MARÉCHAUX DE FRANCE

MORTS SOUS LOUIS XIV, OU QUI ONT SERVI SOUS LUI.

Albret (César-Phœbus d’), de la maison des rois de Navarre, maréchal de France en 1653[36]. Il ne fit point de difficulté d’épouser la fille de Guénégaud, trésorier de l’épargne, qui fut une dame d’un très grand mérite. Saint-Évremond l’a célébrée. Il fut amant de madame de Maintenon et de la fameuse Ninon; chéri dans la société, estimé à la guerre. Mort en 1676.

Alègre (Yves d’), ayant servi près de soixante ans sous Louis XIV, n’a été maréchal qu’en 1724: mort en 1733.

Asfeld (Claude-François Bidal d’) s’acquit une grande réputation pour l’attaque et la défense des places. Il contribua beaucoup à la bataille d’Almanza: maréchal en 1734: mort en 1743.

Aubusson de la Feuillade (François d’), maréchal en 1675. C’est lui qui, par reconnaissance, fit élever la statue de Louis XIV à la place des Victoires. Mort en 1691. Son fils ne fut maréchal que long-temps après, en 1725.

Aumont (Antoine d’), petit-fils du célèbre Jean, maréchal d’Aumont, l’un des grands capitaines de Henri IV. Antoine contribua beaucoup au gain de la bataille de Rethel en 1650. Il eut le bâton de maréchal pour récompense, et mourut en 1669.

Balincourt (Testu de), maréchal en 1746.

Barwick, ou plutôt Berwick (Jacques Fitzjames, duc de), fils naturel du roi d’Angleterre, Jacques II, et d’une sœur du duc de Marlborough. Son père le fit duc de Barwick en Angleterre. Il fut aussi duc en Espagne. Il le fut en France. Maréchal en 1706; tué au siége de Philipsbourg en 1734. Il a laissé des Mémoires que M. l’abbé Hook a publiés en 1778; on y trouve des anecdotes curieuses, et des détails instructifs sur ses campagnes[37].

Bassompierre (François de), né en avril 1579, colonel général des Suisses, maréchal en 1622; détenu à la Bastille depuis 1631 jusqu’à la mort du cardinal de Richelieu. Il y composa ses Mémoires qui roulent sur des intrigues de cour et ses galanteries. César, dans ses Mémoires, ne parle point de ses bonnes fortunes. L’on ignore assez communément qu’il fit revêtir de pierres, à ses dépens, le fossé du Cours-la-Reine, qu’on vient de combler. Mort en 1646.

Bellefonds (Bernardin Gigault, marquis de), maréchal en 1668; il gagna une bataille en Catalogne, en 1684. Mort en 1694.

Belle-Isle (Charles-Louis-Auguste Fouquet, comte de), petit-fils du surintendant, distingué dans les guerres de 1701; duc et pair, prince de l’empire, maréchal en 1741. Il fit avec son frère (Louis-Charles) tout le plan de la guerre contre la reine de Hongrie[38], où son frère fut tué. Mort ministre et secrétaire d’état de la guerre, en 1761.

Bezons (Jacques Bazin de), maréchal en 1709: mort en 1733.

Biron (Armand-Charles de Gontaut, duc de), qui a fait revivre le duché de sa maison[39]. Ayant servi dans toutes les guerres de Louis XIV, et perdu un bras au siége de Landau, n’a été maréchal qu’en 1734.

Boufflers (Louis-François, duc de), l’un des meilleurs officiers de Louis XIV; maréchal en 1693: mort en 1711.

Bourg (Éléonor-Marie du Maine, comte du), gagna un combat important sous Louis XIV, et ne fut maréchal qu’en 1725. Mort la même année.

Brancas (Henri de), ayant servi long-temps sous Louis XIV, fut maréchal en 1734.

Brézé (Urbain de Maillé, marquis de), beau-frère du cardinal de Richelieu, maréchal en 1632, vice-roi de Catalogne: mort en 1650.

Broglio (Victor-Maurice), ayant servi dans toutes les guerres de Louis XIV, maréchal en 1724: mort en 1727.

Broglio (François-Marie, duc de), fils du précédent. L’un des meilleurs lieutenants-généraux dans les guerres de Louis XIV, maréchal en 1734; père d’un autre maréchal de Broglio[40], qui a réuni les talents de ses ancêtres.

Castelnau (Jacques de), maréchal en 1658, blessé à mort, la même année[41], au siége de Calais.

Catinat (Nicolas de), maréchal en 1693. Il mêla la philosophie aux talents de la guerre. Le dernier jour qu’il commanda en Italie, il donna pour mot, Paris et Saint-Gratien, qui était le nom de sa maison de campagne. Il y mourut en sage, après avoir refusé le cordon bleu, en 1712.

