'il faut régner, différer d'un moment!

Qui pourrait m'arrêter, moi?

DOLABELLA.

Toute la Nature

Conspire à t'avertir, par un sinistre augure.

Le Ciel qui fait les Rois redoute ton trépas.

CESAR.

Va, Cesar n'est qu'un homme, & je ne pense pas,

Que le Ciel de mon sort à ce point s'inquiète,

Qu'il anime pour moi la Nature muette,

Et que les élémens paraissent confondus,

Pour qu'un mortel ici respire un jour de plus.

Les Dieux du haut du Ciel ont compté nos années;

Suivons sans reculer nos hautes destinées.

Cesar n'a rien à craindre.

DOLABELLA.

Il a des ennemis,

Qui sous un joug nouveau sont à peine asservis.

Qui sait s'ils n'auroient point conspiré leur vengeance?

CESAR.

Ils n'oseraient.

DOLABELLA.

Ton coeur a trop de confiance.

CESAR.

Tant de précautions contre mon jour fatal

Me rendraient méprisable, & me défendraient mal.

DOLABELLA.

Pour le salut de Rome il faut que Cesar vive;

Dans le Sénat au moins permets que je te suive.

CESAR.

Non, pourquoi changer l'ordre entré nous concerté?

N'avançons point, ami, le moment arrêté;

Qui change les desseins découvre sa faiblesse.

DOLABELLA.

Je te quitte à regret. Je crains, je le confesse.

Ce nouveau mouvement dans mon coeur est trop fort.

CESAR.

Va, j'aime mieux mourir que de craindre la mort.

Allons.