SCÈNE III

Une prison.

LE DUC en habit de religieux, LE PRÉVÔT.

LE DUC.—Salut, prévôt, car je crois que c'est ce que vous êtes.

LE PRÉVÔT.—Oui, je suis le prévôt: que désirez-vous, bon religieux?

LE DUC.—Contraint par ma charité, et par mon saint ordre, je viens visiter les âmes affligées renfermées dans cette prison: accordez-moi le droit ordinaire de me les laisser voir, et de m'informer de la nature de leurs crimes, afin que je puisse leur administrer en conséquence mes secours spirituels.

LE PRÉVÔT.—Je ferais davantage s'il en était besoin.

(Entre Juliette.)

Tenez, voici une de mes dames, une jeune fille, qui, tombant dans les feux de sa jeunesse, a brûlé sa réputation: elle est enceinte, et le père de son enfant est condamné à mort; un jeune homme plus propre à commettre un second délit semblable qu'à mourir pour le premier.

LE DUC.—Quand doit-il mourir?

LE PRÉVÔT.—A ce que je crois, demain. (A Juliette.) J'ai pourvu à vos besoins: attendez un moment, et l'on vous conduira.

LE DUC, à Juliette.—Vous repentez-vous, belle enfant, du péché que vous portez?

JULIETTE.—Oui, et j'en porte la honte avec patience.

LE DUC.—Je vous enseignerai les moyens d'examiner votre conscience, et d'éprouver si votre pénitence est solide, ou si elle n'est que superficielle.

JULIETTE.—Je l'apprendrai bien, volontiers.

LE DUC.—Aimez-vous l'homme qui vous a fait ce tort?

JULIETTE.—Oui, autant que j'aime la femme qui lui a fait tort.

LE DUC.—Ainsi, il paraît que c'est d'un consentement mutuel que votre crime a été commis?

JULIETTE.—Oui, d'un consentement mutuel.

LE DUC.—Votre péché a donc été plus grand que le sien?

JULIETTE.—Je le confesse, et je m'en repens, mon père.

LE DUC.—Cela est bien juste, ma fille; mais prenez garde que vous ne vous repentiez que parce que le péché vous a causé cette honte: cette douleur n'est jamais que pour nous-mêmes, et non pour le ciel; elle montre que si nous n'offensons pas le ciel, ce n'est point par amour, mais uniquement par crainte.

JULIETTE.—Je me repens de ma faute, parce que c'est un péché, et j'en accepte la honte avec joie.

LE DUC.—Persévérez là-dedans. Votre complice, à ce que j'entends dire, doit mourir demain; je vais le visiter et lui donner mes conseils. Que la grâce du ciel vous accompagne!—Benedicite.

(Il sort en priant.)

JULIETTE.—Il doit mourir demain! ô injuste loi, qui me laisse une vie dont toute la consolation est d'éprouver à chaque instant toutes les horreurs de la mort!

LE PRÉVÔT.—C'est bien dommage qu'il en soit là!

(Ils sortent.)