Chamilli (Noël Bouton, marquis de), avait été au siége de Candie; maréchal en 1703, il s’est rendu célèbre par la défense de Grave en 1675; le siége de cette petite place dura quatre mois, et coûta seize mille hommes à l’armée des alliés. Les gens de l’art regardent encore cette défense comme un modèle. Mort en 1715.

Chateau-Regnaud (François-Louis Rousselet, comte de), vice-amiral de France, servit également bien sur terre et sur mer, nettoya la mer des pirates, battit les Anglais dans la baie de Bantri, bombarda Alger en 1688, mit en sûreté les îles de l’Amérique. Maréchal en 1703: mort en 1716.

Chaulnes (Honoré d’Albert, duc de), maréchal en 1620: mort en 1649.

Choiseul-Francières (Claude, comte de), troisième maréchal de France de ce nom, en 1693: mort en 1711.

Clérembault (Philippe de), comte de Palluau, maréchal en 1653: mort en 1665.

Clermont-Tonnerre (Gaspard, marquis de), ayant servi dans la guerre de 1701, maréchal en 1747.

Coigni (François de Franquetot, duc de), long-temps officier général sous Louis XIV, maréchal en 1734, a gagné deux batailles en Italie[42].

Coligni (Gaspard de), petit-fils de l’amiral; maréchal en 1622; il commanda l’armée de Louis XIII contre les troupes rebelles du comte de Soissons. Tué à La Marfée: mort en 1646.

Créqui (François de Bonne de), maréchal en 1668; mort avec la réputation d’un homme qui devait remplacer le vicomte de Turenne, en 1687. Il était de la maison de Blanchefort.

Duras (Jacques-Henri de Durfort, duc de), neveu du vicomte de Turenne, fut maréchal en 1675, immédiatement après la mort de son oncle: mort en 1704.

Duras (Jean-Baptiste de Durfort, duc de), maréchal de camp sous Louis XIV; maréchal de France en 1741[43]; fils de Jacques-Henri, et père du maréchal de Duras actuellement vivant.

Estampes (Jacques de La Ferté-Imbaut d’), maréchal en 1651: mort en 1668[44].

Estrées (François-Annibal, duc d’), maréchal en 1626. Ce qui est très singulier, c’est qu’à l’âge de quatre-vingt-treize ans il se remaria avec mademoiselle de Manicamp, qui fit une fausse couche. Il mourut à plus de cent ans, en 1670.

Estrées (Jean, comte d’), vice-amiral en 1670, et maréchal en 1681: mort en 1707.

Estrées (Victor-Marie, duc d’), fils de Jean d’Estrées, vice-amiral de France, comme son père, avant d’être maréchal. Il est à remarquer qu’en cette qualité de vice-amiral de France il commandait les flottes française et espagnole en 1701; maréchal en 1703. Mort en 1737.

Fabert (Abraham), maréchal en 1658. On s’est obstiné à vouloir attribuer sa fortune et sa mort à des causes surnaturelles. Il n’y eut d’extraordinaire en lui que d’avoir fait sa fortune uniquement par son mérite, et d’avoir refusé le cordon de l’ordre, quoiqu’on le dispensât de faire des preuves[45]. On prétend que le cardinal Mazarin lui proposant de lui servir d’espion dans l’armée, il lui dit: «Peut-être faut-il à un ministre de braves gens et des fripons. Je ne puis être que du nombre des premiers.» Mort en 1662.

Fare (de La), fils du marquis de La Fare, célèbre par ses poésies agréables; officier dans la guerre de 1701, maréchal en 1746.

Ferté-Sennecterre (Henri, duc de La), fait maréchal de camp sur la brèche de Hesdin, commanda l’aile gauche à la bataille de Rocroi; maréchal en 1651: mort en 1681.

Force (Jacques Nompar de Caumont, duc de La), maréchal en 1622. C’est lui qui échappa au massacre de la Saint-Barthélemi, et qui a écrit cet événement dans des Mémoires[46] conservés dans sa maison. Mort à quatre-vingt-dix-sept ans, en 1652.

Foucault (Louis), comte de Daugnon, maréchal en 1653: mort en 1659.

Gassion (Jean de), élève du grand Gustave, maréchal en 1643. Il était calviniste. Il ne voulut jamais se marier, disant qu’il fesait trop peu de cas de la vie pour en faire part à quelqu’un. Tué au siége de Lens, en 1647.

Grammont (Antoine de), maréchal en 1641: mort en 1678.

Grammont (Antoine de), petit-fils du précédent, maréchal en 1724, père du duc de Grammont, tué à la bataille de Fontenoi: mort en 1725.

Grancei (Jacques Rouxel, comte de), maréchal en 1651: mort en 1680.

Guébriant (Jean-Baptiste Budes, comte de), maréchal en 1642, l’un des grands hommes de guerre de son temps; tué, en 1643, au siége de Rotveil, enterré avec pompe à Notre-Dame.

Harcourt (Henri, duc d’). On peut dire que c’est lui qui mit fin à l’ancienne inimitié des Français et des Espagnols, lorsqu’il était ambassadeur à Madrid. Sa dextérité et son art de plaire disposèrent si favorablement la cour d’Espagne, qu’enfin Charles II n’eut point de répugnance à instituer son héritier un petit-fils de Louis XIV. Il devait commander à la place du maréchal de Villars, l’année de la belle campagne de Denain; mais il lui aurait été difficile de mieux faire. Maréchal en 1703: mort en 1718. Son fils maréchal depuis, en 1746.

Hocquincourt (Charles de Monchi), maréchal en 1651: tué en servant les ennemis devant Dunkerque, en 1658.

Hospital-Vitri (Nicolas de L’), capitaine des gardes de Louis XIII; maréchal en 1617, pour avoir tué le maréchal d’Ancre: mais il mérita d’ailleurs cette dignité par de belles actions. On le compte parmi les maréchaux de ce siècle, parcequ’il mourut sous Louis XIV, en 1644.

Humières (Louis de Crevant, duc d’), maréchal en 1668: mort en 1694.

Isenghien (d’), de la maison de Gand, officier sous Louis XIV, maréchal en 1741.

Joyeuse (Jean-Armand de), maréchal de France en 1693: mort en 1710.

Lorges (Gui-Aldonce de Durfort, duc de), neveu du vicomte de Turenne; maréchal en 1676: mort en 1702.

Luxembourg (François-Henri de Montmorenci, duc de), l’élève du grand Condé; maréchal en 1675. Il y a eu sept maréchaux de ce nom, indépendamment des connétables; et depuis le onzième siècle, on n’a guère vu de règne sans un homme de cette maison à la tête des armées. Mort en 1695.

Luxembourg (Christian-Louis de Montmorenci), petit-fils du précédent, s’est signalé dans la guerre de 1701. Maréchal en 1747.

Maillebois (Jean-Baptiste-François, marquis de), fils du ministre d’état Desmarets, s’étant signalé dans toutes les occasions pendant la guerre de 1701; fait maréchal en 1741.

Marsin ou Marchin (Ferdinand, comte de), ayant passé du service de la maison d’Autriche à celui de France; maréchal en 1703: tué à Turin en 1706.

Matignon (Charles-Auguste Goyon de Gacé de), maréchal en 1708: mort en 1729.

Maulevrier-Langeron, maréchal en 1745.

Médavi (Jacques-Léonor Rouxel de Grancei, comte de), n’a été fait maréchal qu’en 1724, quoiqu’il eût gagné une bataille complète en 1706: mort en 1725.

Meilleraye (Charles de La Porte, duc de La), fait maréchal en 1639, sous Louis XIII, qui lui donna le bâton de maréchal sur la brèche de la ville de Hesdin. Il était grand-maître de l’artillerie, et avait la réputation d’être le meilleur général pour les siéges. Mort en 1664.

Montesquiou-d’Artagnan (Pierre de), maréchal en 1709: mort en 1725.

Montrevel (Nicolas-Auguste de La Baume, marquis de), maréchal en 1703: mort en 1716.

Mothe-Houdancourt (Philippe de La), maréchal en 1642. Il fut mis au château de Pierre-Encise en 1645; et il est à remarquer qu’il n’y a aucun général qui n’ait été emprisonné ou exilé sous les ministères de Richelieu et Mazarin. Mort en 1657. Son petit-fils, maréchal en 1747.

Nangis (Louis-Armand de Brichanteau, marquis de), servit avec distinction, sous le maréchal de Villars, dans la guerre de 1701. Maréchal sous Louis XIV: mort en 1742.

Navailles (Philippe de Montault-Bénac, duc de), maréchal en 1675, commanda à Candie sous le duc de Beaufort, et après lui. Mort en 1684.

Noailles (Anne-Jules, duc de), maréchal en 1693. Il se signala en Espagne, où il gagna la bataille du Ter. Mort en 1708.

Noailles (Adrien-Maurice de), fils du précédent, général d’armée dans le Roussillon, en 1706, grand d’Espagne en 1711, après avoir pris Gironne. Il n’a été maréchal de France qu’en 1734. Il gouverna les finances en 1715, et a été depuis ministre d’état. Personne n’a écrit des dépêches mieux que lui. M. l’abbé Millot a publié, en 1777, des Mémoires[47] tirés de ses manuscrits; on y trouve des anecdotes curieuses sur les deux règnes où il a vécu. Ses deux fils ont été faits maréchaux de France en 1755. Mort en 1766.

Plessis-Praslin (César, duc de Choiseul, comte de), maréchal en 1645. Ce fut lui qui eut la gloire de battre le vicomte de Turenne à Rethel, en 1650. Mort en 1675.

Puységur (Jacques de Chastenet, marquis de), maréchal en 1734, fils de Jacques, lieutenant général sous Louis XIII et Louis XIV, qui s’est acquis beaucoup de considération, et qui a laissé des Mémoires. Le maréchal a écrit sur la guerre[48]. C’était un homme que le ministère consultait dans toutes les affaires critiques.

Rantzau (Josias, comte de), d’une famille originaire du duché de Holstein, maréchal en 1645, catholique la même année, mis en prison en 1649, pendant les troubles, relâché ensuite: mort en 1650. Il avait été souvent blessé; et Bautru disait de lui «qu’il ne lui était resté qu’un de tout ce dont les hommes peuvent avoir deux.» On lui fit une épitaphe qui finissait par ce vers:

Et Mars ne lui laissa rien d’entier que le cœur.

Richelieu (Louis-François-Armand du Plessis, duc de), brigadier sous Louis XIV, général d’armée à Gênes, maréchal en 1748, a pris l’île de Minorque sur les Anglais, en 1756.

Rochefort (Henri-Louis d’Aloigni, marquis de), maréchal en 1675: mort en 1776.

Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, duc de), maréchal en 1724.

Rosen ou Rose (Conrad de), d’une ancienne maison de Livonie, vint d’abord servir simple cavalier dans le régiment de Brinon; mais son mérite et sa naissance ayant été bientôt connus, il fut élevé de grade en grade. Jacques II le fit général de ses troupes en Irlande. Maréchal de France en 1703: mort à l’âge de quatre-vingt-sept ans, en 1715.

Saint-Luc (Timoléon d’Épinai, seigneur de), fils du brave Saint-Luc, dont l’éloge est dans Brantôme; maréchal en 1628: mort en 1644.

Schomberg (Frédéric-Armand), élève de Frédéric-Henri, prince d’Orange; maréchal en 1675, duc de Mertola en Portugal, gouverneur et généralissime de Prusse, duc et général en Angleterre. Il était protestant zélé, et quitta la France à la révocation de l’édit de Nantes. Tué à la bataille de La Boyne, en 1690.

Schulemberg (Jean de), comte de Mondejeu, originaire de Prusse; maréchal en 1658: mort en 1671.

Tallard (Camille de Hostun, duc de). Ce fut lui qui conclut les deux traités de partage. Maréchal en 1703, ministre d’état en 1726: mort en 1728.

Tessé (René de Froulai, comte de), maréchal en 1703: mort en 1725.

Tourville (Anne-Hilarion de Costentin, comte de), se fit connaître, étant chevalier de Malte, par ses exploits contre les Turcs et les Barbaresques. Vice-amiral en 1690, il remporta une victoire complète sur les flottes d’Angleterre et de Hollande, et perdit, en 1692, celle de La Hogue; défaite qui l’a rendu plus célèbre que ses victoires. Maréchal de France en 1693: mort en 1701.

Turenne (Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de), né en 1611; maréchal de France en 1644, maréchal général en 1660: mort en 1675.

Uxelles (Nicolas Châlon du Blé, marquis d’), maréchal en 1703, président du conseil des affaires étrangères en 1718: mort en 1730.

Vauban (Sébastien Le Prêtre, marquis de), maréchal en 1703: mort en 1707[49].

Villars (Louis-Claude, duc de), qui prit le nom d’Hector, maréchal en 1702, président du conseil de guerre en 1718[50], représenta le connétable au sacre de Louis XV en 1722. Mort en 1734. Il est assez mention de lui dans cette histoire, ainsi que de Turenne.

Villeroi (Nicolas de Neuville, duc de), gouverneur de Louis XIV en 1646; maréchal la même année: mort en 1685.

Villeroi (François de Neuville, duc de), fils du précédent, gouverneur de Louis XV, maréchal en 1693. Son père et lui ont été chefs du conseil des finances, titre sans fonction qui leur donnait entrée au conseil. Mort en 1730.

Vivonne (Louis-Victor de Rochechouart, duc de), gonfalonier de l’Église, général des galères, vice-roi de Messine; maréchal de France en 1675. On ne le compte point comme le premier maréchal de la marine, parcequ’il servit long-temps sur terre: mort en 1688.